Défense de la langue française   

Éditorial N° 217



BERNARD LE FRANC-TIREUR

Les lecteurs du Figaro connaissent bien la rubrique intitulée « Le bon français » qu’inaugura, le 16 septembre 1996, Maurice Druon, secrétaire perpétuel de l’Académie française, et qu’alimenta longtemps notre président. Celui-ci accepta de préfacer Qui a peur du bon français (Lanore, « littératures », 2005, 192 p., 15 €), ouvrage dans lequel Bernard Leconte*, l’un des fidèles rédacteurs de cette rubrique, vient de rassembler ses billets.

Les grandes douleurs ne sont pas muettes, ainsi que le prétend le vieux dicton. Ce qui trompe, c’est qu’elles s’expriment volontiers par la moquerie et par l’humour. L’auditeur ou le spectateur s’y laisse prendre. Il ne s’aperçoit pas que les éclats de rire qu’il entend sont des cris de souffrance. Bernard Leconte est l’illustration de ce propos. Il contemple, jour après jour, l’assassinat de sa mère la langue française. Chacun des billets contenus dans ce recueil est un pansement qu’il applique sur les plaies de la pauvre vieille.

On pourrait dire aussi que Bernard Leconte est un franc-tireur, un guérillero. La patrie est envahie, elle est occupée par le sabir atlantique, le jargon, le pédantisme, les contresens, les euphémismes, les anglicismes. Le propre de la guérilla est de ne pouvoir supporter physiquement l’ennemi, de le détecter, de le sentir lorsqu’il se présente sous les formes les plus anodines. Bernard Leconte, pour combattre, n’a que son équipement de franc-tireur c’est-à-dire son escopette et sa ceinture de cartouches. Il s’agit de ne pas gaspiller sa poudre. Aussi vise-t-il à la perfection.
Ce qui est beau dans la guérilla, c’est que chaque fois qu’elle a lieu, elle réédite l’histoire de David et de Goliath ; le faible, le petit finit par terrasser le géant. On ne sait pas très bien comment cela se passe, mais il n’y a pas d’exemple dans l’Histoire qu’il en ait jamais été autrement. Chacun des billets de Bernard Leconte fait mouche. Il ne le sait pas, mais il a le peuple derrière lui.
Jean DUTOURD
Bernard Lecontede 1 'Académie française

* Agrégé de lettres, Bernard Leconte est déjà l’auteur de La Récrée va finir (Julliard, 1979, Prix du premier roman)i; Le Divorce est une ignominie (Julliard, 1984, prix Henry-de-Jouvenel) ; Le Livre des bêtes (Éditions de Fallois, 1989) et Quelques coups de burin pour la statue de Dutourd (Plon, 1997).
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