Défense de la langue française   
Air France, le 26 mai 2000

M. Jean Cyril SPINETTA à M. Pierre-André WILTZER
Vice-président de l'Assemblée nationale
Député de l'Essonne
Monsieur le Président,

Vous avez bien voulu me faire part des réactions suscitées en France et dans les pays francophones par notre décision d'utiliser la phraséologie anglaise dans les échanges radio entre les pilotes d'Air France et les stations de contrôle de l'aéroport de Roisssy-Charles de Gaulle.

Je vous remercie d'avoir pris le temps de m'écrire à ce sujet, et de me donner ainsi l'occasion de préciser les raisons qui nous ont amenés à prendre cette décision.

Cette mesure trouve son origine dans une démarche de prévention des accidents qui consiste à renforcer les défenses vis-à-vis des risques majeurs, collisions en vol et au sol, en l'occurrence.

En effet, pour améliorer entre les différents partenaires impliqués, dont de nombreux pilotes non francophones et de toutes origines étrangères, la bonne compréhension et la bonne exécution des instructions des contrôleurs, il apparaît de plus en plus nécessaire qu'un langage aéronautique commun dans les échanges radio-téléphoniques soit utilisé par tous.

Il convient d'ajouter que l'ouverture de « doublets » de piste sur l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, et les éventuelles traversées de voies qui en découlent, implique l'utilisation d'une phraséologie compréhensible par tous les intervenants.

Il a malheureusement été établi que plusieurs catastrophes aériennes, et notamment des collisions entre appareils évoluant au sol, ont eu pour origine la mauvaise compréhension, par des pilotes tiers, des instructions échangées sur la fréquence radio commune, entre la tour de contrôle et l'équipage d'un appareil. C'est donc dans cet esprit de prévention que l'utilisation de cette phraséologie est devenue une demande forte de la communauté aéronautique mondiale.

L'IATA (International Air Transport Association), en particulier, en a fait une recommandation formelle à laquelle elle est très attachée.

Il faut savoir qu'en ce qui concerne les grands aéroports européens, seules la France et l'Espagne ne sont pas en conformité avec cette recommandation.

S'agissant du débat autour de la défense de la langue française, il convient de noter que " la langue des tours de contrôle " est essentiellement un langage codé, technique, composé de dialogues brefs, et n'ayant rien à voir avec une langue en tant qu'outil d'expression culturelle.

Nous poursuivons donc la concertation avec tous les acteurs concernés, pour en tirer les enseignements de cette expérience, et progresser dans cette démarche de prévention.

En espérant que ces informations vous aideront à reconsidérer votre position sur ce sujet, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma haute considération.

Croyez bien, Monsieur le Président que la seule préoccupation qui nous anime est celle de la sécurité des clients. L'usage d'une langue commune, comprise par tous les pilotes sur la fréquence radio est un élément important de cette sécurité.
Jean Cyril SPINETTA
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