Mots d'été

Sous les pavés, la plage, clamait-on en mai 68. Mais sous la plage ?... La poésie ! Celle des mots, revisités par l’étymologie.

Août. C’est le mois d’Auguste, censé perpétuer le souvenir de l’empereur romain Octave, lequel avait accumulé les victoires durant ce sixième mois de l’année (elle débutait alors en mars). Il se dit même que s’il compte trente et un jours, c’est parce qu’Octave n’entendait en rien être le parent pauvre de son oncle César, à qui avait été dédié le mois de juillet !

Cerf-volant. Si cet habitué de nos plages a été ainsi baptisé, c’est, selon Bernard Galey, qu’il imite le vol maladroit de son homonyme le coléoptère (dont les mandibules évoquent peu ou prou les bois du cerf).
Alain Rey soupçonne pour sa part une déformation de serpent : il est vrai que les légendes faisant état de dragons ou de serpents volants abondent...
Pétanque. Ceux qui prétendent que la pétanque c’est le pied ne croient pas si bien dire : en provençal, pétanco signifiait « pied fixé ». Faut-il rappeler ici que la pétanque est le seul jeu de boules qui se pratique sans élan ?

Parasol. L’été sans lui, c’est la galère ! Normal, au fond : le premier du genre fut sans doute, dans l’Antiquité, cette tente que l’on dressait sur la poupe de la galère en question afin de protéger les officiers du soleil.

Bikini. Se souvient-on encore que ce costume de bain doit son nom à un atoll du Pacifique, où eut lieu, en 1946, une explosion atomique expérimentale ? Celle qui en était vêtue espérait produire le même effet que la bombe américaine...
Bruno DEWAELE

NDLR : Un dimanche sur deux, dans La Voix du Nord, Bruno Dewaele publie une chronique intitulée « Langage ».

Souris

En anglais, la souris se dit mouse comme Mickey et en allemand Maus. En sanskrit, la souris se dit moucha, et si elle est de petite taille mouchaka. Notez la même désinence diminutive qu’en slave (baba > babouchka, mats > matriochka, voda > vodka).
Or la racine indo-européenne meus- ou muh- a le sens de « voler, dérober », mouchaka, c’est donc littéralement « la petite voleuse », on se demande pourquoi, puisqu’il faut bien qu’elles vivent, ces petites bêtes !, comme l'a si bien exprimé Anjalika.
En grec comme en latin, souris se dit mus (prononcez mouss), en hollandais muis, en danois muus, en suédois mus, en persan-iranien mush, en russe muish.
Et si je vous disais que le mot français ou anglais muscle, l’allemand Muskel, l’espagnol musculo, l’italien muscolo, etc., ont la même racine que le latin musculus, qui signifie « petite souris » en raison, je pense, d’une analogie morphologique entre le muridé et l’organe anatomique contrac-table.
Et que dire de la première syllabe du mot MYOSotis et pour la même raison que le mot précédent, les feuilles et les pétales de cette plante ayant la forme d’« oreille » (otis) de « souris » (myos). Cette souris (dans les langues germaniques : allemand, anglais, scandinave, etc.) fait partie des rongeurs comme les mulot, rat, gerbille, chinchilla, hamster, cochon d’Inde, mais pas la MUSaraigne qui fait partie des insectivores (malgré son prénom : mus, « souris »). En fait, musaraigne, c’est la « souris araignée ». Elle a cinq orteils griffus et non quatre comme les rongeurs. Araignée, venant du grec arakné, d’où sont dérivés le latin aranea, les mots français arachnéen et araignée, ainsi que l’espagnol ragna qui désigne la toile d’araignée.

D’où nous vient donc le mot souris ? À mon avis, d’un verbe ancien d’origine onomatopéique d’où est dérivé par exemple le latin susurrus, dont l’acception est le bruit fait par une souris qui se déplace furtivement (on en revient avec fur au sanskrit meus, « dérober ». Cf. le latin furax, où fur signifie « voleur », le roumain ou le breton fur, le français furet).
En grec, la sémantique de souris nous mène à hurax (avec un esprit rude, d’où l’h soufflé), en latin à sorex, en espagnol à sorce et en italien à sorcio, tous ces mots ayant le sens de « souris ».
Quant au rat, en sanskrit, il est connu sous ces différents noms : musa, muska, musika. Mais le mot rat me semble derechef d’origine onomatopéique. En effet, la racine indo-européenne rat a le sens de « gratter ». En sanskrit, rada est une « dent », mais j’ai entendu au Rajasthan nommer un éléphant « rad ». Quoi qu’il en soit, rat se dit ratus en latin, ratto en italien, rato en espagnol, rat en anglais et hollandais, rotte en danois, råtta en suédois, Ratte ou Ratze en allemand. À noter qu’en anglais le verbe rat s’emploie pour l’action de « quitter un groupe », « quitter un navire quand il coule ».
Bernie de TOURS
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Rat





Dans son magnifique ouvrage, Bestiaire végétal, ces animaux parmi les plantes (Pharmathèmes, 2007, 128 p., 34 €), le professeur Pierre Delaveau attise, lui aussi, notre curiosité. Du chapitre intitulé « Des souris et des plantes... » – où apparaît, évidemment, le myosotis –, nous reproduisons, avec son autorisation, les lignes et l’image consacrées au rat (p. 59).





« Les Levantins en leur légende
Disent qu’un certain rat, las des soins d’ici-bas,
Dans un fromage de Hollande
Se retira loin du tracas. »
(Le Rat qui s’est retiré du monde)


Raisin de rat et Mauerpfeffer, poivre de muraille, en allemand, sont des surnoms de l'Orpin blanc (Sedum album) à côté de Vermiculaire et de Triquemadame (en anglais Trick madame). Ce dernier mot serait une déformation de Trippe-Madame, se référant au vieux français trippe pour une danse au cours de laquelle on sautillait en trépignant ; cette petite plante, alors cultivée pour fournir un condiment un peu poivré, passait, en effet, pour exciter.

Achyrantes aspera (Amarantacées) est dit Queue-de-rat, à cause de la forme de l'épi floral allongé et un peu rugueux.


Extrait de la planche CXXVII
de Jean-Baptiste Oudry, illustrant la fable
« Le Rat qui s’est retiré du monde »
(éd. Desaint & Saillant et Durand, 1755-1759).
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