Défense de la langue française   

DLF, no211

DICTIONNAIRE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE, DES ORIGINES À LA FIN DU XIXe SIÈCLE. Sous la direction d’Olivier Lafont
Pharmathèmes Éditions, Communication, Santé, 2003, 436 p., 39 €
La médecine disposait d’un dictionnaire historique, la pharmacie en était dépourvue. Ce nouvel ouvrage comble donc un grand vide. Il développe aussi bien les aspects socio-culturels, techniques, artistiques et juridiques que les différentes théories ayant trait aux médicaments. Il présente également l’évolution de la formation des apothicaires, qui deviendront des pharmaciens au XVIIIe siècle.
Pierre Delaveau

LE PARLER DES MÉTIERS. Dictionnaire thématique alphabétique, de Pierre PERRET
Robert Laffont, 2002, 1 176 p., 55 €
Cet ouvrage du célèbre amuseur chansonnier groupe par catégories professionnelles un vocabulaire très vaste, marqué toutefois par un caractère souvent familier, voire argotique – il s’agit plus particulièrement d’expressions orales que n’eût point négligées un Audiard. En particulier, lire les chapitres « Police », « Délinquance », « Prostitution », « Drogue » est instructif pour ceux qui ne sont pas au parfum. La préoccupation de l’auteur semble rejoindre celle que nous avions exposée ici dans le numéro 209 de cette revue : tenir un registre des mots professionnels qui sont un domaine précieux de la langue vivante. Ce dictionnaire mérite donc intérêt et il est inutile de souligner son succès en librairie.
Pierre Delaveau

LES NÉOLOGISMES, de Jean Pruvost et Jean-François Sablayrolles
PUF, Que sais-je ?, no 3674, 2003, 128 p., 7,50 €
Jean Pruvost est professeur de linguistique à l’université de Cergy-Pontoise et directeur d’un laboratoire de recherche sur le lexique au CNRS, et membre de DLF. Jean-François Sablayrolles est maître de conférences à l’université Paris VII-Denis-Diderot.
La création lexicale est inhérente à l’histoire d’une langue : l’évolution des rapports sociaux, l’apparition de nouvelles techniques et de nouveaux objets induisent nécessairement l’émergence de nouveaux mots. Après avoir montré le rôle dévolu au phénomène néologique au cours de l’histoire de la littérature française depuis le Moyen Âge, tout particulièrement à l’époque de la Pléiade, les auteurs se sont attachés à saisir les divers procédés morphologiques qui président aujourd’hui à la naissance des néologismes. La clarté de l’écriture et la richesse des informations sont propres à satisfaire aussi bien la curiosité de quiconque s’intéresse au français contemporain que celle du linguiste averti. L’un comme l’autre y trouveront le témoignage de la capacité créatrice du français contemporain.
Claude Gruaz

De Gilles Henry, aux éditions Tallandier (15 €)
PETIT DICTIONNAIRE DES MOTS QUI ONT UNE HISTOIRE (1991, 336 p.)
PETIT DICTIONNAIRE DES PHRASES QUI ONT FAIT L'HISTOIRE (1992, 416 p.)
PETIT DICTIONNAIRE DES EXPRESSIONS NÉES DE L'HISTOIRE (1993, 270 p.)
PETIT DICTIONNAIRE DES LIEUX QUI RACONTENT L'HISTOIRE (1998, 240 p.)
Même si ces titres nuancés (tous republiés en 2003) peuvent le faire hésiter, l’acheteur fera toujours un bon choix : Gilles Henry, membre de DLF, sait nous distraire et instruire. Seule erreur à signaler « pour mémoire » : la Belle Époque n’est pas la fin de siècle (1880-1900) mais la période bénie d’avant-guerre (1900-1914). Combien de bons mots promis à l’immortalité, du malicieux Fontenelle qui se lamente et nous rajeunit d’un coup : « Ah ! si j’avais mes quatre-vingts ans ! » à l’obséquieux Calonne : « Si cela est possible, c’est fait ; si cela est impossible, cela se fera », en passant par l’impertinent Rivarol répondant à qui lui promettait de lui écrire le lendemain « sans faute » : « écrivez-moi comme à votre ordinaire » ! Combien de lieux prennent en défaut notre mémoire : « traité de Sèvres », « aigle de Meaux », « possédées de Loudun », « Vénus d’Arles » ! Saviez-vous que notre « landau » vient de Landau, ville d’Allemagne qui se spécialisa dans la fabrication de voitures à quatre roues et à deux banquettes dominées par deux soufflets s’ouvrant et se fermant à volonté ? Quant à l’inventeur de la location de carrosses, il ne savait pas quelle conséquence aurait le fait de remiser ses voitures dans un hôtel de la rue Saint-Fiacre !
Romain Vaissermann

