Défense de la langue française   

Éditorial N° 194

par : Jean DUTOURD de 1 'Académie française

L'EXHORTATION DU PRÉSIDENT

LE MUR DES LAMENTATIONS
J'en ai plus qu'assez des pleureuses qui déchirent leurs longs voiles noirs autour du grabat sur lequel, paraît-il, la langue française agonise. D'abord ces lamentations me flanquent le cafard ; en second lieu je les trouve inadéquates. La langue française n'est pas malade, elle est en guerre. Elle est victime d'une agression. Elle est envahie par les armées du sabir qui la ravagent comme les armées anglaises ravageaient la France pendant la guerre de Cent Ans.

Dieu que la guerre est jolie !, écrivait Apollinaire. Il serait temps de se dire cela à propos de notre guerre linguistique. On ne la gagnera pas avec un gouvernement de défaitistes et un peuple de collabos qui gémissent doucement parce qu'un monde disparaît, qu'un autre s'installe, et qu'on ne peut rien y faire. Si la langue française mourait, toutes les autres langues de l'Europe mourraient avec elle, y compris l'anglais.

Mais je ne pense pas que le français meure. Il a quatre cents ans de littérature derrière lui. Cela fait une santé de fer. D'ailleurs on ne meurt pas quand on a quatre cents ans. Je dirai même qu'on est increvable. Alors, un peu de gaieté, chers combattants!

Jean DUTOURD
de 1 'Académie française
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