Défense de la langue française   
Monsieur,

Le grand Miguel de Unamuno disait qu'il ya des circonstances ou se taire est mentir, je tenais à répondre à votre article après m'être laissé le temps de la réflexion, ceci pour vous dire que j'en pense peu de bien et beaucoup de mal.
Je m'étonne d'abord des termes en italiques comme quoi cet article serait "politically incorrect", je ne sais; je sais toutefois qu'à se mettre du côté de l'américanisation à outrance on est certain d'être du côté du plus fort, ce n'est pas là qu'on risque le plus.
Ce qui me choque le plus dans votre article, c'est le pays dont vous parlez, je ne suis pas certain que nous parlions du même, j'ai eu l'impression que vous me parliez de la France de 1939 voire de votre modèle américain.
Laissez-moi vous parler de la réalité de mon pays, je suis payé pour la connaître, très rares sont les lycéens qui dès la terminale sont incapables de s'exprimer en américain (je préfère ce terme à celui d'anglais), quant aux universitaires, c'est d'autant plus vrai qu'ils n'ont pas le choix, j'ai trois enfants universitaires qui les trois peuvent tenir très honorablement une conversation en américano-globish et faire des présentations, quant à ma petite dernière de 16 ans c'est la même chose, c'est le cas de tous leurs camarades et amis, là aussi de toute façon on ne leur demande pas leur avis.
Ce que je viens de dire est encore plus vrai pour la majorité les cadres et employés du public et surtout du privé, ancien militaire je peux vous dire qu'il n'y a pour ainsi dire pas un officier voire sous officier de nos armées qui ne puisse s'exprimer parfois très bien en globish.
Je vous signale tout de même qu'au Royaume-Uni et aux USA, les cours de langues dans les écoles disparaissent de plus en plus purement et simplement, c'est sans doute une preuve magnifique d'ouverture sur le monde.
Je n'ai pas oublié que pendant la première guerre du golfe certains soldats américains ne comprenaient pas l'anglais parlé par les iraquiens à la radio, on leur a tout de même expliqué que cet anglais c'était de l'arabe et que des gens avaient l'audace de s'exprimer dans une langue autre que la leur.
Autre remarque, mes fonctions me font passer ma vie dans les réunions internationales, j'ai la possibilité de fréquenter les représentants de la France décadente ainsi que ceux des autres états, je vais vous surprendre : les seuls qui soient incapables de comprendre et de parler une autre langue que la leur sont presque toujours nos amis américains, britanniques, australiens etc.…. . Je ne vous ai sans doute pas compris est-ce le modèle à suivre ?
Un petit mot tout de même sur le désert linguistique que sont nos lycées et facs, merci pour les profs qui s'échinent (break their back) pour des clopinettes (peanuts ) afin d'apprendre les langues étrangères à tous les jeunes de France, j'espère qu'ils réagiront devant des propos que je juge humiliants pour eux.

J'aurais mille choses à dire sur votre article, mais je m'en tiendrai là. Je voulais simplement présenter une autre vision de la réalité française et de notre ouverture sur le monde, nous n'avons dans ce domaine pas beaucoup de leçons à recevoir et surtout pas en provenance d'un modèle anglo-saxon.

Pierre Ortiz
Angliciste diplômé de la Sorbonne.
• Siège administratif : 222, avenue de Versailles 75016 Paris •