Défense de la langue française   


DLF, no200

La bataille des langues en europe, d’Yvonne Bollmann
(Bartillat, 2001, 176 p., 95 F ; 14,48 €)
L’auteur, nous imposant dates et références pléthoriques, retrace la genèse de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, adoptée par les membres du Conseil de l’Europe en 1992, y compris la France, qui, sept ans plus tard, en déclarait certains articles contraires à sa Constitution. La France, avec sa conception non ethnique de la citoyenneté, serait la cible incontestable de la Charte, soutenue par l’Allemagne. En cas d’application de la Charte, l’auteur voit déjà la France mise au ban de l’Europe pour le traitement de ses minorités, l’État poursuivi en justice par lesdites minorités et... la mainmise de l’Allemagne sur « notre » Alsace !
Lassé par les arguments pesants, égaré dans les va-et-vient chronologiques, le lecteur finit par se désintéresser de la cause pourtant valablement défendue par Mme Bollmann.
Élisabeth de Lesparda

La Politique de la Langue Française, de Marie-Josée de Saint Robert
(PUF, collection « Que Sais-Je ? », 2000, 128 p., 42 F ; 6,40 €)
L’État français est interventionniste en matière de langue ! Pour preuve, Du Bellay, l’ordonnance de Villers-Cotterêts, l’Académie française. L’auteur, linguiste et politologue, montre comment l’État, entre 1960 et 2000, soucieux de stopper l’appauvrissement du français et sa perte de prestige ici et ailleurs, a mis sur pied le Haut Comité pour la défense et l’expansion de la langue française ; puis, comment l’utilisation croissante et homogénéisante de l’anglais a donné lieu au vote de la loi Toubon de 1994. Des actions – pas toujours populaires – ont visé à moderniser la langue : rectification de l’orthographe, féminisation des titres, etc. Constat de l’auteur : si l’État a légiféré, les tribunaux n’ont pas reçu les moyens d’imposer le respect des lois. Et le français est devenu un domaine de conflits dans une société où le patriotisme linguistique reste bien tiède.
É. de L.

HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE, d’Henriette Walter
(Robert Laffont, 2001, 364 p., 139 F ; 21,19 €)
Érudite mais ludique, Mme Walter nous narre l’histoire d’amour millénaire – par définition donc, faite d’attirance et d’interdits – entre le français et l’anglais. Oui, au xxe siècle, l’anglais est devenu l’outil des communications internationales ! Mais n’oublions pas que les deux langues ont montré la même faculté à se répandre sur tous les continents ; qu’elles ont bénéficié de leurs innombrables échanges de cadeaux linguistiques réciproques, et que si l’anglais domine, c’est parce que, porteur dans son lexique d’une tradition latine, il est facilement adopté par les pays occidentaux. L’auteur illustre son analyse – claire et argumentée – de cartes, de quiz lexicaux, sémantiques ou étymologiques et de listes de « faux amis » ou de « très bons amis ». Un livre qui ne peut que séduire ceux d’entre nous qui croient passionnément qu’ils peuvent chérir l’anglais sans trahir le français.
É. de L.

Autre avis
Le récent livre d’Henriette Walter est aujourd’hui encensé par la plupart des médias. Il ne fait cependant pas l’unanimité, car on peut lui reprocher, face à l’anglais, une attitude « naïve » et défaitiste que ne justifie aucune considération théorique fondée. Rappelons également que Mme Walter a cru bon d’aller prêcher la « bonne » parole du renoncement aux Québécois, et qu’elle a été, faut-il le dire, assez mal reçue...
Denis Griesmar

Et pour combler les lacunes flagrantes de cet ouvrage, Denis Griesmar nous conseille vivement le livre d’un ancien professeur de linguistique à Paris XII :

LES ANGLICISMES. Danger ou enrichissement pour la langue française ?, de Maurice Pergnier
(PUF, 1989, 224 p., 186 F ; 28,36 €)
L’auteur y étudie les différentes catégories d’anglicismes du français contemporain et tente de cerner objectivement les contours de l’évolution de notre langue au contact de l’anglais.

« TU PARLES ! ? LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS
(Flammarion, 2000, 416 p., 90 F ; 13,72 €).
Contrairement à ce que suggère le titre quelque peu provocateur, ce volume n’est pas consacré exclusivement au français parlé, loin de là ! On lira avec intérêt ce livre élaboré pour l’exposition éponyme présentée à la fin de l’an 2000 à Bruxelles, Lyon, Dakar et Québec.
Ce recueil est composé de vingt-sept articles, accessibles au grand public, dont chacun correspond à une lettre de l’alphabet (avec l’@) : a comme aujourd’hui, b comme le bon usage, c comme une crise du français, etc.
L’ensemble est fort bien conçu. Chaque texte est suivi d’une courte bibliographie concernant le point traité. Présentés avec leurs titres et publications, les auteurs vivent en France ou dans des pays francophones.
Chacun d’eux traite un aspect de sa spécialité. Ainsi, le lecteur a le choix entre des sujets aussi variés que l’histoire de la langue, une définition de la/des Francophonie(s), la réforme de l’orthographe ; une évocation du français des régions, des nations, des techniques ou de l’internet ; plusieurs études sur le vocabulaire : noms propres, mots d’origine exotique, anglicismes, sans compter les remarques du directeur de la Banque de France sur les termes choisis pour la nouvelle monnaie... La liste n’est pas exhaustive.
À la diversité des sujets traités correspond une grande diversité de tons : certains auteurs se montrent sérieux, austères, techniques, d’autres se révèlent originaux, émouvants, voire lyriques. On constate que, si quelques-uns cultivent légèrement le paradoxe, tous témoignent de leur attachement à la langue française.
Le dernier article, modernité oblige « @ comme demain » sert de conclusion à l’ensemble : il s’agit d’un plaidoyer en faveur d’un français bien vivant, capable d’innovation, outil qui « permette à chaque francophone de conquérir ou de garantir sa dignité, économique et sociale autant que culturelle ».
Claudie BEAUJEU

UN POINT C'EST TOUT ! La ponctuation efficace, de Jean-Pierre Colignon
(Les Guides du CFPJ, diffusion Victoires Éditions, collection « En français dans le texte », 2001, 136 p., 80 F ; 12,20 €).
Nous croyons tous savoir placer les virgules, points, points-virgules, deux-points, points d’exclamation, d’interrogation ou de suspension, guillemets, tirets, crochets et parenthèses, etc. Et pourtant... À lire le guide dont le chef du service correction du Monde, administrateur de DLF et président du Cercle des journalistes, nous propose une nouvelle édition, nous réapprenons ces règles de grammaire et nous découvrons toutes les finesses d’expression qu’engendre une bonne utilisation des signes de ponctuation. Un livre indispensable !

Avant d’en faire un compte rendu détaillé, signalons :
• La loi Toubon et la défense de la langue française, thèse de fin d’études que Vanessa Poli, adhérente de DLF, a récemment présentée à la faculté des lettres et de philosophie de l’université de Trente (Italie).
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