Défense de la langue française   
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Dialogue intergénérationnel

Je dis à un petit jeune homme qui veut m’emmener voir quelque chose :
– Je suis dispos.
Lui qui, jusque-là, paraissait plutôt grave, son visage s’éclaire, il semble au comble du plus extrême bonheur, il en rit aux éclats et il me dit :
– Bravo ! Bravo ! Vous au moins, vous savez parler jeune.
Il n’en revenait pas qu’un presque centenaire comme moi pût employer un langage si moderne, que je réussisse, à mon âge, à raccourcir le mot disponible en « dispo ». Il s’en frottait les yeux d’étonnement. J’ajoutai :
– Ma soeur aussi est dispose.
Là, il fut rassuré : il venait de découvrir chez moi un coin de gâtisme.
Bernard Leconte

Exactement, tout à fait...
« Il n’y a qu’une façon de dire oui, c’est “oui”, toutes les autres veulent dire non. » La formule lapidaire de Talleyrand est sans ambages.
Qu’entend-on aujourd’hui ? Le oui, clair et net dans sa brièveté, a disparu. « Exactement », « tout à fait » et autres formules verbeuses l’ont remplacé sur les ondes. Seuls les journalistes-procureurs intiment à leurs victimes consentantes l’ordre de répondre par « oui » ou par « non », injonction à laquelle l’interlocuteur d’un moment se garde d’ailleurs bien de déférer tant il est malséant, voire dangereux d’être clair. Quand il advient qu’on veuille se déclarer d’accord, « exactement » ou « tout à fait » se substituent à oui pour le dire.
Oui semble inconvenant dans sa sobriété. L’un ou l’autre de ses ersatz ordinaires fait plus chic, plus consensuel. Il manifeste une adhésion totale. Les mots simples et clairs ne font pas recette. Il faut du superlatif pour appuyer une pensée trop souvent indigente. Sous les oripeaux d’un verbiage aussi pesant qu’inutile, l’affirmation semble plus grandiose, plus généreuse. L’assentiment se pare de sentiment.
Malherbe n’acceptait qu’ « un mot pour une idée, un seul sens pour un mot ». « Vous voulez m’apprendre qu’il pleut ou qu’il neige ; dites, prescrit La Bruyère à Acis : “il pleut, il neige”. » Pour Maupassant : « Quelle que soit la chose qu’on veut dire, il n’y a qu’un mot pour l’exprimer, qu’un verbe pour l’animer et qu’un adjectif pour la qualifier. » Zola confirme : « Une langue est une logique. On écrit bien lorsqu’on exprime une idée ou une sensation par le mot juste. Tout le reste n’est que pompons et falbalas. » Défions-nous des hyperboles. Elles minent la langue et corrompent l’esprit.
Maurice Véret
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