EXTRAIT DE LA LETTRE DU CSA*

Dans son « Tableau d’honneur » (DLF, n° 215, p. XI), Marceau Déchamps avait cité cette recommandation du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Il nous semble qu’elle mérite d’être portée plus complètement à la connaissance de nos lecteurs.

Anglicismes1 : que fait le CSA ?
L’un des sujets les plus fréquents de saisines adressées au Conseil est le mauvais usage de notre langue dans les médias audiovisuels et principalement l’emploi de termes anglais dans les programmes, particulièrement dans les titres d’émissions. De même, la presse nationale ou régionale dénonce régulièrement cette pratique : « Ras le bol du franglais à la télévision », « Le CSA et les chaînes de télévision devraient montrer plus de vigilance », « Que fait le CSA ? ».
Certes, il n’est pas question d’interdire les emprunts linguistiques qui enrichissent une langue car ainsi que l’a souligné le Conseil constitutionnel2 « la langue française évolue, comme toute langue vivante, en intégrant dans le vocabulaire usuel des termes de diverses sources, qu’il s’agisse d’expressions issues de langues régionales, de vocables dits populaires ou de mots étrangers ». Il ne s’agit pas non plus d’imposer une terminologie officielle – solution parfois envisagée mais explicitement proscrite par le Conseil constitutionnel au nom de la liberté d’expression.
Cependant, il est difficile d’être inattentif et, pire encore, inactif, face à une surabondance de termes anglais ou anglicisés à la télévision et à la radio car celle-ci ne menace pas seulement la qualité de la langue. En effet, la valorisation des mots anglais a une répercussion dans l’inconscient collectif, et tout particulièrement chez les jeunes. C’est un des sujets qu’a évoqués la mission Langue française du Conseil à l’occasion de rencontres avec les responsables des principales chaînes de télévision, tant publiques que privées. Elle s’est notamment inquiétée auprès des conseillers pour la langue française des sociétés privées de télévision de la multiplication de programmes (certes minoritaires dans l’ensemble de la grille, mais à très forte audience, notamment auprès des jeunes), portant des noms comme Star Academy ou Loft Story, Popstars ou Fear Factor, Charmed ou Totally Spies.
Une telle tendance relève, à n’en pas douter, d’une supériorité postulée de l’anglais et procède du sentiment diffus de l’infériorité, ou du caractère désuet, de la culture francophone entendue au sens large (mœurs, techniques, etc.). Le choix d’un mot anglais de préférence à un mot français, d’une tournure anglo-saxonne plutôt que d’une construction grammaticale française, véhicule implicitement un jugement de valeur sur nous-mêmes.
Le statut de langue de prestige acquis par l’anglais répond à toute une série de motivations parmi lesquelles existent plusieurs fonctions : une fonction novatrice – désigner des réalités nouvelles que le français, à tort, est réputé incapable de qualifier –, une fonction ludique – joie de manier des termes inconnus du grand public (le comble pour un média !) et goût des monosyllabes dont le français est pauvrement pourvu –, voire une fonction mystificatrice qui consiste souvent à présenter un terme comme un emprunt à l’anglais alors même qu’il s’agit d’un néologisme français, créé par des Français à partir de mots anglais. Le public a ainsi l’impression d’être familier de la langue de Shakespeare sans la maîtriser pour autant.
Il est en fait erroné de croire que de tels termes « franglais » n’apparaissent que par paresse néologique. Il n’y aurait paresse que si l’emprunt était préféré à la création. Or le franglais est bel et bien une création.
Le danger du franglais est moins de « polluer » notre langue, comme l’écrivent bon nombre de téléspectateurs courroucés, que de suggérer au public que sont plus admirables et désirables, actuelles et « dans le vent », les réalités ayant reçu l’onction de l’anglophonie.
La recommandation publiée par le Conseil vise à « remettre les pendules à l’heure », sans porter atteinte à la liberté de communication, mais en cherchant à garder à la communication audiovisuelle son intelligibilité et, dans le même temps, à notre culture son identité.

Que fait donc le CSA ?
Le 18 janvier 2005, le Conseil a adopté une recommandation relative à l’emploi de la langue française dans les médias audiovisuels. Une décision dont l’objectif est double : garder à la communication audiovisuelle son intelligibilité et à notre culture son identité.

* Numéro 180 (janvier 2005).
1. Sous la dénomination anglicismes sont englobés aussi bien les emprunts véritables que les créations françaises à partir de lexèmes anglo-américains.
2. Décision du Conseil constitutionnel du 29 juillet 1994.


Ici, Londres,
l’Anglais parle en français !

Il y a eu une surprise « française » à Singapour. Non, ce n’est pas la phrase finale en anglais de Bertrand Delanoë lors de sa présentation devant le CIO (Comité international olympique) « Paris needs the Games. Paris wants the Games ! » ou la musique de Bob Marley, Redemption Song, du film de présentation de Paris 2012 de Luc Besson. Non.
C’est le fait remarqué que Tony Blair se soit exprimé en langue française devant le CIO. C’était peut-être un clin d’œil symbolique ou un respect de la langue olympique (Honni soit qui mal y pense...), mais c’est une réalité.

Alors que conclure sinon que les membres très anglicisés de l’équipe parisienne – de Luc Besson (réalisateur de Joan of Arc) et son film de présentation, à Arnaud Lagardère (amateur de conférences de presse en anglais dans l’aéronautique) et son Club des entreprises Parisi2012, en passant par Philippe Baudillon (et sa communication en langue anglaise lors des jeux d’Athènes) n’ont servi à rien et n’ont rien apporté à la candidature française ?
Nous le savons, l’original est toujours préférable à la copie.

Reste maintenant à veiller à ce que, à Londres en 2012 comme à Pékin en 2008, la première langue olympique soit le français.
Marc Favre d’Échallens

NDLR : Notre administrateur n’est pas le seul à avoir noté ce mépris délibéré pour la langue française. Étienne Bourgnon, président de la section de Suisse, nous a adressé ce courriel :
«iLe 7 juillet, à Sète, les congressistes de la 16e Conférence des peuples de langue française ont commenté la décision du CIO d’accorder les JO de 2012 à Londres et ont montré leur déception. M. Pierre-André Comte, secrétaire général de l’organisation et député au Parlement jurassien, a condamné ceux “qui trahissent la francophonie et la langue française”. Il faisait notamment allusion au film de Luc Besson, présentant la candidature de Paris, qui se termine sur une séquence artificielle d’une foule parisienne criant : “We want the Games” et la phrase d’une petite fille disant : “Today, I have a dream !” »

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