Défense de la langue française   
Eh, la France !
Ton armée fout le camp…
de la francophonie

Le Corps européen (CE) appelé maintenant Eurocorps est-il l'avenir de l'Armée française ? Cette question n'aura pas de réponse ici, mais ce qui est d'ores et déjà sûr, c'est que l'Eurocorps n'est pas l'avenir de la langue française.

Ainsi, Alain Richard, le ministre de la Défense nationale, a, en réponse à Jacques Myard (député des Yvelines), justifié l'emploi de l'anglais comme la langue « opérationnelle » de ce corps, disposition qu'il juge naturelle puisque cette unité agissait « dans un environnement OTAN ou européen ».

Qui a donné cet accord alors que la Constitution française en son article 2 dispose que « La langue de la République est le français » ? « Les États membres du CE » répond le ministre, ce sont ainsi les représentants d'un vague assemblage d'États qui sous couvert d'une décision technique et de circonstance ont exclu non seulement le français mais aussi l'allemand, langues des deux pays fondateurs du Corps européen appelé alors Corps franco-allemand, au profit exclusif de l'anglais.

L'anglais se voit de plus affubler d'une nouvelle distinction linguistique, à savoir : celle de « langue opérationnelle ». Seuls les sigles anglo-américains « UN » sur les véhicules de nos casques bleus et « KFOR » de ceux de nos militaires engagés en Yougoslavie sont apparents. La France n'est ainsi plus visible dans un monde où l'image et la représentation symbolique priment.

Mais notre ministre ajoute : « la place de langue française au sein du futur corps de réaction rapide européen ne devrait pas être oubliée », nous voilà rassurés ! Toutefois l'emploi du conditionnel tempère cette modeste garantie et laisse prévoir de nouvelles déconvenues qui seront expliquées par des nécessités opérationnelles, tactiques, stratégiques, etc. Ces explications seront, soyons-en certains, mouvantes et comme une organisation défensive submergée… élastiques.

À quoi sert la francophonie si la France n'est plus audible, si sa politique n'est plus affirmée en français par ses représentants civils ou militaires ? Si la France ne parle plus français, quelle influence, quelle vision du monde pouvons-nous transmettre aux pays qui ont le français en partage ? Rien, sinon des paroles creuses d'une nation sans avenir, sans saveur, sans générosité qui ne croit plus pouvoir, même symboliquement, changer le monde.

Alors ce n'est vraiment pas la peine de chanter la Francophonie avec un grand « F » dans de grands-messes alors que de façon subreptice le gouvernement accepte l'anglo-américain comme la langue de l'efficacité au sein de ses missions premières, la défense et la diplomatie.

Ces responsables « français » souhaitent, de toute l'évidence des faits, fondre les Français et le français dans le modèle anglo-saxon. Ce nouveau paradis de l'homme nouveau soumis aux diktats de la nouvelle économie déréglée et parlant la langue unique et obligatoire ; celle de « l'efficacité opérationnelle » pour reprendre l'expression humiliante, pour tout francophone, du ministre de la Défense.

C'est au citoyens de refuser la mort annoncée d'une langue, d'une civilisation et de se dresser pour que la vision ouverte au monde que représente encore la France de la Liberté puisse continuer d'offrir une voie autre que celle de l'économie de marché sans règle et sans espoir.


Marc FAVRE d'ÉCHALLENS
Administrateur de DLF.
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