Défense de la langue française   
Numérique et français

Lire, oui, sur papier bien sûr, mais de plus en plus en numérique. Comment concilier langue française et numérique, quand numérique sous-entend très souvent « en anglais » ?

Le Parlement européen accueillait fin 2016 la Semaine européenne du Code pour promouvoir la formation et le développement du numérique (logiciels, sites internet, applications mobiles, etc.). L’Association des bibliothécaires de France a participé activement à la défense de la diversité linguistique dans le monde du numérique. L’ABF compte 3 000 adhérents, le plus souvent recrutés après un concours difficile, dont les délégués étaient venus des 28 pays de l’UE pour rencontrer les députés européens : beaucoup de bibliothécaires à l’étranger proposent en effet des « livres en français ». Les bibliothécaires aiment suivre l’actualité, et beaucoup se sont réjouis de « l’effet Modiano », qui après son prix Nobel a été lu partout.

D’après l’ABF, le livre papier reste la référence pour tout ce qui est fiction, alors que les ouvrages documentaires sont de plus en plus consultés sur internet, ou sur des tablettes numériques. Et la « littérature grise », comme les thèses universitaires, n’existe pratiquement qu’en numérique.

Le numérique favorise-t-il la diversité ? Il devrait en être un atout, en permettant une diffusion accrue des ouvrages en langue française, ce que souhaite et encourage le ministère de la Culture. Il faut être attentif à la question des droits d’auteur, que les grands éditeurs ont tendance à résoudre en bloquant les livres numériques en bibliothèque. Le Parlement européen et la Commission accordent une grande attention à ce sujet, et ce travail législatif est suivi de près par les bibliothécaires. Si l’on consulte les catalogues des associations de bibliothèques européennes, on y trouve des trésors : on a envie de tout lire ! Formidable ! Sauf que parfois, un astérisque précise « si disponible en numérique »...

Les bibliothécaires savent que la compétence numérique est devenue indispensable pour que la « bibliothèque publique » reste un espace d’apprentissage tout au long de la vie, surtout dès que l’on est sorti de l’école. Évolution qui crée des emplois et qui élargit la diffusion des ouvrages lorsqu’ils sont mis en ligne, offrant dans le monde entier des accès infinis, par exemple aux bibliothèques proposant des manuels de « FLE » (français langue étrangère), et aux réseaux des Alliances françaises.

Les défenseurs de la langue française doivent poursuivre leur action afin d’obtenir les moyens nécessaires pour que demain les livres disponibles en numérique ne soient pas tous en anglais, les ouvrages littéraires comme les ouvrages scientifiques et techniques. C’en serait alors fini de la diversité linguistique si le numérique prenait la place du livre papier, mais cela est un autre sujet. Ambroise Perrin

N’avoir de cesse que...

Notre chère langue française dont la vitalité actuelle nous surprend souvent, sans toutefois nous éblouir à tout coup, est aussi une vieille dame dont les manières surannées ne manquent pas de charme.
C’est ainsi que nos bons écrivains ne méprisent pas ici ou là certaines expressions ou locutions un peu oubliées, qu’ils dévoilent au détour d’une phrase, comme un bijou ancien, ou comme une gourmandise dont on redécouvre la saveur... Le regretté Jean Dutourd, pour ne citer que lui, excellait à nous faire renouer avec des « il n’était pas jusque... qui ne... », « ne laissait pas de... », ce qui agrémentait ses périodes d’échos marivaudesques, voire sévignéens !
Nos amis journalistes, qui par profession écrivent souvent dans l’urgence, semblent quelquefois s’en souvenir eux aussi, mais avec une touchante maladresse : ainsi de la locution proliférante n’avoir de cesse de avec l’infinitif, fille illégitime de n’avoir de cesse que... ne avec le subjonctif, dont ils dévoient le sens.
Expliquons-nous par deux exemples :
1. Mme Bonbeck n’avait de cesse qu’elle n’obtînt une place au premier rang signifie que les efforts déployés par cette honorable personne ne cessaient pas tant qu’elle n’était pas assise où elle le souhaitait ; nous sommes donc en amont de la réussite de l’entreprise. 2. En revanche « Madame Bonbeck n’avait de cesse de persécuter Innocent et Simplicie, qu’elle considérait comme deux vrais nigauds » signifie dans la tête de nos écrivains pourtant pressés que la dame, tout simplement, ne cessait de persécuter les deux nigauds : nous sommes dans un processus d’enflure qui conduit au « civilisationnel », au « positionnement », dans la pure lignée des « qui c’est qui » et « qui c’est qu’a fait ça », que les enfants ne sont d’ailleurs pas les seuls à utiliser !
Claude Wallaert
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