Défense de la langue française   

DLF, n° 231

DICTIONNAIRE NATIONAL ET ANECDOTIQUE (1790), de Pierre-Nicolas Chantreau, présenté et annoté par Agnès Steuckardt
Éditions Lambert-Lucas, « La lexicothèque », 2008, 220 p., 30 €
Dans ce double ouvrage, le premier d’une nouvelle collection dirigée par Christine Jacquet-Pfau, maître de conférences au Collège de France, nous avons un dictionnaire de 1790 où l’Histoire abandonne les hauts faits pour des anecdotes rapportées par un révolutionnaire convaincu. Chantreau voit dans le changement linguistique des archaïsmes (chaircuitier), des emprunts à l’anglais (coalition, motion), des dérivés (motionnaire, désamender), des néologismes acceptés progressivement par l’Académie (invengé, en 1932-1935 seulement), ou plus ludiques (aristo-félon, foliographe, pacificrate). Nous pouvons aussi lire d’affilée l’histoire politique d’une époque, avec en filigrane la personnalité de Chantreau, faite d’humeur et d’humour. La consultation est alors délectation.
Nous avons aussi le commentaire érudit d’Agnès Steuckardt, lexicologue, de notre temps certes, mais dotée d’une double compétence en histoire de la langue et en Histoire tout court. Sans son long texte de présentation et ses annotations en bas de page, il serait difficile de comprendre ce livre, notamment les subtilités satiriques qu’évoque le mot « anecdotique » du titre.
Les deux auteurs, à égalité par l’étendue de leur texte, ont surtout un égal intérêt grâce à toutes les informations offertes à la fois aux historiens et aux linguistes. Danielle Bouverot

MA GRAND-MÈRE AVAIT LES MÊMES. LES DESSOUS AFFRIOLANTS DES PETITES PHRASES, de Philippe Delerm
Éditions Points, « Le goût des mots », 2008, 112 p., 11 €
Dans quelles circonstances, pour arranger les choses, pour faire le malin, ou poussé par quelque démon pervers, est-on amené à lancer, presque machinalement, avec un faux enjouement, une aimable indifférence, un intérêt de façade, ce genre de phrases : « On ne vous fait pas fuir, au moins ? », « Y a pas d’ souci », « Ça a été ? », « Je voulais voir ce que c’était »... Dans ce délectable recueil, le « maître confiseur » de la collection entend nous exposer « les dessous affriolants des petites phrases ». Nicole Vallée

ENCORE DES MOTS À DÉCOUVRIR, d’Alain Rey
Éditions Points, « Le goût des mots », 2008, 272 p., 7 €
Dans ces « Nouvelles chroniques au fil de l’actualité » où se trouvent regroupés des « Mots du jour » qui « ont fait les beaux matins de France Inter » de 2003 à 2005, Alain Rey, qui aime la langue, la savoure, s’en délecte, en décrypte les étymologies avec une très personnelle méthode d’investigation, s’en donne à coeur joie. Certes, il se lance parfois dans des considérations politiques avec un plaisir que nous ne sommes pas obligés de partager, mais nous sommes heureux d’apprendre avec lui l’histoire du français, son évolution et les rapprochements parfois étonnants qui se produisent dans son vocabulaire.
De la bavure aux sévices en passant par les intermittents, et le ramdam, né du défoulement nocturne qui succède à la diurne ascèse du ramadan, du voile à la compétitivité, du traquenard à l’ascenseur social, nous sommes entraînés, avec une magistrale virtuosité dans un tourbillon linguistique. Alain Rey y pratique notamment les regroupements familiaux. N’est-il pas surprenant de reconnaître dans fantassin et infanterie le fari latin (parler) trouvé dans infans, l’enfant qui ne parle pas encore et dans l’infant... Indemne (sain et sauf) et indemnité ne semblent pas appelés à marcher ensemble, et pourtant... Dans ce glossaire, qui échappe au classement alphabétique, que d’agréables promenades avec bien des surprises aux détours des paragraphes ! Jacques Dhaussy

LE PETIT GROZDA. LES MERVEILLES OUBLIÉES DU LITTRÉ, de Denis Grozdanovitch
Éditions Points, « Le goût des mots », 2008, 288 p., 7 €
L’auteur entreprend avec une verve des plus sympathiques de nous faire connaître les « merveilles oubliées du Littré ». Vous allez peut-être vous découvrir « idémiste »... Avezvous apprécié au cours de vos lectures la « perspicuité » du style de certains auteurs ? Le « séraphisme » de votre compagne ne vous inquiète-t-il pas ? Elle-même pourrait se plaindre de vos façons de « lucubrateur ». Fêtons donc la sortie de ce pertinent ouvrage avec quelques vers de « saute-bouchon ». N. V.

