Défense de la langue française  
Le haricot de mouton et le gigot aux haricots

Pour la plupart des Français, le mot haricot désigne un légume que l’on consomme en gousses, pour le haricot vert, ou en grains, pour le haricot blanc ou le haricot rouge. Ce que l’on sait moins, c’est que haricot a un autre sens, celui de ragoût, bien plus ancien que le précédent mais toujours actuel. Ce ragoût est préparé avec du mouton coupé en morceaux, des navets, des oignons et souvent des fèves. On connaît même la recette écrite pour sa femme par l’auteur du Ménagier de Paris (1393) : « Dépecez-le par petites pièces... ».
Rappelons-nous encore qu’Harpagon demande à Maître Jacques de préparer, pour remplir l’estomac de ses invités sans trop débourser, « quelque bon haricot bien gras ». (Molière. L’Avare, III, 1). Le mot haricot est un déverbal de haricoter que l’on trouvait en ancien français sous les formes harigoter ou haligoter. Ce verbe est dérivé du francique harion prononcé harijon, « couper en morceaux, mettre en lambeaux ». Plus tard, au XVIe siècle, quand la plante arriva d’Amérique, on l’incorpora à ce ragoût à la place des fèves. On l’appela alors « fève de haricot » qui se réduisit bientôt à haricot.
Une fois bien installé en France, le haricot passa du ragoût de mouton au gigot de mouton, tant il est vrai qu’il est l’accompagnement le plus fréquent de ce plat. On va ainsi retrouver un autre mot d’origine germanique. En effet, le gigot tire son nom, par analogie de forme, d’un instrument de musique, la gigue. Il s’agit d’un instrument à cordes, probablement à trois cordes puisque dans les gloses de l’époque il est appelé tricordum. Il était très utilisé au Moyen Âge et ressemblait à une mandoline. Son nom est lui-même tiré de l’ancien allemand Giga, qui désignait déjà le même instrument. On retrouve d’ailleurs cette origine dans le nom allemand actuel du violon Geige.
Plus tard, au XVIIe siècle, le mot gigot, sur le modèle « cuisse-cuissot », donna naissance à une nouvelle gigue, désignant cette fois la cuisse d’un animal ; c’est ainsi qu’apparut la fameuse gigue de chevreuil. Puis, en langage familier, ce terme servit à désigner une jambe, en général longue, et par métonymie encore plus familière, une fille, un peu maigre, aux longues jambes.
Il existe encore une autre gigue, celle de l’expression danser la gigue. Elle désigne une danse à trois temps, venue d’Angleterre ou d’Irlande. Le mot vient de l’anglais jig qui a le même sens. En Angleterre, on pense que ce mot vient du vieux français gigue, l’instrument, la danse se pratiquant au son de cet instrument. En France, on trouve cette étymologie incertaine. Pourtant, nous avons formé, à la même époque, le verbe giguer, « sauter, gambader, danser ». Quoi qu’il en soit, après la disparition de ce verbe, il est resté gigue et danser la gigue.
Philippe Lasserre
Délégation de Bordeaux

Cheval, quand tu nous tiens...

Épreuve orale de français

Un candidat ronge son frein en attendant son tour ; sanglé dans sa veste de tweed, il paraît bien dans son assiette : sans doute est-il assez ferré sur les questions du programme... Pourtant, le sujet qu’il tire semble un instant le désarçonner, mais il s’attelle à le préparer, sans renâcler.

Le moment venu, il lit son texte si vite que l’examinateur l’interrompt : « Eh ! mon garçon, vous courez la poste ! Avez-vous pris le mors aux dents ? S’emballer, galoper ventre à terre, ce n’est pas une bonne méthode d’explication littéraire ! » Le candidat, sans doute d’humeur ombrageuse, se cabre sous le reproche et, du coup, freine des quatre fers. « Allons, fait, conciliant, l’examinateur : du calme ! Je ne vais quand même pas vous donner les étrivières ! Vous piaffez, vous ruez dans les brancards, c’est de votre âge ! Mais, moi, je dois tenir les rênes. Et maintenant, posément, reprenez – sans dételer ! »
Finalement reçu, le jeune homme, tout caracolant de joie, s’en va fêter son succès – à s'en faire péter la sous-ventrière !
Madeleine Roussel

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