Défense de la langue française   
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Les mots en famille

Canicule aux Canaries

Avec l’été, revient le temps des grandes chaleurs, mais d’où nous vient cette canicule ? Une histoire de chien ! Depuis Argos, le chien d’Ulysse, en passant par Milou, Idéfix, Rantanplan et bien d’autres, les chiens accompagnent l’homme !

Dans l’Antiquité, les marins se guidaient la nuit sur les étoiles. En latin, canicula, « petite chienne », diminutif de canis, désignait Sirius, étoile principale de la constellation du Grand Chien. Les Anciens pensaient qu’il existait un lien entre l’apparition de cette étoile et les grandes chaleurs de l’été.

La canicule s’accompagne aussi d’une absence d’air et de vent. Pour les marins, c’est alors le calme plat. Qui imaginerait que la chaleur se cache dans l’adjectif calme ? Du grec kauma, ce mot exprime l’idée d’une forte chaleur. On comprend mieux le besoin de chômer, du catalan caumar, « se reposer par forte chaleur ».

Après le calme, vient la tempête ! Après les chaleurs torrides viennent les orages et les pluies torrentielles ! Torride, du latin torridus, veut dire « à sec », idée qu’on retrouve dans torréfier. Ainsi, un torrent désignait au début un cours d’eau souvent à sec !
Associé à l’idée de chutes d’eau ou de cascades, l’adjectif torrentiel en est arrivé à signifier diamétralement le contraire de ce que voulait dire le mot torrent à l’origine.

Le chien continue d’être présent lors des orages qui génèrent un temps de chien. Les marins doivent alors essuyer un coup de chien ; quant à celui qui n’a pas le pied marin, il sera malade comme un chien !

Mais où peut-on aller chercher un peu de fraîcheur ? Au bord de la mer, aux Canaries, ou sur la cime du Canigou ? Faisons un peu de toponymie et découvrons l’origine de ces deux noms de lieux !
Les Canaries tirent leur nom de Canariae Insulae, « Îles aux Chiens ». Les premiers explorateurs de l’archipel auraient découvert de grands chiens sauvages, en latin, canes, à moins qu’il ne s’agisse des phoques, appelés « chiens de mer ».

Le chien aurait-il encore son mot à dire sur la cime du Canigou ? Rien n’est moins sûr. Si certains y voient cani, le « chien » suivi de jugum, le « sommet » en forme de croc de chien, d’autres pensent plutôt à canum, « blanc », le sommet enneigé.

Une racine pré-indo-européenne pourrait aussi donner une autre explication : kan, le « sommet rocheux », et konos en grec désigneraient un « sommet en coin ».

Puisque nous n’avons pas la certitude que le chien du Canigou puisse nous apporter la fraîcheur, allons vers la constellation de la Petite Ourse. À l’époque d’Aristote, on voyait la Terre comme une sphère symétrique, avec un pôle de part et d’autre de l’équateur.
Pour se souvenir des noms des deux pôles, les savants grecs se sont inspirés des étoiles. Ils ont donné au pôle Nord le nom d’ « Arctique », du grec arktos, « ours », en référence à la constellation de la Petite Ourse, dont la plus brillante étoile, Ursa Minor, indique le Nord céleste. En toute logique, ils ont donné le nom d’ « anti-arktos » au pôle Sud, devenu Antarctique.

Cet été, vous aurez donc le choix, soit supporter la chaleur avec nos amis les chiens, surtout si vous mangez un chien chaud, c’est-à-dire un hot dog, soit vous réfugier auprès des ours pour bénéficier d’une fraîcheur polaire.

Un ours peut encore cacher un chien ! Un mythe, selon lequel la constellation ne serait pas une ourse mais un chien, a conduit à nommer parfois l’Étoile polaire « cynosure », « queue du chien ».

Cet été, prenez donc garde au chien, cave canem ! Bonnes vacances !
Philippe Le Pape
Délégation de Touraine

Comment faire ?

