NE CONFONDONS PAS...

La confusion entre ébéniste et menuisier est très fréquente dès qu’on s’adresse à l’artisan du bois. Il est vrai que dans un deuxième temps on se pardonne d’avoir pris l’ébéniste pour un menuisier tant la différence est mince.

À l’origine, le menuisier est celui qui travaille le bois « menu ». Menuiser (du latin populaire minutiare) signifie « rendre menu ». Ce mot était employé au XVIIIe siècle pour d’autres métiers (par ex. : menuisier en étain). Viollet Le Duc propose une étymologie qui semble peu probable : man huissier. Mais man est d’origine anglo-saxonne et huissier en vieux français est celui qui fabrique des portes et des fenêtres.

Charpente Au Moyen Âge, le travail du bois était effectué par le charpentier (lat. carpentarius, « carrossier »). Les charpentiers se divisaient en deux spécialités :
– les charpentiers de grande cognée s’occupaient de tout ce qui est en bois dans le bâtiment : charpentes, planchers, colombages, etc. ;
– l’aménagement intérieur était confié au charpentier de petite cognée, soit les lambris, les portes, les croisées. Mais ces derniers, qui travaillaient « menu », fabriquaient également des coffres, des huches. On les appelait huchiers (XIIe s.).

Au xve siècle, l’outillage se perfectionne, les techniques de fabrication deviennent plus raffinées et les menuisiers forment une corporation distincte de celle des charpentiers. Les menuisiers continuent d’aménager l’intérieur des habitations et se consacrent davantage à la fabrication des meubles. Du fait d’un mode de vie plus sédentaire, ces derniers commencent à se diversifier. En plus du coffre, nous trouvons des armoires, des sièges, des lutrins, des buffets, des dressoirs, etc.
Marqueterie À cette époque est pratiquée en Italie une technique, héritée de traditions remontant à l’Antiquité, qui consiste à incruster des lamelles de bois précieux sur une essence de nature plus grossière. Cette technique appelée intarsia, déjà en usage sous l’Empire romain, préfigure la marqueterie. Elle avait évolué jusqu’à permettre de recouvrir entièrement la surface du meuble de feuilles de bois colorées par teintureiet découpées géométriquement ou suivant un dessin figuratif.

Sous Louis XII et François Ier, les guerres d’Italie font connaître ces procédés en France, et l’importation d’essences exotiques du Nouveau Monde favorise leur développement. Certains menuisiers se spécialisent dans cette délicate opération et, comme le bois le plus utilisé est alors l’ébène, on les appelle menuisiers en ébène, d’où ébénistes.

Au XVIIe siècle, menuisiers et ébénistes font partie de la même corporation. Toutefois, les statuts corporatifs de 1645, bien que régissant et englobant les deux professions, les distinguent. Cette distinction est confirmée sous Louis XV, en 1751, lors de la refonte des statuts de la Corporation des menuisiers-ébénistes.

Aujourd’hui, l’industrialisation a quelque peu brouillé ce distinguo. La menuiserie de bâtiment, mécanisée, produit en grande série des éléments normalisés et donc requiert une main-d’œuvre moins spécialisée. Il en va de même pour la fabrication des meubles, automatisée elle aussi, et qui fait d’ailleurs appel à des matériaux dérivés ou étrangers au bois (agglomérés, lamifiés, stratifiés.) L’ébénisterie proprement dite est en déclin. Elle ne concerne plus que des artisans, dont la majorité se voue à la restauration d’ancien, et des entreprises de moyenne importance dont l’activité peut s’étendre de la menuiserie d’agencement à la fabrication de meubles sur mesure.

Telles sont les raisons pour lesquelles il y a ambiguïté entre le menuisier qui travaille le bois « massif » et l’ébéniste qui est censé utiliser le « placage ».
Philippe Ruiz


FRANGLAIS : LUEUR D’ESPOIR EN SUISSE
Drapeau SuisseDrapeau Suisse
Ces dernières années, plusieurs parlementaires ont demandé au Conseil fédéral suisse (gouvernement) de prendre des mesures pour endiguer le flot d’anglicismes. C’est, en 1999, le conseiller national Bernhard Hess qui réclamait une loi sur la préservation des langues nationales. C’est, en 2002, le conseiller national Jean-Jacques Schwaab qui déposait une proposition visant à protéger les langues nationales contre les anglicismes inutiles. C’est encore, en 2003, la question posée par le député Jean-Claude Rennwald au sujet de l’abandon de la dénomination des ligues nationales de football dans les langues officielles en faveur de désignations anglaises.
Le Conseil fédéral a répondu à M. Rennwald que l’on pouvait parler, en l’occurrence, « de négligence, de manque de considération et d’une certaine forme d’indifférence envers nos langues nationales ». Il a ajouté que, la liberté de la langue étant un droit fondamental, il ne pouvait intervenir en l’espèce. Cependant, le gouvernement a chargé le Fonds national de la recherche scientifique d’étudier l’effet que peut avoir l’usage de l’anglais sur les langues nationales.
À la mi-février 2004, la presse a fait état des déclarations de nombreux députés francophones, qui souhaitaient un débat parlementaire sur la montée de l’anglais dans l’Administration et la vie publique. Ces conseillers nationaux proviennent des six cantons romands et appartiennent aux quatre grandes formations politiques représentées au gouvernement.
C’est dans ce climat contestataire que le député Didier Berberat a déposé au Conseil national, le 18 mars 2004, une proposition cosignée par 81 de ses collègues (sur 200 que compte la première chambre du Parlement), demandant au gouvernement « de veiller à ce que l’administration fédérale et les entreprises dépendant de la Confédération évitent d’utiliser des mots et des expressions anglais ou américains lorsque leurs équivalents existent en allemand, français et italien ». Ce texte prévoit aussi que le choix d’appellations à consonance anglaise pour les offices, services et programmes de la Confédération et des entreprises qui en dépendent doit être proscrit.
Les parlementaires qui ont signé la proposition attendent du gouvernement qu’il défende l’un des patrimoines les plus importants du pays, « ses langues nationales, qui recèlent chacune de grandes richesses ».
Cette proposition a été acceptée par le Conseil fédéral le 1er juin 2004. L’action gouvernementale devrait, à notre sens, porter essentiellement sur les entreprises de service public (La Poste, Swisscom, les Chemins de fer fédéraux), qui abusent des anglicismes et américanismes. Quant à l’administration fédérale, les dispositions requises devraient renforcer les efforts faits jusqu’ici par la Chancellerie fédérale dans ce domaine.
Étienne Bourgnon
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