L'AFFAIRE EST DANS LE SAC ET NOUVEAUX MYSTÈRES DES EXPRESSIONS FRANÇAISES, de Colette Guillemard
Bartillat, 2003, 252 p., 20 €
Deux cent cinquante petites pages sur diverses expressions qui piquent notre curiosité. Y fleurit l’anecdote, y sévit l’étymologie, s’y confirme le talent déjà affirmé de Colette Guillemard pour satisfaire en nous l’enfant qui ne cesse de demander « pourquoi ? ». Sont passées en revue : « au temps pour moi », « reprendre du poil de la bête », « collet monté », « être au four et au moulin », « n’en pouvoir mais »... L’auteur alterne vraies énigmes et petits essais en prose que ne fait qu’illustrer une expression simple à expliquer (« perdre le nord », « les caprices de la météo », « mal-être et bien-être »). Et pourquoi ne pas offrir ce livre pour donner aux enfants le goût de la langue ?
R. V.

FRANCOPHONIE ET DIALOGUE DES CULTURES, d’Axel Maugey
Humanitas, Québec, 2003, 180 p., 25,65 € (en vente à la Librairie du Québec, 30, rue Gay-Lussac, 75005 Paris)
Ce n’est pas dénigrer ce livre que de le définir comme un écrit de propagande. C’est comme si l’on écoutait un orateur parler ; on l’écoute en une journée, on veut le faire entendre à ses amis. Même si cet ouvrage réunit à la va-vite des essais disparates et eux-mêmes écrits d’une coulée, ce serait une qualité plutôt qu’un défaut : l’urgence est à l’action pour le plurilinguisme. Certaines affirmations à l’emporte-pièce, trop optimistes ou particulières, brouillent la vue qui se veut ample et géopolitique ; mais tout fait ventre et nous aurions mauvaise grâce à nous plaindre d’un livre de plus sur la francophonie, tant il épouse nos thèses contre l’impérialisme linguistique de l’anglo-américain, tant il se montre enthousiaste à l’idée d’un réveil de la francophonie.
R.V.

SAVOUREUSES EXPRESSIONS QUÉBÉCOISES, de Marcel Béliveau et Sylvie Granger
Éditions du Rocher, 2000, 230 p., 13,57 €
Le titre l’indique : les auteurs ont pour seule ambition de divertir. On ne confondra pas ce livre avec un vade-mecum utile au touriste. Un Français paraîtrait se moquer ou prêterait à rire s’il employait des expressions aussi familières sans l’accent adéquat ! Moyennant quoi, il a ses qualités. Ne levons pas le nez sur les auteurs, ne chignons pas : ils opèrent. Peut-on les truster complètement ? J’avoue avoir eu peur de me faire emplir. Pour finir, je file de travers : si vous passez vos jours éfoiré devant la télévision, mieux vaut réunir des amis que les expressions populaires n’effarouchent pas et évaluer leur niveau en québécois.
R. V.

