Défense de la langue française   

DLF, no213

ALERTE FRANCOPHONE. Plaidoyer et moyens d’actions pour les générations futures, d’Alfred Gilder et Albert Salon
Éditions Arnaud Franel, 2004, 222 p., 15 €
Ce plaidoyer, pétri d’humanisme, en faveur de l’avenir du français et d’un meilleur dialogue des cultures, mérite d’être lu et relu. Il permet de mieux apprécier le poids réel (et non plus seulement incantatoire), du rayonnement de l’espace en français, sous-estimé depuis la mort de Georges Pompidou, voire marginalisé par une partie de notre propre élite.
À la fois forte et fragile, telle est donc la situation paradoxale de la Francophonie dont les enjeux sont parfaitement exposés dans cet essai important signé Alfred Gilder et Albert Salon, deux promoteurs de notre espace, et membres de DLF. Il est plus que probable que la nouvelle approche française et francophone servira les valeurs de l’Occident.
Nul doute que cette Alerte francophone s’affirme comme un essai utile, combatif, nécessaire et plein d’une juste passion pour une juste cause.
Axel Maugey

LES DIFFICULTÉS DU FRANÇAIS, de Jean-Pierre Colignon
Librio, 2004, 94 p., 2 €
Félicitons notre ami Jean-Pierre Colignon, « Monsieur langue française » du journal Le Monde et administrateur de DLF, de permettre à toutes les bourses de s’offrir ce petit livre. Avec près de 900 mots répertoriés par ordre alphabétique, cet ouvrage, à la fois simple, concis et presque complet (je n’ai pas trouvé handicap, souvent maltraité), rendra souvent service, à condition de le garder sous la main. Il répondra aux questions que vous ne manquez pas de vous poser sur la prononciation, la ponctuation, et même la conjugaison ; les lettres simples ou doubles, accents, traits d’union, pluriels des noms composés...
Françoise Merle

LE PORNITHORYNQUE EST UN SALOPARE. dictionnaire de mots-valises, d’Alain Créhange
Mille et une nuits, 2004, 64 p., 2,50 €
« Collez la peau d’un âne sur un pot de chambre, et vous en faites un tambour », a dit Flaubert. Alain Créhange fait de même avec les mots, les mariant pour le meilleur. L’auteur sera peut-être pour les années 2000 ce néologue qu’Alain Finkielkraut fut pour les années 1980 et Jean-Louis Chiflet pour les années 1990. Le mot-valise est bien un art mineur dont un « Petit guide » de l’auteur nous donne une bonne recette, dont la gymnastique exerce à la fois l’œil et l’oreille, dont la définition (qui est en même temps une solution étonnante) provoque le rire du lecteur. Les 670 mots obtenus par un savant mélange sont irrévérencieux (« blablablaïka : sorte de luth dont on joue en Russie, dans un style généralement très volubile »), parodiques (« hélicoptêtre : appareil d’aviation muni d’une hélice horizontale à propulsion stochastique, ce qui lui assure un déplacement parfaitement aléatoire »), poétiques (« flûtiner : conter fleurette au son du pipeau »).
Romain Vaissermann

JOURNAL D'UNE INSTITUTRICE CLANDESTINE, de Rachel Boutonnet
Ramsay, 2003, 290 p., 20 €
Ce véritable procès intenté aux Instituts universitaires de formation des maîtres, « bastion de la peur et de la haine du savoir », découragera les moins combatifs : il faut bien former les maîtres et il faut bien gérer ces trente et un instituts, employant quelque 5 500 formateurs et plus de 10 000 formateurs associés. L’auteur de ce pamphlet, parfois répétitif (mais c’est la faute aux formateurs !), est une jeune institutrice aux idées bien campées mais pleine de bon sens : comment enseigner, si la notion d’autorité est refusée, si les élèves (dans le jargon pédagogique : les « apprenants ») doivent « apprendre à apprendre » et eux-mêmes « construire leurs savoirs », si l’orthographe est mineure pour ne pas dire rétrograde et si l’erreur est très formatrice ? Et par quoi remplace-t-on l’enseignement des disciplines sous leur forme traditionnelle ? Par des « séquences » ludiques infantilisantes, par des activités de groupe ou des réunions qui occupent le temps. Le plus grave est que tout jeune enseignant doit accepter l’idéologie dominante, sous peine de subir une inspection pénalisant sa carrière ou l’empêchant tout simplement d’enseigner. Les éducateurs à la liberté ont décidément d’étranges méthodes, dirigées contre les élèves aussi bien que contre les instituteurs.
R. V.

