Défense de la langue française   

DLF, no212

LE FRANÇAIS AU QUÉBEC, 400 ANS D'HISTOIRE ET DE VIE du Conseil supérieur de la langue française
Fides, Québec, 2003, 516 p., 26,68 € (en vente à la Librairie du Québec, 30, rue Gay-Lussac, 75005 Paris)
Impressionnante somme de connaissances, cet ouvrage – assorti d’index commodes, d’encadrés érudits, d’heureuses illustrations – a l’avantage de croiser les points de vue (l’ouvrage réunit une soixantaine de contributions !) sans avoir les défauts des recueils (émiettement, redites). Du « statut royal » (1608-1750) à l’absence de statut (1760-1850), d’un « statut compromis » (1850-1960) à la reconquête (1960-2000), le français du Québec nous donne une belle leçon d’espoir. « Les Canadiens [francophones] prennent graduellement conscience de leur situation sociale et économique peu reluisantei; les affaires se brassent en anglais et les emplois favorisent les anglophones. On exige des Canadiens [francophones] un bilinguisme qui mène droit à l’assimilation. » Ne vous inquiétez pas : cette triste situation concernait la fin du xixe siècle, malgré le statut politique et juridique accordé au français par la Constitution canadienne (1867). À méditer !
Romain Vaissermann

QUI A PEUR DES SYCOPHANTES ?, de Michel Courot
Mango littérature, « Mots et Cie », 2004, 115 p., 9 €
Ce deuxième volume des « dictées subtiles et malicieuses » illustre le genre littéraire qu’est la dictée. Pratique scolaire aujourd’hui tombée en désuétude, la dictée se trouve ici promue au rang de petit genre, mais de genre à part entière. Étonnant genre, à bien y réfléchir, puisque chaque texte est suivi du commentaire des difficultés qu’il recèle. Verrait-on un poème accompagné de son explication par l’auteur ? La chose s’est vue, il est vrai ; et le lecteur tire tant d’agrément de la culture générale de Michel Courot (membre de DLF) et de son érudition grammaticale que la vingtaine de textes que contient ce recueil tresse comme une couronne de poèmes en prose.
R. V.

LE FRANÇAIS AVEC JUSTE CE QU'IL FAUT D'ANGLAIS, de Bernard Moreau-Lastère
Glyphe & Biotem éditions, « Le français en héritage », 2003, 406 p., 29 €
Dans la tradition des « Ne dites pas... dites... », l’auteur, membre de DLF, s’attaque au « drag-queen », pour rappeler qu’on dirait mieux travesti, s’en prend au « dealer », au « fast-food » et à l’« ecstasy », pour proposer respectivement qu’on parle d’un « dileur », d’un « croque-minute » (que nous préférons aux « restovite » et « vite-bouffe » suggérés par ailleurs), de l’« extasie », quitte à faire rougir nos correcteurs orthographiques. Si les maux se francisent, les biens en feront bien autant. Inventons la « stylique » ou le « disagne » (design), rappelons « jeu loyal » (fair-play) et « boulin » (bowling). L’art de n’être pas « snob » (que l’auteur reconnaît pour sien) est à coup sûr un « mieux » (must). Plus de trois cents anglicismes sollicitent ainsi une inventivité grâce à laquelle, on le constate, Bernard Moreau-Lastère est, parmi les néologues, en première position (la « pole position » n’étant pas exactement une « première ligne »).
R. V.

PETIT INVENTAIRE EXCENTRIQUE DU Z, de Jean-Luc Hennig
Zulma, 2004, 223 p., 15 €
En seize essais, guère hésitants, l’auteur ose explorer les z, surtout ceux placés à l’initiale : jusqu’ici, les dictionnaires inverses avaient seuls placé cette dernière lettre en premier. Fascinant périple qui vous amène des noms propres les plus exotiques (« Zanzibar », « Zulma ») aux noms communs importés (comme « puzzle »), parfois inouïs (tel le « zaratan ») et toujours étonnants (les cruciverbistes apprécient l’« evzonei» !). L’essayiste virtuose, pour s’attacher à la lettre qui fait zozoter quand vous ne la taisez pas, ne manque jamais d’esprit et nous convainc que l’arbitraire de notre alphabet, sinon de notre langue, a aussi du talent.
R. V.

