Défense de la langue française   

Éditorial N° 222



Les pattes des chats

Notre président offre aux lecteurs de DLF cet extrait de son nouveau roman, Leporello, qui paraîtra au mois de février 2007, chez Plon (chapitre X, p. 107).

Je sentais au fond de moi cette espèce d’allégresse si particulière qu’ont les personnes ayant prédit certains événements fâcheux et qui ne comptent que sur elles-mêmes pour en borner les dégâts. J’ai toujours eu l’intuition qu’une bonne fée, lorsque je suis né, a mis dans mon berceau tous les ingrédients qui composent ce bizarre précipité chimique qu’est la chance. Cela s’est manifesté toute ma vie tantôt d’une façon positive, me poussant à telle ou telle démarche bénéfique, tantôt de façon négative en m’empêchant de faire une bêtise ou de commettre une mauvaise action. La plus grande joie que la chance puisse apporter à un homme est le sentiment d’être aimé de la nature, que celle-ci au lieu de se montrer sous des traits revêches, s’éclaire d’un tendre sourire dès qu’elle nous aperçoit. On a la souplesse des chats qui retombent toujours sur leurs pattes.
Jean DUTOURD
de 1 'Académie française

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