ET VOS ENFANTS NE SAURONT PAS LIRE... NI COMPTER ! la faillite obstinée de l’école française, de Marc LE BRIS
Stock, 2004, 404 p., 20,99 €
Cette fois, c’est un instituteur et directeur d’école chevronné qui, en un mea culpa retentissant, avoue avoir pratiqué avec ses élèves activités d’éveil, grammaire fonctionnelle, lecture naturelle, mathématiques modernes, décloisonnement des savoirs et tutti quanti. Son revirement n’en prend que plus de valeur et son propos, plus de force. La charge est moins tournée contre les IUFM que contre le mouvement d’innovation pédagogique consécutif au mouvement de mai 1968, contre les manuels qui en découlent et contre la loi d’orientation de 1989, qui interdit le redoublement du CP (et crée les IUFM). L’analyse des errements actuels de l’enseignement du français est plus développée que dans le livre de Rachel Boutonnet, d’ailleurs cité. Marc Le Bris montre que les suites malheureuses de la méthode globale continuent de faire des ravages dans les classes, à l’instigation d’inspecteurs non venus à résipiscence. L’auteur n’en reste d’ailleurs pas à sa seule expérience, mais relate des faits avérés, transmis par des collègues. Le livre se lit agréablement et redonne du courage à ceux qu’aurait pu défaire le Journal d’une institutrice clandestine : oui, il existe des résistants qui ont survécu aux années noires de l’Éducation nationale et qui donnent aujourd’hui de la voix.
R. V.

PARLEZ GLOBISH, de Jean-Paul NERRIÈRE
Eyrolles, 2004, 288 p., 18 €
Écrit afin de décomplexer les moins doués pour l’anglais ou pour l’américain, cet essai a trouvé pour titre un néologisme séduisant censé exprimer ce double constat que beaucoup d’entrepreneurs, d’expatriés et de migrants ont déjà fait depuis longtemps sans jamais oser le formuler : de par le monde, peu d’hommes à l’heure actuelle connaissent l’anglais ou l’américain ; beaucoup en revanche parlent une forme simplifiée d’américain, limitée à 1i500 mots d’une prononciation variable, et à une syntaxe rudimentaire. L’auteur, ancien vice-président d’IBM États-Unis chargé du « marketing international », en prend son parti et, mieux, s’en réjouit : le globish « nous donne un avantage considérable sur les anglophones qui croient être compris partout, mais ne le sont guère », à cause de leur aisance trop marquée, de leur vocabulaire trop riche. Jean-Paul Nerrière croit possible de défendre le français au niveau international en tant que langue culturelle (sans déprécier d’ailleurs aucune autre langue nationale, tant qu’elle n’est pas impérialiste) tout en contribuant au règne sans partage du globish dans le domaine des affaires. Bref, le règne économique du globish sauverait la diversité linguistique culturelle ; pari risqué, amplement documenté sur une page personnelle : http://jeanpaul.nerriere.free.fr/
R. V.

LE BALEINIÉ. Dictionnaire des tracas, de Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Grégoire Œstermann, dessins de Daniel Pudles
Seuil, 2003, 96 p., 12 €
Un petit livre drôle pour nommer de méchants travers de l’existence, familiers mais restés jusqu’ici absents du dictionnaire. À conseiller aux amateurs de curiosités littéraires que n’effarouche pas un parti pris néologique déterminé, influencé par le créole, le verlan ou le surréalisme. Le « taxi qui, au lieu de présenter sa porte arrière, baisse sa vitre avant » est désormais un « exicotizzi » ; ce « bandeau accrocheur qui vous a fait acheter un livre dont vous n’avez pas besoin » est un « kpètre ». Pas d’autre explication que l’autorité d’un dictionnaire ; d’autant plus grand est le pouvoir suggestif de ces mots farfelus. Une typographie impeccable et des illustrations divertissantes.
R. V.

