Défense de la langue française   
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Demandez... et vous obtiendrez (peut-être)

On proteste – avec raison – contre l’anglais qui envahit enseignes, publicités, médias, etc. Mais il est un domaine où nous nous sommes résignés – à tort – alors que c’est encore plus grave, puisqu’il est devenu impossible à la grande majorité de se passer d’internet, et de tout ce qui en dépend.

Il ne s’agit pas ici de pester, quelque envie qu’on en ait, contre les mots anglais sur la toile, il s’agit de la discrimination dans bien des domaines des non-anglophones, y compris tous ceux qui comprennent et parlent un anglais acceptable, mais insuffisant pour être à égalité avec un locuteur dont c’est la langue maternelle.

À première vue, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et autres « géants » se donnent la peine, sinon de payer des impôts dans les pays où ils gagnent de l’argent, du moins de parler la langue de ceux qui le leur font gagner. On peut acheter tout et n’importe quoi, utiliser des services en français (ou probablement dans sa propre langue quelle qu’elle soit – à vérifier cependant).

Les difficultés commencent quand on doit aller plus loin ; qu’il s’agisse de réparer un dysfonctionnement, d’installer un logiciel, de chercher pourquoi votre ordinateur vous joue des tours, d’assurer la maintenance d’un site ou même de signer un contrat, l’anglais est souvent obligatoire une fois passés les conseils rudimentaires, quand on arrive aux choses sérieuses ; un anglais de très bon niveau si possible : les explications techniques ou juridiques seraient déjà obscures dans notre langue, elles deviennent inintelligibles dans une autre. Quand la traduction d’un contrat existe, il est précisé qu’en cas de litige la version en anglais, celle qu’on n’a pas, ou mal comprise, fait autorité.
Et encore ne parle-t-on que des mastodontes, lesquels ont les moyens, et l’intelligence commerciale de proposer des versions autochtones ou des traductions correctes pour les opérations courantes ; des centaines d’autres ne se donnent pas cette peine, la jugeant sans doute inutile puisque personne ne se fâche.

Peut-on croire que les artisans, petites entreprises, ou même particuliers d’Europe et d’ailleurs n’en soient pas pénalisés ? Là où un anglophone passera une heure à remplir un dossier, à trouver pourquoi son écran affiche « fatal error », à examiner un contrat ou des conditions de paiement, il en faudra deux, ou trois, voire plus, pour un autre, sans parler du risque de se tromper et des conséquences plus ou moins graves.

En France, la loi du 4 août 1994 semble inconnue sur internet, sans qu’on sache si elle y est inapplicable, si personne ne s’en soucie, ou s’il faudrait rappeler que nul n’est censé ignorer la loi.

Un chantier pour l’Europe, pourquoi pas ? Lancer une campagne de sensibilisation, insister auprès des GAFAM et autres, exiger quand les circonstances le permettent que tout soit accessible dans la langue des utilisateurs, établir que la loi et la langue d’un État prévalent sur celles d’une multinationale, ce doit être possible.

Ou bien les principaux intéressés finiront peut-être par protester individuellement chaque fois qu’ils se heurtent inutilement à l’obstacle de l’anglais. Quelques millions de courriels râleurs et rageurs finiraient par convaincre le plus avare des GAFAM d’avoir recours à des traducteurs.

Si personne ne demande rien, on voit fort peu de chances que quelqu’un obtienne quoi que ce soit.
Véronique Likforman
Délégation DLF Bruxelles-Europe

Les faux frères

Le tabac n’est pas responsable du tabagisme

Sous ses dehors provocateurs, cette affirmation est pourtant étymologiquement exacte !
Introduit en France dès 1556 (non par l’ambassadeur au Portugal, Jean Nicot, comme le veut la légende, mais bien par un moine cordelier de retour du Brésil, André Thevet), longtemps vanté pour ses propriétés médicinales, le tabac, plante originaire d’Amérique centrale, doit son nom au mot arawak tsibatl désignant, en Haïti et à Cuba, une sorte de pipe à deux tuyaux. Mot devenu – on ne sait trop comment – tabacco en espagnol – peut-être sous l’influence de l’île de Tobago ? – et que, en région amazonienne, les indigènes nommaient, en tupi-guarani, pety ou petyn, francisé en pétun, pétuner, mots aujourd'hui totalement passés de mode sauf pour un coléreux cadet de Gascogne cher à Edmond Rostand.

Et le tabagisme ?
Depuis Lucky Luke, on sait les Indiens amateurs de longues palabres – ce que les Algonquins du Canada désignaient par tabaguia, « festins » –, accompagnés de force calumets de la paix dégageant d’abondantes volutes de fumée âcre.
De là l'idée de pièce où l’on va fumer – les tabagies du roi de Prusse Frédéric-Guillaume sont restées célèbres –, puis d’addiction au tabac...
Rien à voir non plus avec le coup de tabac des marins, issu lui d’un radical tabb, « frapper », qui nous a donné, notamment, taper et tarabuster.
Jean-Marie Dehan
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