Les langues allemande et française en Europe

Traduction de la lettre adressée en allemand par M. Lalanne-Berdouticq à M. le Professeur Dr Julian Nida- Rümelin, ministre fédéral de la Culture et de la Communication, lettre dont notre ami Gawlitta. avait souhaité l'envoi.


Monsieur le Ministre,


Grâce à nos amis de VDS qui recevront une copie de la présente lettre, nous avons pris connaissance de la "réponse du gouvernement fédéral" qui avait été publiée dans le Journal du Parlement 14/1750 du 31-10-2001, paragraphes 69 et suivants.

Concernant le paragraphe 69, en tant qu'étrangers nous ne nous permettons évidemment pas de prendre position sur une éventuelle loi de protection de la langue allemande.

Concernant le paragraphe 70, en tant que Français, nous sommes heurtés par l'appréciation des conséquences de la loi française de protection de la langue, telles qu'elles sont décrites dans cette réponse.

N° 70 : le gouvernement allemand sait-il quels sont les effets des lois édictées en 1994 en France et en 1999 en Pologne pour défendre la langue maternelle de ces pays, et comment juge-t-il ces effets?

Réponse (résumée) -. Ces lois ont été grosso modo respectées, de sorte que dans certains secteurs définis de la publicité, des émissions musicales, la langue maternelle est plus employée qu'auparavant. Mais il s'agit d'un effet plutôt ponctuel. On peut difficilement apercevoir un changement dans 1'utilisafion des mots étrangers par la population. Les avocats des lois de protection de la langue surestiment leur effet. Plus on légifère sui- la langue, plus grandissent les dangers de sclérose du langage, plus diminue sa capacité d'adaptation.

A cause de la rapidité du changement dans de nombreux secteurs de la société, cet inconvénient pèse plus lourd que jamais. En outre, des lois linguistiques peuvent provoquer des tensions quant à l'orientation démocratique de notre société. Enfin le droit communautaire européen pose des limites aux lois sur la protection des langues.

 

Celui qui voit la situation telle qu'elle est ne peut pas être d'accord sur ce jugement, qu"il s'agisse d'« effet plutôt ponctuel » ou de « sclérose du langage » ou encore de « perte de capacité d'adaptation ».

Au contraire le noeud de la question réside dans une véritable liberté d'utiliser la langue maternelle : liberté face à une hégémonie de la langue et du mode de pensée américains - liberté d'utiliser nos langues européennes et de les adapter à de nouvelles techniques au lieu de laisser les médias imposer dans la vie quotidienne des mots et des expressions venus d'Amérique.

Il s'agit en premier lieu de convaincre les Européens de maintenir leur droit de nommer dans leurs propres langues les nouveaux objets et procédés.

Sinon les langues européennes s'épuiseront et se dévitaliseront rapidement.

Quand on considère tout ce que les langues française et allemande ont apporté au progrès de la science, on n'a pas le droit de les considérer comme des langues mortes du point de vue scientifique.

Pendant des décennies, « l'Institute for scientific information » dirigé à Philadelphie par Eugène Garfield a donné un avantage énorme aux scientifiques anglo-saxons en enregistrant exclusivement des textes écrits en anglais.

Toutes autres sont les perspectives d'aujourd'hui depuis qu'Internet permet de publier des résultats de recherches de textes en n'importe quelle langue, de sorte que le pourcentage des tex-tes anolais a fortement diminué. 

L'Europe possède donc de nouvelles chances de faire émerger la diversité de ses langues et de sa culture, à cinq conditions:

  1. - La première est de viser ensemble un même but européen, et d'éviter d'inutiles critiques ou chicanes mutuelles.


  2. - Dans l'administration européenne on doit aujourd'hui traduire les textes et les allocutions dans chacune des langues officielles. L'Europe de demain avec 27 membres et 21 langues officielles, soit 420 couples de langues, va droit vers une impasse. La proposition britannique d'éviter celle-ci en n'employant que la langue anglo-américaine est la pire des solutions. Elle signifie la disparition de l'identité européenne.


  3. La meilleure serait de reconnaître un tout petit nombre de langues importantes comme langues générales de travail, en utilisant d'autres langues dans le cas de thèmes particuliers.

  4. - A l'intérieur de la Grande Europe doit émerger un noyau dynamique plus étroitement uni, dans le sens de la déclaration du 23 -11- 2001 à Nantes. Cela vaut en premier lieu pour la France et l'Allemagne, tant dans le domaine économique ( elles sont premier client et premier fournisseur l'une de l'autre) que politique et culturel.


  5. - Dans chaque école européenne il sera nécessaire d'étudier deux langues étrangères. Comme expression d'un noyau préférentiel franco-allemand, il paraît indispensable d'enseigner l'allemand comme première langue étrangère en France, le français comme première langue étrangère en Allemagne.


  6. - Il est fondamental de croire en nos propres langues et en notre civilisation.

Veuillez...

Ph . L - B, membre du Conseil d'administration de DLF, Cercle François Seydoux

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