Défense de la langue française   
La dictée bradée du brevet des collèges
Soixante-sept mots regroupés en quatre phrases.

La dictée du brevet des collèges de plusieurs académies de cette session 2000, extraite d'un texte de Victor Hugo, n'est pas de nature à compromettre les chances de succès des candidats. Jugez plutôt :
« Pourtant il avait un père et une mère. Mais son père ne pensait pas à lui et sa mère ne l'aimait point. C'était un de ces enfants dignes de pitié entre tous qui ont père et mère et qui sont orphelins. Il n'avait pas de gîte, pas de pain, pas de feu, pas d'amour ; mais il était joyeux parce qu'il était libre. »

À la minceur du devoir concocté par la commission composée d'inspecteurs de l'Éducation nationale et de professeurs, s'ajoutent des consignes de clémence qui soulèvent l'indignation des correcteurs. Cette dictée est, en effet, accompagnée d'un corrigé qui en diminue, un peu plus encore, les exigences. Ce n'est pas l'ensemble du court texte qui est noté mais douze mots seulement, d'une difficulté, semble-t-il, toute relative pour des élèves de troisième. En outre, le corrigé officiel, envoyé aux enseignants, précise :
« On attribuera un demi-point pour la graphie correcte des mots suivants : mais, à, aimait, ces », pour la marque du pluriel dans enfants dignes, pour la bonne orthographe de pitié, tous, sont, orphelins, gîte, était, parce qu'.
« On enlèvera un maximun de deux points pour d'autres fautes commises, à raison d'un demi-point par faute. »

« On voudrait empêcher que les élèves aient zéro qu'on ne s'y prendrait pas autrement », s'emportent Cécile et Myriam, professeurs de collège mobilisées pour l'examen. « Dans ma salle, nous étions une dizaine de correcteurs, dont neuf particulièrement offusqués. Avec une telle épreuve, on se moque autant des enseignants que des collégiens. C'est choquant au regard du travail que fournissent nos élèves toute l'année. Les sessions précédentes, les dictées étaient franchement difficiles. Le changement est incroyable. »

Une modification liée à la mise en œuvre des nouveaux programmes. Cette affaire met une nouvelle fois en relief les débats qui divisent la profession sur ce que doivent devenir les examens. Faut-il remettre en question la procédure d'élaboration des sujets ? Et, si l'on considère que les élèves n'ont plus à être évalués en orthographe, pourquoi ne pas supprimer l'épreuve ? Reste que cette mini-polémique n'aura guère d'influence sur les résultats du brevet. La dictée vaut, en effet, 6 points sur 40, le reste étant réservé à la rédaction, aux questions et à la réécriture d'un texte. De plus, le français n'est qu'une matière parmi d'autres ; enfin, la part de l'épreuve terminale n'intervient que pour une partie puisque, dans l'attribution du brevet, on tient compte de la moyenne des notes obtenues durant les années de quatrième et de troisième.

Le Figaro du 6-7-2000
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