Défense de la langue française  
Fourchette moderne

Interviewé récemment, le directeur du Tour de France aurait déclaré à propos de l’épreuve à venir : « Vingt cols sont au programme ; nous sommes dans la fourchette basse (sic) des dix dernières années. »

Voyons nos références.
Fourchette : ce qui est compris entre deux valeurs extrêmes. Ex. : donner une fourchette de prix. Cette définition apparaît sous forme de complément dans le Littré. Elle apparaît aussi dans le Supplément du Robert en six volumes (1970), où il est question d’écart entre deux valeurs extrêmes. Ce sens du mot fourchette est donc récent.
Dans l’article cité, c’est la recherche de l’ellipse qui conduit à l’erreur. La fourchette, ici, est un espace. Un espace n’est ni bas ni haut ; seule une de ses parties peut être basse ou haute. Il ne saurait donc y avoir de « fourchette basse » ou de « fourchette haute ». Si l’on tient à tout prix à la précision, la formulation pourrait être : nous sommes dans la partie basse de la fourchette ou, tout aussi bien : nous sommes dans le bas de la fourchette. La fourchette de nos tables a remplacé la fourchette du père Adam (nos doigts !) au XIVe siècle. Depuis, notre confort, notre savoir-vivre ne sauraient s’en passer. Toutes proportions gardées, la fourchette utilisée dans un sens nouveau vient à peine de naître. Ne nous en servons pas de façon maladroite. À la table du savoir-penser, il faut bien se tenir.
Jean Fenech

Tics et tocs
Que de discours ponctués avec des bon ben, donc, eh bien, et cetera, quoi, voilà! Combien de prévisions météorologiques parsemées de la Grande Bleue, l’île de Beauté, l’Hexagone, la planète, la ville rose. (Où sont passés la Méditerranée, la Corse, la France, le monde, Toulouse ?). Et quelle pauvreté d’invention chez les commentateurs, sportifs ou autres, qui utilisent des adjectifs vidés de leur sens. Le stade, le club, le joueur, l’action tout est emblématique, extraordinaire, galactique, hallucinant, incontournable, mythique, remarquable, phénoménal, planétaire. Ils ressortent toujours les mêmes clichés : il n’a pas fait le voyage pour rien ; il y a deux ballons sur le terrain, ça fait un de trop; il y a eu une petite mimine. On traite aussi les joueurs de l’équipe de Marseille de Phocéens, ceux de Manchester de Mancuniens – adjectif très rarement utilisé en anglais, d’autant plus qu’au moins 80 % des joueurs viennent d’ailleurs. Pompeusement, on nous parle de la langue de Shakespeare, de Molière ou de Goethe (s’ils savaient combien l’anglais de Shakespeare est différent de celui d’aujourd’hui). Sans parler des petites phrases qui, au début, étaient assez drôles et exprimaient quelque chose, mais qui, après des années de répétition, finissent par perdre leur signification et par taper sur les nerfs (les miens c’est sûr, les vôtres aussi peut-être). Ça y est, ce n’est pas évident, entre guillemets, il n’y a pas de soucis, incessamment sous peu, vous avez tout compris.

Serait-ce que la répétition réconforte le public? Il est content d’entendre ce qu’il sait déjà (d’où le succès de la musique pop avec ses répétitions ad infinitum). Mais quand on réfléchit, cela ne peut qu’abêtir les gens et appauvrir notre beau français. En somme, il ne s’agit plus d’utiliser la langue pour exprimer une idée ou donner une information, c’est tout simplement parler pour ne rien dire, une véritable logorrhée.
Douglas Broomer

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