La répression pénale, outil de défense de la langue française

Ce bref article est destiné aux membres de l’association. Leur concours est indispensable pour lutter contre les violations grossières de la loi. Il ne s’agit pas d’accumuler les contentieux, mais de conduire à leur terme, et avec succès, un nombre limité de procédures.

I. Le dispositif répressif

I. 1. Les textes supports : la loi Toubon et son décret d’application
La loi n° 94-665 du 4 août 1994 modifiée, relative à l’emploi de la langue française, connue également sous le nom de « loi Toubon », prévoit expressément le recours au juge pénal pour faire respecter les dispositions contenues dans ses articles 2, 3, 4, 6, 7 et 10. Ces articles concernent la présentation et la publicité des biens, des produits et des services (article 2), les inscriptions et les annonces sur la voie publique (articles 3 et 4), les manifestations, les colloques et les congrès (article 6), les publications, les revues et les communications diffusées en France (article 7), les offres d’emploi (article 10).

Le droit pénal étant d’interprétation stricte, il convient toujours de se reporter à l’énoncé de la loi Toubon.

La loi a été complétée par un décret d’application du 3 mars 1995 qui fixe les peines en cas d’infraction. Les peines sont de nature contraventionnelle : contravention de quatrième classe, soit 750 euros au plus par infraction.

I. 2. Les acteurs de la répression

Les différentes administrations, notamment la police, la gendarmerie, les douanes, la répression des fraudes, peuvent agir dans le cadre de leurs prérogatives.
La loi Toubon a inséré dans le Code de procédure pénale la possibilité pour les associations agréées de saisir le juge pénal, aujourd’hui par la procédure de la citation directe.

L’association Défense de la langue française, au titre de la loi Toubon, est agréée depuis 1995 par les ministères de la Culture et de la Justice.

II. La mise en oeuvre du dispositif répressif par Défense de la langue française

II. 1. La poursuite des violations de la loi relatives aux biens, produits et services


Parmi les articles de la loi Toubon, l’article 2 est à mentionner :
« Dans la désignation, l’offre, la présentation, le mode d’emploi ou d’utilisation, la description de l’étendue et des conditions de garantie d’un bien, d’un produit ou d’un service, ainsi que dans les factures et quittances, l’emploi de la langue française est obligatoire. Les mêmes dispositions s’appliquent à toute publicité écrite, parlée ou audiovisuelle. »

Un constat d’huissier n’est pas nécessaire. Le juge pénal a cependant besoin de preuves.

Le dossier retenu doit être accompagné des objets vendus litigieux (jouets, par exemple) et de photographies de l’objet en situation de vente (présentoir, rayonnage, etc.). La violation manifeste et indiscutable de la loi reposera sur un emballage ou une notice d’information rédigés exclusivement dans une langue étrangère ou insuffisamment traduite.

La violation ne doit pas remonter à plus d’une année.
L’action pénale n’est pas sans risque pour l’association. En cas d’échec, outre la perte de crédibilité, DLF peut être condamnée et perdre la caution déposée au départ de la procédure de citation directe devant le juge pénal.

L’action pénale ne peut donc reposer que sur un dossier solidement étayé. Seules les violations incontestables de la loi peuvent être poursuivies par l’association. Le recueil des preuves est l’affaire de tous nos membres.

II. 2. Comment l’association traitera les dossiers

DLF recourt aux services d’un avocat spécialiste. Cet auxiliaire de justice, dont le rôle est fondamental sur le plan procédural, ne peut oeuvrer que sur des dossiers bien étayés au fond ; avant sa saisine, un filtrage s’impose donc.

Ce filtrage est effectué au siège de DLF, sur la base des documents et objets envoyés et des renseignements joints (lieu et date du relevé, quantités d’articles concernés).

En conclusion : la répression pénale est un outil puissant qu’il convient d’utiliser avec détermination mais prudence.
Franck Sudon
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