Défense de la langue française   
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COMITÉ POUR LA LANGUE
DE L'EUROPE

FRANÇOIS SEYDOUX
ET LE FRANÇAIS DANS L'EUROPE

Au moment où disparaît la noble et attachante figure de François Seydoux, les historiens et les journalistes diront l'importance du rôle qu'il a joué dans la politique de rapprochement franco-allemand voulue par le général de Gaulle. Ceux qui ont eu le privilège de l'approcher évoqueront, avec émotion, l'homme de cœur à l'exquise courtoisie, à la gentillesse bienveillante, à l'éloquence chaleureuse et vibrante.

C'est un autre aspect de sa personnalité que je souhaite évoquer : le défenseur de la langue française et l'Européen.

Diplomate, ambassadeur de la France au Conseil de l'Europe, président de l'Union des Français de l'étranger, François Seydoux avait compris, de longue date, que le rayonnement de notre pays était étroitement lié à celui de sa langue et de sa culture et, durant toute sa carrière et les prolongements de celle-ci, le souci de l'enseignement et de la diffusion du français à l'étranger fut une de ses préoccupations constantes. Le patriote intransigeant qu'il était y voyait pour la France le moyen de s'affirmer le plus conforme à sa mission et à sa vocation séculaires.

C'est dans cet esprit qu'à la veille de l'élection de l'Assemblée européenne en 1979, il entreprit, avec la foi qui l'animait, une campagne pour que la langue française fût reconnue comme langue officielle de la Communauté économique européenne. Cette démarche, qu'on eût pu croire inspirée par un nationalisme ombrageux, tendait, en réalité à provoquer un réveil de la conscience européenne menacée tant par le jeu centrifuge des égoïsmes nationaux, que par l'emprise croissante de l'influence économique et culturelle du monde anglo-saxon.

C'est pourquoi François Seydoux accepta d'enthousiasme d'associer ses efforts à ceux d'un mouvement qu'avec quelques amis, nous avions décidé de créer. Il devint ainsi le président du « Comité pour la langue de l'Europe ».

Il plaça désormais sa campagne sous l'égide de ce comité, patronné par de hautes personnalités du monde culturel, scientifique et politique.

Il ne s'est plus agi, dès lors, de proposer uniquement l'adoption du français comme langue officielle de la Communauté, mais d'abord et avant tout, d'insister sur la survie de l'identité culturelle (et politique) de l'Europe, à travers les richesses de ses différentes traditions.

Nullement gêné par cet éclairage différent, François Seydoux sut au contraire le mettre à profit, avec toute sa force de conviction.

Il se fit le défenseur de la pluralité de l'enseignement des langues européennes et du développement des échanges linguistiques entre Européens, conditions d'une unité profonde de l'Europe, non technocratique, mais vivante.

On ne peut qu'être saisi du ton sur lequel il fit ses dernières interventions publiques adjurant les Européens de comprendre que leur avenir se jouait dans les décennies qui viennent et que leur passivité devant l'emprise de l'anglo-américain sur leur économie, leur science, leur culture, les condamnait à la perte de leur identité et de leur liberté créatrice.

Quant à la langue française, il ne la proposait comme langue officielle de la Communauté (c'est-à-dire comme langue commune de référence) moins parce qu'elle était la langue de la France ou en raison de ses qualités éminentes, que parce que, seule parmi les langues européennes, elle était en mesure de tenir, en Europe et face au monde, ce rôle nécessaire dont l'anglo-saxon s'emparerait tôt ou tard, si l'on n'y prenait garde. Là où l'anglo-saxon eût occupé le terrain par son propre poids de véhicule de la toute-puissance américaine et, progressivement dominé et supplanté, chez elles, les autres langues européennes, la langue française pouvait au contraire leur servir de rempart, parce qu'elle ne peut ni ne veut être au service d'aucune hégémonie. Elle donnerait du même coup à l'Europe, chaque fois que cela serait utile, la voix une et personnelle que le monde attend et sans laquelle cette Europe ne serait qu'une tour de Babel.

Au mois de mai dernier, alors que ses forces déclinaient gravement, François Seydoux eut l'ultime satisfaction de voir son action et ses buts approuvés par celui qui allait devenir le nouveau président de la République.

Cet assentiment, qui couronnait les engagements nombreux qu'il reçut et les efforts parallèles d'autres personnalités ou groupements, lui fit bien voir que le combat qu'il avait commencé pratiquement seul et dans lequel nous l'avions rejoint, avait éveillé des échos et révélé de nouveaux militants.

Pour François Seydoux de Clausonne, serviteur de la France par tradition familiale, gaulliste et résistant dans l'âme, les grandes causes n'étaient pas attachées aux hommes qui les servent, si illustres soient-ils, et devaient leur survivre. Le grand Français et le grand Européen qu'il fut peut, sur ce point, reposer en paix.

Michel CAMUS,
Secrétaire général fondateur du
« Comité pour la langue de l'Europe ».
Revue Défense de la langue française
n° 110 - Novembre 1981
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