LES GRANDES THÉORIES DE LA LINGUISTIQUE. De la grammaire comparée à la pragmatique, de Marie-Anne Paveau et Georges-Élia Sarfati
Armand Colin, « Collection U : Lettres, linguistique », 2003, 256 p., 23 €
Les linguistes sont souvent critiqués pour leur idiome à part, qui confine à l’ésotérisme. Qui veut dépasser l’obstacle des mots (qu’ils diraient « épistémologique ») pour aller aux choses mêmes a désormais le choix entre consulter ponctuellement un dictionnaire des sciences du langage et lire cette histoire vulgarisatrice. Depuis dix ou vingt ans, aucune vue d’ensemble ne permettait de comprendre les récents progrès de la linguistique au niveau français et international. Bien sûr, les linguistes ont, à la différence des grammairiens, un souci de la langue plus descriptif que normatif ; mais ne sont-ils pas, eux comme nous, « ni laxistes ni puristes » ?
R. V.

LES LANGUES INDOEUROPÉENNES ET LA FAMILLE EURASIATIQUE, de Joseph Greenberg, préface de Claude Hagège, traduit de l’anglais par Pierre Bancel
Éditions Belin, 2003, 400 p., 24,50 €
Le lecteur que l’abstraction d’une histoire de la linguistique au xxe siècle rebutera, lira sans doute avec davantage de plaisir le livre-testament de Joseph Greenberg (1915-2001). Notre langue française paraît-elle un peu perdue dans le sous-groupe italique du groupe indoeuropéen de la famille eurasiatique ? Ce sont pourtant les dernières avancées de la science. Quand on se reporte à la période préhistorique, la diversité linguistique présente se recompose en quelques grandes familles de langues. La tête tourne à manier, de part et d’autre du continent eurasiatique, les étymologies parentes : Joseph Greenberg nous parle du jürchen, de l’orotche aussi bien que du louvite ! On ne se sent guère rassuré d’apprendre que le selkoupe n’est autre que le samoyède ostiak. Claude Hagège a tout dit lorsqu’il qualifie l’ouvrage de « fascinant » : son auteur, prestidigitateur, force l’admiration, même si ses reconstructions ne convainquent pas toujours.
R. V.

LETTRES LATINES. RENCONTRE AVEC DES FORMES REMARQUABLES, de Laurent Pflughaupt
Éditions Alternatives, « Écritures », 2003, 160 p., 23,50 €
Un livre d’art à offrir. Un calligraphe vous explique notre alphabet : l’origine des lettres, leurs variations à travers les siècles, de curieuses anecdotes, l’élucidation de nombreuses abréviations. D ? Le passage, le devenir selon l’interprétation des chakras. L ? Lettre ambiguë, à la prononciation liquide et douce, mais à la forme d’équerre ! F ? Lié au souffle et masculin dans le waw hébraïque, signe de danger dans « fiel », « fourbe », « fraude » ou « perfide ». Hum ! : l’analyse symbolique a ses limites. Mais elle nous fait voyager à travers des langues parentes au moins par l’alphabet, un alphabet plus de deux fois millénaire.
R. V.

LES NOMS D'ORIGINE GAULOISE. LA GAULE DES COMBATS, de Jacques Lacroix
Éditions Errance, « Hespérides », 2003, 240 p., 28 €
Ce livre hors du commun, doté d’impressionnantes références bibliographiques et d’index thématiques, a une riche iconographie et un résumé imagé à la fin de chacun des quatre chapitres. S’appuyant sur de nombreux dictionnaires étymologiques, recherches historiques et archéologiques, Jacques Lacroix, qui est membre de DLF, étudie les traces que la langue gauloise a laissées dans le français d’aujourd’hui, tant dans le lexique (français standard et langues régionales) que dans les noms de lieux ou de famille. Premier des trois volumes issus de la thèse soutenue par l’auteur en 2002 (les deux suivants, édités dans quelques mois, porteront sur les activités économiques et le domaine du sacré), cet ouvrage peut paraître ardu, mais chacun y trouvera un intérêt pour son nom, le nom de sa région, de sa ville ou de son village d’origine.
Françoise Merle

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