CERCLE FRANÇOIS SEYDOUX
Réunion du 6 décembre 2000

La séance est ouverte à 10 h 30 par M. Bucco-Riboulat, président.
M.Maillard, Président d'honneur, accueille la délégation de la Verein Deutsche Sprache, conduite par le Dr Gawlitta.

Après avoir souhaité la bienvenue à la délégation de la langue allemande, M.Maillard s'exprimant lui-même en langue allemande rappelle en le citant intégralement, l'important passage du Traité de l'Élysée de 1963 par lequel est soulignée la nécessité pour la France et l'Allemagne de développer l'enseignement et la compréhension de leurs langues respectives.

Il constate malheureusement que, depuis lors, les prescriptions énoncées par ce Traité sont loin d'avoir trouvé leur réalisation, aussi bien dans l'enseignement que dans les échanges multiples développés entre nos deux pays. Il souligne le dommage qui en résulte pour le rapprochement de ceux-ci, encore accentué par le processus de mondialisation.

Il évoque en second lieu le problème posé par l'hégémonie croissante dans nos deux pays de l'anglo-américain, ainsi d'ailleurs que dans les autres pays d'Europe. Considérant le lien de la langue avec la pensée même, y compris dans le domaine des sciences, lien illustré par la belle formule de Heidegger « la langue est le palais de l'être », et donc avec l'identité nationale, il souligne qu'un sursaut est nécessaire et urgent, dans les deux pays dans le sens de la pluralité de l'enseignement et de l'usage des langues, au bénéfice des grandes langues de l'Europe, avant tout le français et l'allemand, mais aussi l'espagnol, voire l'italien. Devons-nous considérer l'évolution actuelle vers un unilinguisme américain comme une fatalité (Verhängni!) ou prendre les mesures voulues pour endiguer ce flot menaçant ?

M.Maillard, conclut en exprimant l'espoir que la réunion de ce jour donne le signal d'une collaboration étroite dans ce but entre nos deux Associations, contribuant en même temps au renforcement des relations entre nos deux pays.

Puis, M. Lalanne-Berdouticq propose un ordre du jour de notre réunion. À cet égard, il donne la parole à nos hôtes allemands.

M.Schrammen, de l'université de Göttingen, présente l'historique de la Verein Deutsche Sprache.

Créée le 12 novembre 1997, elle réunit aujourd'hui 10 700 membres répartis en 80 représentations régionales et locales. Ses activités ? - protester contre les publications qui « anglicisent » la langue allemande - participer à la destruction des tracts publicitaires rédigés en langue anglaise - organiser des colloques et des réunions d'information.

L'Association a aussi publié un Dictionnaire des anglicismes les plus courants traduits en allemand, et créé un Prix dit de la langue allemande, de 70 000 DM.

D'une façon générale, une majorité d'Allemands (60 %) approuve l'action de l'Association. Mais le soutien des « politiques » est plus hésitant, même si le Président Rau a récemment déclaré que « défendre sa langue, ce n'est pas être chauvin » ! En conclusion, M.Schrammen souhaite que le « modèle de défense du français » serve de plus en plus d'exemple à imiter en Allemagne.

M. Gawlitta, Président de la section de Berlin, nous entretient de l'aspect juridique de la question de la défense de la langue en Allemagne. Il n'existe pas, comme en France, d'article de la Constitution faisant de la langue allemande « la langue de la République ». L'Allemagne est un État fédéral dans lequel les Länder jouissent d'une grande autonomie, surtout dans le domaine de l'Enseignement. Toutefois il existe des textes précisant que « la langue des Tribunaux et de l'Administration est l'allemand », ou protégeant la langue allemande dans les domaines de la Consommation et du droit du Travail. Au plan politique, les partis se montrent plutôt frileux lorsqu'il s'agit de défendre la langue, encore que, récemment, un ministre social-démocrate ait lancé l'idée de légiférer comme c'est le cas en France.