LA FABRIQUE DE LA LANGUE. DE FRANÇOIS RABELAIS À RÉJEAN DUCHARME, de Lise Gauvin
Seuil, « Points », 2004, 342 p., 9,95 €
Ignorez les repères bibliographiques pesamment placés à la fin de chaque partie et vous obtiendrez une excellente histoire des liens entre les grands écrivains et la langue française, les premiers intervenant souvent – c’est fort heureux – dans les débats concernant la seconde. Spécialiste de littérature francophone, la Québécoise Lise Gauvin prend le temps d’examiner des auteurs rarement étudiés à ce sujet (Sue, Jarry, Glissant, Tremblay) et montre comment suivre la chronologie revient à établir à chaque époque un bilan entre les tendances créatives et le conservatisme linguistique. L’attention spéciale de l’essayiste à Rabelais et à Céline montre assez que ce combat de tout temps transcende les clivages entre le « bel usage » des classiques et « l’émotif ».
R. V.

LE PRINTEMPS FRANÇAIS OU LA NAISSANCE DES MOTS, de Laurent Dubé
Septentrion, Québec, 2003, 177 p., 21,30 €
Deux parties inégales à tout point de vue : la première, novatrice, était la plus dure et ne fut guère réussie ; la seconde, traditionnelle, se lit agréablement. L’auteur part d’abord des étymons latins ou grecs pour dresser la liste des mots français en découlant, quitte à quelques affirmations péremptoires de points encore discutés ; il donne ensuite l’étymologie curieuse d’environ mille mots. Le « punch » (la boisson), « esquinter » et le « Pentagone » se retrouvent ainsi sous la bannière du « cinq » ; la « pie-grièche », le feu « grégeois », un « grigou », le « grisou » et le « vert-de-gris » se retrouvent sous « Grèce ». Ultime énigme : qu’est-ce qui réunit étymologiquement « andouiller », « aveugle », et « bigle » ? Vous en retrouverez votre latin : ante-oculare, ab oculis et bis-oculare !
R. V.

ÉVITEZ LE FRANGLAIS, PARLEZ FRANÇAIS !, d’Yves Laroche-Claire
Albin Michel, « Les Dicos d’or », 2003, 294 p., 12 €
Cet ouvrage pourrait convenir à ceux qui ne disposent pas (encore) de celui, beaucoup plus complet, de notre ami linguiste Alfred Gilder : En vrai français dans le texte (Le Cherche Midi, 1999, cf. DLF, no 194, p. 60). Il est regrettable que l’auteur, polytechnicien lausannois, ne l’ait pas cité dans une bibliographie (non plus que Le Robert des anglicismes, 1981), ce qui permet à Bernard Pivot d’affirmer en préface : «iVoici le premier dictionnaire franglais-français [...] un événement ! » Et pourtant, le magazine Lire avait bel et bien présenté, en son temps, « le Gilder »... Mystères de l’édition.
Nicole Vallée

