Défense de la langue française   
Et la bobinette cherra...

Qui ne connaît Le Petit Chaperon rouge (1697), conte célèbre de Charles Perrault (1628-1703) et notamment la réponse de la mère-grand, malade et alitée, au loup qui se fait passer pour la fillette et demande à entrer : « Tire la chevillette et la bobinette cherra. » Puis, c’est la même réponse que fait à la fillette le loup, qui a, entre-temps, avalé la grand-mère et refermé la porte.
Un chaperon est une petite chape, un capuchon enveloppant la tête, le cou et les épaules. Quant à cherra, c’est le futur simple, à la troisième personne du singulier, du verbe choir, « tomber ». Mais qu’en est-il de la bobinette et de la chevillette ?

L’imprécision des dictionnaires
De bobinette, aucun dictionnaire ne donne d’illustration ni d’explication claire et précise. Quant à chevillette, les dictionnaires sont étrangement muets à son sujet.
Le mot est un diminutif de cheville, qui vient du latin populaire cavicula, du latin clavicula, « petite clef ». Le sens de clef ne s’est pas maintenu dans cheville, ni dans clavette, laquelle, originairement, était bien une petite clef, du latin clavis, « clef » , ou, selon Quillet, clavus, « clou ». Chevillette et clavette désignent tous deux des chevilles, c’està- dire des pièces de bois ou de métal dont on se sert pour boucher un trou ou assembler des pièces.
En fait, seule l’encyclopédie en ligne Wikipédia décrit à peu près en quoi consiste le système de fermeture bobinette / chevillette, mais l’article contient quelques inexactitudes.

De quoi s’agit-il ?
La bobinette est une petite pièce de bois plate, ovale ou rectangulaire, pivotante, fixée d’un côté sur l’encadrement d’une porte au moyen d’une vis ou d’un clou, ce qui rend la pièce mobile autour de cet axe.
Les portes de certains vieux meubles campagnards sont encore maintenues fermées avec des bobinettes placées au-dessus des portes. Ces bobinettes, évidemment, ne peuvent pas choir ; il faut, au contraire, les lever à la main pour ouvrir les portes.
Vu la taille des portes d’habitation, les bobinettes de celles-ci ne pouvaient cependant être placées à leur sommet, sur les linteaux, et elles l’étaient donc sur le côté. Pour empêcher que la bobinette retombe à la verticale, on plaçait à même hauteur, sur la porte, un clou, une vis ou une cheville débordante, sur quoi la bobinette reposait. Il fallait, ici aussi, relever la bobinette pour libérer la porte.
Un grand progrès fut le remplacement du support d’un seul côté par une chevillette plus longue que l’épaisseur de la bobinette et de la porte réunies, et pouvant coulisser à travers la porte. Si la personne à l’intérieur ne voulait pas qu’on puisse entrer en venant de l’extérieur, elle ne laissait pas dépasser la chevillette à l’extérieur. Si, au contraire, elle voulait autoriser l’entrée, elle laissait la chevillette dépasser à l’extérieur et le visiteur n’avait qu’à la tirer un peu vers lui pour laisser choir, tomber, pivoter la bobinette vers le bas et libérer la porte.
Apparemment, le loup et l’enfant n’étaient pas au courant du système. Notre explication n’est qu’une hypothèse, mais c’est la seule qui « colle » parfaitement aux mots du conte de Perrault. L’article de Wikipédia joue sur les mots : tire, retire et enlève ne sont pas des synonymes. Signalons encore que si la vis ou le clou de fixation de la bobinette est davantage serré contre le montant, point n’est même besoin d’un support sur la porte : la bobinette restera horizontale par la simple pression de l’ouvrant. On rencontre encore parfois ce système très simple de fermeture sur de petits meubles campagnards (vieilles armoires de cuisine, garde-manger) ou sur d’anciens placards de rangement.
Stéphane Brabant

Pataquès

Le pataquès, aussi dit cuir – plus rarement velours –, est une « faute de liaison, dans la prononciation, consistant [...] à faire entendre une consonne qui n’existe pas à la finale du mot précédent ». (Trésor de la langue française.) Les exemples fournis par l’audiovisuel sont légion.

« Quatre-z- euros » sont bien ressentis comme fautifs. Cependant, malgré la faute patente, certains pataquès sont acceptés. Nous pensons en particulier à la locution entre-quatre-z-yeux, auquel nous ajoutons des traits d’union tant ces trois mots sont étroitement liés, phonétiquement s’entend.

En consultant « quatre », le TLF nous apprend que le « z » est ajouté par euphonie, définie comme « qualité des sons agréables à entendre ou aisés à prononcer, parfois invoquée pour expliquer certains changements phonétiques dus à l’influence de phonèmes voisins (d’apr. MAR. Lex., 1933) ».
En consultant « oeil, yeux », nous apprenons que la locution remonte à « 1740 entre quatre-z-yeux (PIRON, Œuvres posthumes, 77 [Dentu] dans QUEMADA. DDL, t. 19) ».

Si Quemada est d’accord, il n’y a plus qu’à amener notre pavillon !
Joseph de Miribel
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