Défense de la langue française   
Politesses ?

La politesse est une invention du monde civilisé pour faciliter les relations entre les êtres humains. En général, elle fonctionne très bien et met effectivement de l’huile dans les rouages : on obtiendra plus facilement ce que l’on souhaite si on le demande poliment et avec le sourire. Les rapports humains sont fluidifiés par les égards mutuels. Cependant, il arrive qu’une politesse forcée mette mal à l’aise. Cette attitude, commandée par des relations hiérarchiques ou commerciales, par exemple, a entraîné la création d’un champ lexical très riche, dont nous allons voir quelques exemples.

La déférence n’est pas une politesse forcée, mais elle peut le devenir. « Considération respectueuse que l’on témoigne à quelqu’un, souvent en raison de son âge ou de sa qualité », comme la définit le Petit Robert, elle « ne doit pas devenir servilité », selon André Maurois, la servilité étant un « caractère de soumission avilissante et excessive », le dictionnaire proposant d’ailleurs « lèche-bottes » (voire une expression plus vulgaire) comme synonyme de servile.

La servilité est cousine de l’obséquiosité : est obséquieux celui qui « exagère les marques de politesse, d’empressement, par servilité ou hypocrisie ». C’est souvent l’excès de politesse que manifestent les employés ou les soldats à leurs supérieurs, dans le désir de leur plaire. Lorsque l’obséquiosité s’accompagne de basses flatteries, elle devient de la flagornerie.

C’est dans l’autre sens que fonctionne la condescendance, la « complaisance par laquelle on s’abaisse au niveau d’autrui » : on la ressent, par exemple, quand une personne importante, qui fait un effort de politesse à notre égard, s’adresse à nous, mais reste manifestement consciente de sa supériorité (réelle ou supposée) sur nous.

C’est par la révérence, comme les danseuses, que nous terminerons ce bref tour d’horizon. Une personne révérencieuse n’est pas hypocrite comme les caractères que nous venons de décrire, et sa politesse lui est inspirée par un « grand respect mêlé de retenue et de crainte ». Lorsque le respect disparaît, l’irrévérence, placée à l’autre bout du spectre, n’est ni plus ni moins que de l’insolence.
Anne Rosnoblet

Écriture inclusive ou graphie abusive ?

« Les candidat.e.s tractaient sur le marché » ou « les écrivain.e.s roumain.e.s seront présent.e.s à Francfort ». Vous lisez, peut-être sans le savoir, de l’écriture inclusive, « moyen de faire progresser l’égalité femmes.hommes par votre manière d’écrire »1. Sortons des oubliettes Vaugelas, académicien, qui prône déjà au XVIIe siècle l’expression « le coeur et la bouche ouverte ». Par la suite, l’Académie décide que le masculin est plus noble que le féminin et qu’il doit l’emporter.

En 2008, le Conseil de l’Europe adopte une recommandation visant « l’élimination du sexisme dans le langage... ». Cinq ans plus tard, le ministère des Droits des femmes et les grandes associations de collectivités signent un protocole d’accord : l’égalité femmes-hommes doit être prise en compte [...] au moment notamment de leur mise en oeuvre et de leur diffusion via les documents de communication tant internes qu’externes.

Pour l’écriture, on utilisera donc le « point milieu » ou « point médian »2 pour composer des mots non sexués et éviter la double flexion (les citoyens et les citoyennes...) : racine du mot + suffixe masculin + point + suffixe féminin (gardien.ne) ajoutant, le cas échéant, un autre point et le suffixe pluriel (écolier.ère.s). Graphiquement, le point ne ralentit pas trop la lecture, prend moins de place que le trait d’union, et n’a aucune connotation, au contraire de la barre oblique (opposition).

Indéniablement, la langue reflète la façon dont une société traite ses diverses composantes. Si au cours des siècles, la France a prôné, par sa grammaire et son vocabulaire, la supériorité des hommes, depuis les mouvements féministes du XXe siècle, elle s’essaie à parvenir à plus d’égalité, sinon de parité, concept réfuté par nombre de femmes et pas des moindres.

Est-il besoin pour y parvenir d’imposer ce changement de nos graphies ? Nos enfants y sont déjà exposés, avec Questionner le monde, publié chez Hatier il y a quelques mois pour les élèves de CE2 et rédigé en écriture inclusive. Au sommaire de ce manuel, par exemple : « Les artisan.e.s au fil du temps », « Les puissant.e.s au fil du temps », etc., une graphie qui a fait réagir Raphaël Enthoven sur Europe 1 en septembre : « Partant du principe qu’on pense comme on parle, c’est le cerveau qu’on vous lave quand on vous purge la langue. »

Le ministre de l’Éducation nationale s’est prononcé contre cette écriture dans les manuels scolaires parce qu’elle ajoute « une complexité qui n’est pas nécessaire ». Et l’Académie française a lancé un cri d’alarme le 26 octobre : « [...] devant cette aberration “inclusive”, la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures... »
Elisabeth de Lesparda

1. Sous-titre du Manuel d’écriture inclusive dirigé par Raphaël Haddad, conseil en communication d’influence, fondateur de l’agence Mots-Clés.
2. À noter que ce point milieu est différent du point, et se situe légèrement audessus de la ligne. Sur PC : Alt+0183. L’Afnor a fait des propositions qui incluent le point milieu pour les claviers AZERTY.
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