LAROUSSE PRATIQUE. DICTIONNAIRE DU FRANÇAIS AU QUOTIDIEN, collectif
Larousse, 2003, 1 664 p., 25 €
Ce dictionnaire d’un type nouveau répond aux besoins de tous ceux qui cherchent à mieux écrire ou s’exprimer. Dans un format maniable et souple, les définitions des mots (40 000) sont assorties de l’étymologie, de la phonétique, d’exemples pour chaque sens, de synonymes et d’antonymes, de locutions et d’expressions. Les difficultés que l’on peut rencontrer avec 8 000 d’entre eux – prononciation, orthographe, confusion avec un autre mot – sont clairement expliquées. Enfin, outre de nombreux conseils de présentation et de rédaction, une centaine de tableaux de synthèse rappellent grammaire, conjugaison et orthographe. Difficile de s’en passer !
Guillemette Mouren-Verret
Nos adhérents publient
  • Le Quotidien au temps des fabliaux, de Danièle Alexandre-Bidon et Marie-Thérèse Lorcin (Picard « Espaces médiévaux », 2004, 304 p., 218 illus-trations, 54 €), est un superbe livre qui, à partir de sources écrites, archéo-logiques et iconographiques, retrace la vie de nos aïeux, de la fin du xiie siècle à la première moitié du xive.
  • « Je suis dentellière des mots », affirme, à juste titre, Jacqueline Delpit dans l’un des cinquante beaux poèmes qu’elle nous offre dans Le Palais des possibles (Les Presses littéraires, 2004, 64 p., 12 €).
  • Dans la si belle et passionnante collection « Découvertes Gallimard », Jean-Paul Clément, directeur de la Maison de Chateaubriand et administrateur de DLF, est l’auteur de Chateaubriand. « Des illusions contre des souvenirs » (Gallimard, 2003, 160 p., 13 €).
  • Essayiste avec Un pays à deux vitesses ? Morale des médias et moral des Français (cf. DLF, no 202, p. XV), François Léger devient nouvelliste avec D’ici et au-delà (Thélès, 2004, 124 p., 15,90 €), ouvrage récompensé par l’Académie poétique et littéraire de Provence et par La Renaissance française du Nord/Pas-de-Calais.
  • L’écrivain Alain Paucard, bien connu, entre autres, des auditeurs de Radio Courtoisie, vient de publier la 3e édition de La Crétinisation par la culture (L’Âge d’Homme, 126 p. 15,24 €).
  • Dans la préface d’Embarcadère, de Jean-Paul Orcel (Chantre Loire Éditeur, 2004, 78 p., avec un cédérom des poèmes lus par l’auteur, 20 €), Michel Pougeoise a raison d’affirmer : « Dans ce recueil aucun vers n’est gratuit. [...] chacun d’eux est le fruit d’une visite ou plutôt d’une “visitation” intense, fixée et sublimée dans une perfection formelle éblouissante
  • Le nouveau recueil de poèmes de Manoëlle Miquel-Regnauld s’intitule L’Arbre nu et est préfacé par Jean-Marie Pelt (Éditions Bénévent, BP 4049, 06301 Nice cedex, 70 p.,10 €).
  • Gabrielle Janier nous propose, en souscription, son nouvel ouvrage Trois Biographies et cinq essais, illustré en couleurs (166 p., 22 €), dans lequel elle étudie, entre autres, la vie de sainte Thérèse d’Avila et celle de George Sand.
    Le commander à l’auteur : 130, rue Édouard-Tremblay, 94400 Vitry-sur-Seine (frais de port : 3 €).
  • Yves Salembier nous signale la parution d’Éclats de vers (Les Dossiers d’Aquitaine), son dix-septième recueil de poèmes.
  • Christian Hersan vient d’éditer le livretiIII de ses Fables & Allégories (45 p., 16 €), abondamment illustré en couleurs par Geneviève Curel.
    Le commander à l’auteur : 3, rue du Bel-air, 56860 Séné, tél. : 02 97 66 51 04 (frais de port : 2 €).
  • « Vocabulaire de la cybernétique et de la systémique », tel est le titre de l’article de dix-huit pages publié par Robert Vallée dans la revue La Banque des Mots (no 66).
  • Pour que notre langue reste précise, Raymond Besson nous invite, dans Le Dévorant (no 205), à faire la chasse aux adjectifs de relation (« mémoire citoyenne », « génocide arménien »... pour mémoire des citoyens, génocide des Arméniens...) et à laisser vivre les prépositions.
  • Plusieurs formes de snobisme langagier sont réprouvées avec humour dans les articles du Nénuphar (no 34), bulletin de l’association du même nom, que préside Jacques Wolgensinger.
  • Dans Poésie-partage (no 26), Valentine Nisolle-Glineur nous offre une belle étude sur le grand poète belge Émile Verhaeren.
  • Un poème de Danielle Jacobson, dédié à l’association Rencontres européennes, est publié dans le Bulletin des amis d’Europoésie (no 207).
Retour haut de page Retour sommaire
• Siège administratif : 222, avenue de Versailles 75016 Paris •