Défense de la langue française   

Éditorial N° 208

par : Jean DUTOURD de 1 'Académie française

LE PRIX RICHELIEU À CLAIRE CHAZAL

J'ai rencontré pour la première fois Mme Claire Chazal aux éditions Flammarion en 1993. Elle avait écrit un livre que cette maison s'apprêtait à publier. Elle était assise bien sagement sur une chaise en attendant que la secrétaire l'introduisît dans le bureau de la directrice littéraire, Françoise Verny. On ne fait pas le portrait de Claire Chazal, que des millions de gens regardent tous les soirs. Mais, pour moi, c'était un visage nouveau. Je le trouvais si gentil, si modeste, si plein de bonne grâce que je m'arrangeai pour que la secrétaire me chuchotât discrètement le nom de cette femme de lettres atypique.

Et puis, là-dessus, dix ans ont passé, Claire Chazal est restée, inchangée, la jeune femme ou la jeune fille que j'avais entrevue aux éditions Flammarion ; sauf qu'à présent la France entière et probablement l'Europe savent comment elle s'appelle. Mieux encore, elle incarne un certain type féminin qui correspond à un idéal secret des Français. Qui s'étonnera d'apprendre qu'elle est née à Thiers, et qu'elle est, comme Chabrier et Vialatte, une enfant de l'Auvergne, du Puy-de-Dôme, du centre même de notre terre?

Ce n'est pas seulement pour son charme que notre association a décidé de conférer son prix Richelieu à Mme Claire Chazal, encore qu'elle le méritât bien pour cela, mais parce qu'elle est un peu, dans son genre, une héroïne. Je veux dire qu'elle se sert impavidement de la langue française dans l'endroit au monde où c'est le plus inattendu, à savoir la télévision, inlassable productrice de cuirs, de pataquès, de tautologies, de barbarismes, de solécismes, d'américanismes traduits mot à mot, de charabia international. Lorsqu'elle est, comme on dit, à l'antenne, le téléspectateur est sûr qu'il n'entendra pas une de ces horreurs linguistiques qui rendent la vie si amère pour les âmes sensibles du XXIe siècle.

Eh bien, Madame, pour ces quelques raisons que je viens d'exposer et une trentaine d'autres qui seraient peut-être longues à énumérer, je vous prie d'accepter une des décorations les plus enviables qui puissent être attribuées de nos jours : le prix Richelieu pour l'année 2003.
Jean DUTOURD de 1 'Académie française
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