M.Déchamps répond ensuite aux questions posées par la délégation allemande sur la situation en France. En principe, et suivant les résultats d'un sondage, 90 % des Français sont favorables à la défense de leur langue. Toutefois, si ce chiffre correspond à un véritable engagement concernant les produits de consommation, la situation est bien différente au sein des entreprises où, au contraire, l'anglais se fait de plus en plus offensif Dans les universités également, des cours sont maintenant donnés entièrement en langue anglaise. Enfin, nombreux sont les colloques, les réunions, qui se font en anglais. Certes, les autorités politiques semblent prendre de plus en plus conscience de la situation, et, grâce à la loi Toubon, il est possible de saisir la Justice lorsque les abus sont trop criants , mais il y a beaucoup à faire. Et, au plan international, on doit également constater une perte progressive du français par rapport à l'anglais.

À une question posée par M. Maillard sur la situation d'un enseignement du français en Allemagne, et de l'allemand en France, M. Gawlitta répond qu'en Allemagne on hésite à donner des cours de français dès l'école primaire.

Madame de Oliveira confirme qu'en France aussi, l'enseignement d'une seconde langue dès l'école primaire ne rencontre pas un total succès. Et on manque de personnel suffisamment formé.

M.Lalanne-Berdouticq exprime le souhait de tous les participants que l'enseignement des langues étrangères en France comme en Allemagne soit conduit dans le respect de la diversités des langues enseignées, avec toutefois une préférence pour l'enseignement de l'allemand en France, et du français en Allemagne. Il exprime aussi le vœu que se forme une collaboration plus étroite entre Français et Allemands pour la défense de leur langue respective au niveau européen.

M.Vilmar fait part de ses propositions pour une collaboration en ce sens des deux associations « Défense de la langue française » et « Verein Deutsche Sprache » (voir "Les trois propositions pour une coopération entre nos associations" ci-dessous).

Trois Propositions pour une coopération entre nos associations
« Défense de la langue française » et « Verein Deutsche Sprache »

Fritz Vilmar, VDS Berlin (Politologue à l'Université Libre)
C'est naturellement déjà un bon succès que nous ayons réalisé cette réunion pour échanger nos expériences et expliquer nos buts dans nos pays. Mais je trouve qu'il serait très utile pour notre communication à l'avenir de pouvoir échanger aussi quelques idées sur une éventuelle coopération et d'arriver même à un accord sur deux ou trois buts communs.

C'est pourquoi je voudrais me permettre de nommer trois directions possible de coopération commune:
  • Premièrement il serait à mon avis bien si le « Verein Deutsche Sprache » pouvait inviter de temps en temps un collègue de votre association pour qu'il donne une conférence sur les mesures prises par l'Etat français, surtout, bien sur, en ce qui concerne la législation pour la défense de la langue française. Si c'est la conviction commune de nos associations qu'il existe une responsabilité de l'Etat vis-à-vis de la langue nationale, il faut dire qu'en Allemagne une telle conviction n'existe pas du tout. Et dans cette situation il serait parfois utile qu'un expert de la France puisse expliquer le fonctionnement des lois (1.Toubon ; 1. Juppé ; conseil supérieur de la. Langue française) et certainement aussi les difficultés dans la réalité.


  • Mon deuxième point est la coopération pour réaliser un relais et un accord européen des organisations pour la défense de nos langues. La correspondance qui a conduit à cette rencontre, est déjà un événement positif dans cette direction. Je proposerais que nous développions un cadre organisationnel pour la coopération de toutes les associations en Europe qui travaillent pour la défense de leur langue contre l'impérialisme culturel des États-Unis.
  • Ma troisième proposition est d'établir une initiative publique en faveur de l'Europe afin de favoriser comme la première langue étrangère en France et en Allemagne celle du voisin et non pas l'anglais. Nous sommes certainement en faveur d'une Europe pluraliste, mais en même temps je suis convaincu que le développement européen a besoin d'un noyau qui doit exister dans des relations plus étroites entre la France et l'Allemagne. Et pour ça il faut que dans l'avenir les allemands puissent communiquer en français et les français en allemand.

pour nous écrire ml_lag@club-internet.fr

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