ON VA LE DIRE COMME ÇA. DICTIONNAIRE DES EXPRESSIONS QUOTIDIENNES, de Charles Bernet et Pierre Rézeau
Balland, 2008, 770 p., 32 €
Vaut-il mieux s’acheter une conduite que de l’huile de coude ? Être un agité du bocal ou se jouer un air de mandoline ? Certains vont à la soupe, d’autres jouent les mères Teresa, d’autres encore arrivent comme la moutarde après le repas. Si vous avez bu l’eau des nouilles, est-ce une raison pour avoir le moral dans les bottes ? Vous êtes proches de la date de péremption, n’en profitez pas pour vous taper le derrière à la suspension, même si vous avez le charisme d’une endive. Deux linguistes et lexicographes se sont consacrés à présenter, analyser, illustrer d’exemples pertinents plus de 1 500 pittoresques expressions, aussi quotidiennes qu’actuelles, de la francophonie. Un véritable régal... que complètent une abondante bibliographie et un précieux index. N. V.

BRUITS DE LANGUE, de Daniel Percheron
Éditions Le Passage, 2007, 158 p., 14 €
Encore un ouvrage consacré aux expressions familières ou savantes... Bien sûr, mais son auteur butine de-ci de-là et nous rapporte des expressions souvent inattendues. Vaut-il mieux dire « boîte à dominos » ou « boîte à osselets » ; « grand cru » ou « grande cuvée » ; « avoir mal aux cheveux » ou « avoir la casquette » ; « caviarder » ou « sucrer » ; « génération presse-bouton » ou « génération pouce »... ? Prêtez l’oreille dans le bus, au café, au bureau, chez vos amis, et vous en entendrez bien d’autres. N. V.

GRAMMAIRE BLEUE. La grammaire française en 80 leçons, de Pascale Marson-Zyto et Paul Desalmand
Armand Colin, 2007, 505 p., 16,50 €
« Enfin une grammaire qui permet aux parents d’aider leurs enfants ! » annonce la première page de couverture d’un bleu intense. Mais cette grammaire qui se veut normative l’est-elle réellement ? Elle s’adresse à tout « adulte » français ou étranger – grand adolescent, jeune parent, jeune grand-parent – dont les connaissances se révèlent quelque peu floues lorsqu’il est amené à s'exprimer en public, à écrire, ou simplement aider un enfant dans sontravail scolaire. Les auteurs, conscients de ce flottement, visent à informer le lecteur hésitant, à lui donner confiance. Ce manuel répond-il à leurs voeux ? Sans doute si l’on comprend l’esprit dans lequel le livre a été écrit et que l’on se sent capable de faire le tri entre l’essentiel (les règles anciennes qui perdurent en dépit de tout parce qu’elles sont au service de l’intelligibilité du discours) et le « superflu », par exemple les illustrations (souvent humoristiques, dont la pertinence est parfois difficile à décoder) ou les « trucs », déconcertants par leur simplicité (ou/où) ou par leur abstraction (signifié/signifiant). Le projet était ambitieux et les auteurs l’ont abordé avec courage et enthousiasme. Ils initient à la linguistique, rappellent les notions de base et les accords, proposent une bibliographie (documentation adaptée à deux niveaux), présentent les différentes méthodes, fournissent un index des règles et même des « trucs », une terminologie linguistique assez complète. L’ensemble est vivant et stimule la curiosité, ce qui est une qualité rare. Souhaitons une heureuse vie à ce sympathique ouvrage ! Claudie Beaujeu

LES CARNETS D'UN FRANCOPHONE, de Jean-Marie Borzeix
Bleu autour, 2006,115 p., 10 €
Alors qu’on s’oriente « vers une nouvelle francophonie en Europe » fondée non seulement sur le partage de la langue mais surtout sur celui des idées, de la culture, des valeurs en général, il faut lire les « carnets » de Jean-Marie Borzeix, ancien directeur de France Culture, aujourd’hui conseiller à la présidence de la Bibliothèque nationale de France. Ce recueil, auquel il attribue modestement le sous-titre « Essai », est en fait constitué de 113 essais – dont la longueur va de quelques lignes à deux ou trois pages – qui insistent sur la diversité de la question « pour rendre compte d’une réalité diffuse et contrastée... » Dans ces réflexions « éparses, décousues, indignées, passionnées », chacun de nous trouvera matière à élargir son propre champ afin de mieux répondre à la confiance que nous vouent de nombreux francophones ou de la rétablir lorsque nous l’avons perdue. « La francophonie est une manière d'être au monde, imprégnée du désir d'échapper à la solitude des nations... » La conviction de l’auteur est communicative, elle emporte la nôtre – même lorsqu’il évoque certaines maladresses, les erreurs ou malentendus du passé.
Ce petit livre est de grande qualité : il est riche de sens, pose les questions objectivement, sans parti pris, il est utile. En outre, il est bien écrit, joliment édité, de format pratique, et par surcroît de coût modeste. Il mérite d’être diffusé. Lisez-le, offrez-le, vous ne le regretterez pas. C. B.