À signaler Nos adhérents publient
  • Tous les admirateurs de notre président, Jean Dutourd, auront la joie de retrouver son humour et son art pénétrant du paradoxe dans son nouveau roman, Journal intime d’un mort (Plon, 148 p., 16i€), ainsi que dans « Domaine public », sa chronique bimensuelle sur un écrivain, pour Le Figaro littéraire.
  • Alain Vuillemin, professeur à l’université d’Artois, a établi le texte de l’Anthologie de poètes bulgares, superbement traduits par Lubomir Guentchev (1907 - 1981), écrivain bulgare d’expression française. Le premier tome de cette anthologie, publiée par les Éditions Rafael de Surtis et Éditinter (2003, 124 p., 15 €), permet de découvrir les poètes qui ont introduit le sonnet dans la littérature bulgare depuis la fin du XIXe siècle.
    Quant au tome 2 (2004, 188 p., 18 €), il est consacré aux poètes symbolistes bulgares Yavorov et Liliev, et russes Lermontov, Tiouttchev, Nadson et Brioussov.
    De quoi attendre impatiemment les deux autres volumes de cette anthologie, dont la publication est prévue en 2005.
  • Après Poulo-Condore, archipel du Viêtnam. Du bagne historique à la nouvelle zone de développement économique (L’Harmattan, 1999, 264 p., 21,35 €), Maurice Demariaux vient de publier, chez le même éditeur, La Vie aventureuse de Victor Olivier de Puymanel, alias « Ông Tín ». Natif de Carpentras, colonel de la garde du roi de Cochinchine au XVIIIe siècle (192 p., 17 €).
  • Pour nous permettre d’apprendre ou de réviser à la fois le latin et l’Histoire sainte, Gérard Bedel nous propose : Abbé Charles-François Lhomond, Epitome Historiæ Sacræ, (Éditions de Paris, 2004, CXVI p., 22 €), adaptation en latin de l’Ancien Testament (avec traduction des mots les plus difficiles).
  • Avec L’Histoire de France pour les nuls (Éditions First, 2004, 704 p., 22,90 €), Jean-Joseph Julaud se préoccupe avec humour des plus réfractaires, et même des autres.
  • Au mois d’octobre, précipitez-vous encore chez votre libraire pour acheter Ma France, de Georges Memmi (éditions Safed). Nous en reparlerons certainement.
  • Marie-Andrée Balbastre nous annonce Lumière (2004, 92 p., 10 €), anthologie de cent poètes, publiée par l’association Poésie Terpsichore qu’elle préside.
    Le commander à Marie-Andrée Balbastre, 90, boulevard Carnot, apt. 82, 59000 Lille.
  • Rédactions franco-roumaines :
    – les poèmes de Joël Conte, traduits en roumain par Constantin Frosin (voir DLF, no 210), sont présentés en version bilingue dans La Sagesse de l’amour (Pallas Éditions, Roumanie, 2004, 48 p., 10 €) ;
    – dans Le Courrier francophone (n° 58, 6 €), Constantin Frosin et Joël Conte signent plusieurs articles sur les multiples relations entre la Roumanie et la France.
    Les commander (1 € de frais de port) à Joël Conte, 21, rue Degert, 94400 Vitry-sur-Seine.
  • Dans Le Scribe (nos 39 à 41), Étienne Bourgnon, président de notre section de Suisse, s’attaque à l’utilisation du franglais dans les médias, la publicité, le tourisme..., et suggère des équivalents en se référant au dictionnaire d’Alfred Gilder : En vrai français dans le texte.
  • Le Pr Maurice Cara recommande chaudement, dans le Bulletin de l’Académie nationale de médecine (tome 187, n° 8), le Glossaire médico-pharmaceutique anglais-français, de Pierre Delaveau, François Clostre et col. (voir DLF, no 198).
  • Armand Hadria a présenté DLF à l'amicale des ingénieurs de Supélec pour leur revue trimestrielle, Flux. Le directeur de la publication, Alain Paquette, y a donc créé une rubrique intitulée « Chronique linguistique », et en a confié la rédaction à notre ami du cercle Blaise-Pascal.
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