Défense de la langue française   
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Mort au français !

D’aucuns, récemment, s’interrogeaient sur la nécessité de supprimer l’accord du participe passé – question aussi obsolète que l’accord luimême : le français est une langue difficile ? Soyons modernes, supprimons le français.

Déjà, le français trop précis, trop rigoureux, est remplacé jusqu’au sommet de l’État par des mots anglais, lesquels ont le mérite de ne vouloir rien dire – ou au moins de permettre des interprétations variables – , ou bien par des anglicismes prêtant à confusion (on est éligible, on fait partie des heureux élus autorisés à payer). Ne soyons pas bornés, vive les anglicismes ! Réhabilitons les façades en même temps que la mémoire d’un innocent condamné, et au diable le sens des mots.

Déjà, beaucoup foncent dans les pièges de beaux esprits qui prétendent faire avancer la cause des femmes en rendant la langue obscure et illisible. Mais qu’importent les genres grammaticaux et l’étymologie !

Et puisque dire une auteur ne suffit pas ; puisque la notion de genre grammatical échappe à celles que le masculin d’un nom discrimine, ou à ceux qu’il aide à se sentir des mâles – les unes et les autres projetant leurs complexes dans la langue au lieu de la laisser évoluer tranquillement –, eh bien ! exigeons la « chaleure » et l’ « enfante », ou « l.e.a sommité.e » pour ne brimer personne. Et cherchons une langue moins sexiste : l’italien dit autrice, copions l’italien.

Déjà, le passé simple a presque disparu, emportant avec lui ses nuances. Il y a eu un soir, et il y a eu un matin ? Pourquoi pas ! Mieux, mettons tous les verbes au présent et qu’on n’en parle plus. On comprend très bien « demain je pars » et « hier il arrive » : alignons-nous sur les langues qui remplacent les désinences verbales par des formes périphrastiques. Et l’orthographe ! Pourquoi perdre du temps avec cette contrainte vieillotte, quand nos amis espagnols prononcent presque comme ils écrivent ? Imitonlé.

De nombreux journalistes nous montrent la bonne voie ; ils enfilent les perles sans vergogne : grâce à eux bientôt plus personne n’écrira correctement 1er, 2e, 3e (affreux ième !), plus personne ne saura prononcer arguer ou legs, ou n’aura l’idée saugrenue de respecter les liaisons – la poésie en sera moins jolie, mais qui s’en soucie ?

Alors l’accord du participe passé, qu’on l’enterre avec le reste ! Comme chacun sait, il est élitiste : les enfants – surtout ceux des pauvres ? – seraient incapables de comprendre les subtilités des accords, d’être ravis de découvrir les exceptions (beaucoup à dire en faveur des exceptions : eh non ! tout ne doit pas être rangé dans des boîtes toutes pareilles...).
On trouve pourtant de ces amoureux du français dans toutes les classes sociales, et personne ne veut « en faire baver à ses enfants comme il en a bavé » (l’envie de partager le bonheur qu’on a eu d’apprendre le français est-elle impossible à concevoir ?).
Mais peu importe, bienvenue au formatage, et que la complexité disparaisse.

Tordre une langue, lui imposer des concepts douteux, c’est tuer l’esprit des peuples qui la parlent. Notre langue est en péril mortel, dit l’Académie ? Tant mieux ! Ainsi en aura-t-on fini avec la langue française, et avec son esprit qui a fait bien assez de dégâts – telles l’instruction gratuite et obligatoire, la Sécurité sociale pour tous et autres balivernes.
Tout de même, cette démangeaison de démolir la langue française laisse perplexe : si elle déplaît tant à ces apprentis sorciers, que n’en adoptent-ils une autre ?

Véronique Likforman
Délégation DLF Bruxelles-Europe

Féminins inanimés
Certains mots féminins dérivés de mots masculins désignant des métiers exercés par des hommes
– peuvent avoir deux sens : l’un pour une femme, l’autre pour un objet ; par exemple : chancelière, cuisinière ;
– peuvent désigner des objets différents ; par exemple : jardinière ;
– peuvent désigner une activité ; par exemple : entrer dans la marine, exercer la médecine, danser la hussarde.

Voici quelques mots féminins désignant des objets ; ces mots sont dérivés de mots masculins désignant des métiers exercés par des hommes. (Cette liste ne prétend pas être exhaustive.)

Le camelot propose sa camelote, mais le héros ne propose pas d’héroïne.
Le chancelier cache ses pieds dans une chancelière et le pèlerin se protège sous une pèlerine.
Le carabin astique sa carabine et le cafetier sa cafetière.
Le matelot prépare sa matelote et le jardinier sa jardinière.
Le marin dessine une marine et le marinier brode une marinière.
Le canonnier repeint sa canonnière et le dragon répare sa dragonne.
Le cuisinier utilise sa cuisinière chaque jour et le moissonneur sa moissonneuse chaque été.
Le chevalier porte une chevalière à son doigt et le gourmet une gourmette à son poignet.
Le capucin cueille des capucines et le mandarin des mandarines.
Le bénédictin élabore la Bénédictine et le chartreux la Chartreuse.
L’aumônier attache une aumônière à sa ceinture.
Le berger se repose dans une bergère.

Philippe Jullian-Gaufrès
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