Signalons aussi :
  • LE FRANÇAIS, AILLEURS ET TOUJOURS : PLACE ET FONCTIONS DU FRANÇAIS DANS LES AUTRES LANGUES. Actes du colloque international tenu à l’université Lyon III (9-10 mai 2005), textes rassemblés et édités par Brigitte Horiot (Centre d’études linguistiques Jacques-Goudet, 2008, 244 p., 22 €).
  • L’ÉTAT ET LA LANGUE, de Robert Lafont (Éditions Sulliver, 2008, 224 p., 21 €).
  • LES MOTS FRANÇAIS dans l’histoire et dans la vie, de Georges Gougenheim, préface d’Alain Rey (Omnibus, rééd. 2008, 752 p., 26 €).
  • LES JONGLEURS DE MOTS de François Villon à Raymond Devos, de Patrice Delbourg (Écriture, 2008, 602 p., 29,95 €).
  • QUAND LES POULES AVAIENT DES DENTS, de Jérôme Coignard (Le Passage, 2008, 256 p., 15 €).
  • LEXIQUE DU PARLER POPULAIRE PARISIEN D’ANTAN, de Massin (Plon, 2008, 432 p., 23,90 €).
  • ANTI-MANUEL D’ORTHOGRAPHE. Éviter les fautes par la logique, de Pascal Bouchard (Victoires Éditions, 2008, 94 p., 11 €).
Nos adhérents publient
  • André-Gilbert Menant vient de recevoir le prix Marie-de-Butlar, décerné par la Saintonge littéraire, pour La Fille de l’ombre, roman empli de sortilèges, publié aux éditions de La Lucarne ovale (104 p., 10 €). On peut le commander chez l’auteur, 5, avenue P.-J. Proudhon, Cité Jean-Moulin, 17000 La Rochelle. Courriel : menant.andre2@wanadoo.fr
  • Après le Lexique nouveau de la langue grecque (2006), le Lexique nouveau de la langue latine (2007), Philippe Guisard et Christelle Laizé viennent de publier le Lexique latin pour débuter (Ellipses, 2008, 174 p., 12 €). Il s’agit toujours d'un lexique fréquentiel et thématique du latin antique, mais plus spécifiquement conçu pour l'initiation des petits et grands débutants.
  • À quelque chose près (Côte et Terre, 2008, 208 p., 15 €) est le dixième ouvrage de Luc Frédefon. « Mystère et vérité naissent de la croyance... », Chacun des personnages de ce roman s’installe peu à peu « dans le fauteuil choisi de son histoire ».
  • Manoël Miquel-Regnauld réunit dans Saisonnances, chants sans frontières, des couplets de vers populaires écrits de 1975 à 1987 (Éditions Bénévent, 2008, 162 p., 13,50 €).
  • Christophe Faÿ, trésorier de DLF, a mené une véritable quête dans les archives familiales, dans les bibliothèques..., en province et à Paris, pour retracer la vie étonnante de ses ancêtres depuis le début du XIXe siècle. Cela donne un document riche en histoires et pour l’Histoire : Le Temps des Laprime (Correctif, 256 p. illustrées, 24 €).
  • Dans son numéro de 2008, L’Année francophone internationale rend hommage à Michel Tétu et à Aimé Césaire. Me Jean-Claude Amboise, administrateur de DLF, y publie un article très documenté sur la chanson française, Pascal Sevran, et la triste affaire de l’Eurovision 2008 avec Sébastien Tellier. Cette année, c’est Patricia Kaas qui défendra nos couleurs, en français, à Moscou, le 16 mai.
  • Jacqueline Picoche nous signale la réédition sur l’internet par les éditions Vigdor (www.vigdor.com) de son Histoire de la langue française (en collaboration avec Christiane Marchello- Nizia).
  • Pour les lecteurs de la Revue de l’AMOPA (no 182), Axel Maugey répond à la question « Qu’est-ce que la francophonie ? » Avec son optimisme habituel, il conclut : « Le jour où une partie non négligeable des élites de ces pays [États-Unis, Angleterre, Brésil, Afrique du Sud, Nigéria, Russie, Chine et Inde] sera encore plus francophile, le français rayonnera de nouveau pleinement dans les coeurs et dans les esprits. »
  • Dans Poésie-Partage (n° 44), Marcellin Nisolle explique et décrit une palanche (pièce de bois permettant de porter, sur les deux épaules, ou sur une seule, deux seaux ou deux paniers).
  • Claude Koch signe deux articles dans Le Dévorant (n° 233) : l’un sur Boris Vian, ingénieur, musicien, écrivain..., l’autre – intitulé « Nom d’une firme » –, pour faire sourire. C’est ainsi qu’il a trouvé à Orsay « la mercerie Drôle de bobine et le café Nul bar ailleurs ».
  • Auteur, compositeur et interprète, Marie-Andrée Balbastre vient de publier une nouvelle anthologie despoètes de l’association Terpsichore qu’elle préside : La Terre en poésie (Presses littéraires, 104 p., 10 €).
    Terpsichore, 4, rue de l’Orbiel, 11600 Conques-sur-Orbiel
  • Joël Conte nous signale la publication d’Europoésie 2008 (100 p. illustrées, 15 €), anthologie des poètes de l’association Rencontres européennes Europoésie, dont il est le directeur.
    Europoésie, 21, rue Robert Degert, 94400 Vitry-sur-Seine, courriel : joel.f.conte@wanadoo.fr
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