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Pour une alliance des langues européennes Philippe LALANNE-BERDOUTICQ Au sein de DLF, le cercle François Seydoux, sous l'égide duquel a paru dans notre dernier numéro l'Argumentaire pour une Francophonie ouverte aux autres grandes langues de communication, a entrepris de concrétiser ses projets de rapprochement avec celles-ci en commençant par nos voisins allemands. De quoi s'agit-il? D'affirmer la présence et de favoriser le rayonnement des principales langues du continent européen, face aux prétentions d'hégémonie ouvertement proclamées par les tenants d'un langage qui doit 90% de sa puissance aux seuls Etats-Unis. Exception culturelle ou pas, nous ne sommes plus seuls. Des associations se sont créées outre-Rhin pour réagir contre une « américanisation » et, partant, une désaffection de la langue allemande, plus accentuées encore que celles qui touchent la nôtre. A l'occasion du dernier déjeuner DLF de l'année écoulée, le 6 décembre 2000, nous avons reçu trois délégués de la plus dynamique et nombreuse de ces associations, la VDS (Verein Deutsche Sprache = Union Langue Allemande) : le Dr. Kurt GAWLITTA., Président de la section berlinoise, le Professeur Gerd SCHRAMMEN, de l'Université de Göttingen, et le Professeur Fritz VILMAR, de l'Université Libre de Berlin, tous trois maîtrisant remarquablement le français. Une première séance de travail le matin, 8 Rue Roquépine, permit à nos hôtes et aux membres du Cercle François Seydoux auxquels s'était joint notre Vice-Président Marceau Déchamps, de faire connaissance, de sympathiser et d'exposer mutuellement les grandes lignes de nos actions et de nos buts. Ils sont parallèles, voire complémentaires. La campagne lancée par VDS contre les «bousilleurs de la langue », par exemple, fait pendant au prix décerné par DLF à la « carpette anglaise » de l'année. Les mesures de protection juridique de la langue, prises en France grâce à la Loi Toubon ( encore qu'elles se révèlent insuffisantes aujourd'hui) intéressent particulièrement nos visiteurs. Les propos échangés lors du déjeuner de 70 couverts pris au Restaurant-Ecole des Métiers de la Table, renforcèrent l'impression de solidarité de nos deux Associations, strictement apolitiques et mues, sans animosité antiaméricaine, par le souci commun d'une culture européenne en péril de mort. Nos hôtes assistèrent ensuite au Conseil d'Administration de l'après-midi dont le premier point de l'ordre du jour portait sur l'invitation qui leur avait été faite. Rencontre brève, mais digne d'être fructueuse- Un travail de mise au point et d'harmonisation des tâches reste à préciser. Plusieurs éléments définis par le Professeur Vilmar concernent le souhait de nous rencontrer ultérieurement et de déployer des efforts prioritaires en faveur de l'enseignement mutuel du français et de l'allemand comme première langue étrangère dans nos deux pays. Cette évolution, que compléterait un rapprochement avec d'autres langues tel l'espagnol ou l'italien irait au rebours de ce qui se fait actuellement. Mais elle serait seule capable à terme de substituer à l'asphyxie progressive de nos langues un regain de vitalité. En outre une telle mesure, loin d'être irréaliste, répondrait précisément aux besoins de notre époque. En tant que formatrice de l'esprit, une initiation précoce à l'allemand en France, au français en Allemagne, joue le même rôle « structurant » que la grammaire latine ou grecque d'hier. En tant que véhicule utilitaire, non seulement chacune des deux langues ouvre aux natifs du pays voisin le premier marché de leur balance commerciale réciproque. Mais aussi elle facilite grandement l'accès ultérieur à l'anglais dont l'origine est double : germanique et latine. Paradoxalement c'est grâce à Internet que ce redressement peut se manifester. Multiplions les sites en langues autres qu'un anglo-américain plutôt étouffant. Jamais l'enseignement des langues n'a été autant facilité que par l'informatique. Celle-ci, telle la langue d'Esope, peut être envisagée comme le pire ou comme le meilleur. Parions sur le meilleur. |