Manifeste en faveur de la recherche
La communication scientifique en français est vitale pour notre avenir

Depuis un an, les chercheurs ont pris l’opinion à témoin de leur inquiétude pour leur avenir et pour celui de la recherche scientifique en France, et demandé des moyens au Gouvernement. Au cours du débat public qui s’est tenu récemment, et dont il est permis d’espérer que la recherche soit revivifiée, de nombreux thèmes ont été abordés, mais il est frappant que l’un ait été tout à fait passé sous silence : la langue de la communication scientifique. Comme si pour tous il dût aller de soi que tout résultat scientifique dût être rendu public uniquement en anglais.

Les chercheurs français se sont si bien adaptés à l'usage général de l'anglais dans la communication scientifique qu'ils n’écrivent presque plus d’articles en français, et emploient très rarement leur langue, même dans les congrès organisés en France. Cet usage, comme toute norme, facilite bien des échanges, mais, parce qu’il est devenu quasiment exclusif, il a aussi des conséquences dommageables. Il incite à publier en fonction des « facteurs d'impact », suscite parfois suivisme et conformisme, et ne permet plus à la recherche française d'être perçue comme un pôle important de création de savoir scientifique. L’utilisation exclusive d’une langue étrangère sépare en outre les chercheurs scientifiques de l’ensemble de leurs concitoyens qui pourtant les rémunèrent et les équipent, et décourage les pays de la Francophonie de continuer à pratiquer le français. Dès à présent, il est devenu presque impossible d'accéder en français à la connaissance scientifique et technique récente, et cette tendance s’accentue, aggravée par un effet de mode. La compétence en anglais est devenue un moyen de discrimination sociale. Les Français perdent ainsi peu à peu l’habitude de discuter entre eux, perte qui ne peut que réduire la créativité scientifique et technique, donc l'innovation industrielle, et même la créativité artistique. La science est en effet la base de toute l'activité économique moderne, et la rationalité scientifique se répand désormais dans toutes les formes de pensée. En réduisant volontairement l'usage de leur langue, les chercheurs français, et leurs autorités de tutelle qui les y encouragent, exercent donc une action politique pour laquelle ils n'ont pas été mandatés, et qui est pragmatique à court terme mais défavorable à long terme à leur propre pays.

Une expression scientifique en langue française est pourtant nécessaire pour que la jeunesse garde le goût des sciences et assure l’avenir, puisque l'éducation est désormais la meilleure ressource d'un peuple. Elle est, par conséquent, nécessaire pour financer la recherche à l'avenir. Elle est enfin indispensable pour permettre le contact de tous les citoyens qui le désirent avec une connaissance scientifique authentique, essentielle pour la vitalité intellectuelle de notre pays et des pays d’expression française. En clarté d'esprit et en prospérité générale, les chercheurs gagneraient certainement à employer aussi la langue de la République, sans pour autant réduire leurs communications en langue anglaise.
L'usage de l'anglais dans la recherche est un fait incontestable, mais l'exclusivité consentie à l'anglais en France nuit à la position internationale de la France, ébranle sa cohésion sociale et affaiblit sa vitalité intellectuelle.

Il faut donc que la question de la langue de la communication scientifique soit au moins posée : faut-il bannir le français de la science, ou faut-il maintenir, à côté de la communication en anglais, une communication scientifique en français, dûment considérée dans les évaluations des carrières des chercheurs ?

L'enjeu est tout simplement le maintien en France d’une véritable vie de l’esprit, qui est aussi la source de la prospérité et de la liberté.

Manifeste rédigé en décembre 2004 et soutenu par les associations : Avenir de la langue française, le Droit de comprendre, Défense de la langue française
Retour à Droit de Comprendre, 34 bis rue de Picpus, 75014 Paris, Tél. : 01 43 40 24 61,
droit.de-comprendre@laposte.net
Retour page actions