Défense de la langue française   

DLF, no219

COMBAT POUR LE FRANÇAIS AU NOM DE LA DIVERSITÉ DES LANGUES ET DES CULTURES ,
de Claude HAGÉGE
Odile Jacob, 2006, 250 p., 21,90 €
Professeur au Collège de France, Claude Hagège n’est pas simplement un linguiste de grande réputation qui se contente d’observer et d’analyser les phénomènes linguistiques. Comme l’indique le titre de son dernier ouvrage, Combat pour le français, il s’engage fortement pour défendre la place de la langue française dans le monde mais aussi en France car, dans notre pays même, les menaces sont nombreuses.
Pour illustrer le ton de son livre, citons sa propre présentation : « Défendre son âme face aux périls qui la menacent, cela commande de livrer un combat. Face à la prétendue mondialisation, la lutte pour la pluralité des cultures et des langues est une forme de l’action humaine pour inverser le cours, apparemment inéluctable, des choses du monde. Le combat pour le français est un combat de l’esprit. »
Nous notons avec plaisir que Claude Hagège cite notre association et des textes provenant d’ouvrages collectifs, à la rédaction desquels nous avons participé.
À lire par tous les militants de la langue française à la recherche d’arguments convaincants et d’une nouvelle motivation.
Marceau Déchamps

APPRENDRE À LIRE À LA MAISON. GUIDE DES MÉTHODES DE LECTURE, de Gilbert SIBIEUDE et Gilbert CASTELLANET, préface de Jacqueline de ROMILLY
François-Xavier de Guibert, 2005, 218 p., 20 €
Frappés par le nombre d’enfants qui entrent chaque année en 6e sans savoir lire (ni compter), MM. Sibieude et Castellanet ont fondé, en 2002, l’association Famille-École-Éducation et créé le site : www.lire-ecrire.org
Ils ont recueilli de nombreux témoignages (instituteurs, professeurs, orthophonistes...) et mené une enquête internationale. Ce guide, destiné aux parents et grands-parents, explique – preuves à l’appui – que la méthode alphabétique ou syllabique (éventuellement complétée par une méthode gestuelle) permet à tous les enfants d’apprendre à lire en quelques mois.
Il arrive parfois que l’on dévore un livre que l’on avait prévu de feuilleter. C’est le cas de cet ouvrage, tant il est riche d’informations et bien conçu.
Guillemette Mouren-Verret

QUI A PEUR DU BON FRANÇAIS ?, de Bernard LECONTE, préface de Jean DUTOURD
Lanore Littératures, 2005, 192 p., 15 €
Il y avait longtemps qu’un ouvrage ne m’avait donné autant de joie et de plaisir que ce recueil d’articles de Bernard Leconte parus dans un grand quotidien. Retrouver les meilleurs, avec une préface de Jean Dutourd, de l’Académie française, offre une délectation rare. En effet, l’auteur de ces billets, qui font plus certainement mouche qu’un long traité, a le mérite d’être un ronchon. Parce qu’il en est conscient, sa prose s’éclaire des lumières de l’esprit. Le grognement devient expression de bonhomie et l’indignation, la marque d’une réaction bien vivante au conformisme, au prêt-à-penser, au prêt-à-dire également, car on connaît la fortune des mots lancés par la télévision. Des adjectifs s’imposent par le petit écran, fleurissent dans toutes les bouches ou presque et s’éteignent comme des lampes aux piles de mauvaise qualité. « Incontournable » est de ceux-là et peut-être « évident » finira-t-il par subir le même sort... Mais Bernard Leconte prolonge souvent ce qui est dit ou écrit. Il l’amplifie et a vite fait d’en souligner le ridicule. Jamais méchamment. La dérision, le sourire, la logique « exagérative » ont vite fait de montrer que notre langue a encore des défenseurs efficaces, mais qu’elle sait aussi secréter ses antitoxines.
Jacques Dhaussy

LE FRANÇAIS, UNE LANGUE EN MOUVEMENT, de Daniel MIROUX
Alliance Champlain, 2005, 222 p., 14 € (vente en France : librairie Atout-Livre, 203 bis, avenue Daumesnil, 75012 Paris, tél. : 01 43 43 82 27).
Ce livre de poche se veut un ouvrage de référence dans trois domaines où il est avéré que le français évolue : orthographe, féminisation et terminologie. En effet, il donne des listes commodes découlant des diverses propositions officielles récemment faites en matière de langue française. Dans la partie orthographique, c’est ainsi l’usage du trait d’union, des accents, des consonnes redoublées, l’accord du participe passé des verbes pronominaux, les mots empruntés et diverses anomalies qui sont réglés en harmonie avec les recommandations de 1990. Dans la partie consacrée à la féminisation, il s’agit bien sûr de celle des noms de métiers, telle que voulue par une commission formée ad hoc dès 1984 et appliquée désormais par certains ministères. Enfin, la partie terminologique reprend, en partant des termes anglo-américains, les propositions des commissions de terminologie et de néologie effectuées depuis trente ans. Le tout est agrémenté d’introductions documentées, qui permettent de comprendre où en sont les principaux pays de la Francophonie dans les trois domaines qui constituent l’ossature du livre. La bibliographie est succincte, mais un utile répertoire de sites la complète. Bien sûr, il y a peu de chances qu’un lecteur s’accorde en même temps à toutes les modifications suggérées : faut-il vraiment bannir nénuphars et oignons pour accueillir le verbe « soir » et le « ponch » ? Qui parle d’« une rhétrice » ou d’« un sagehomme » ? Le « blog » est oublié alors que bloc(-notes) semble s’imposer... Quoi qu’il en soit, l’ouvrage est de maniement agréable et tient toutes ses promesses.
Romain VAISSERMANN

LA LANGUE FRANÇAISE ET LA FRANCOPHONIE À L'AUBE DU TROISIÈME MILLÉNAIRE,
de Giovanni DOTOLI, préface de Maurice DRUON
Schena editore, Presses de l’université de Paris-Sorbonne, 2005, 190 p., 17 €
Après des années de recherches – il a tout lu ou presque – Giovanni Dotoli, cet éminent universitaire francophile italien, montre que la langue française est en train de se ressaisir, car un vaste public, un peu partout dans le monde, est lassé de constater les méfaits de l’uniformité galopante. Il a raison d’insister sur le fait que la langue française ne résiste pas si mal au bulldozer (on peut dire bouteur en français) américain : du Liban au Canada, en passant par l’Amérique latine, l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Nul doute que le français reste une langue fort attirante, car langue officielle, ne l’oublions pas, de 30 pays contre 45, il est vrai, pour l’anglais. Mais, devant l’arabe, l’espagnol et le portugais. Avec talent, un vrai sens de la synthèse et une passion magnifique, Giovanni Dotoli signe un essai percutant.
Axel Maugey

OÙ VA LA FRANCOPHONIE AU DÉBUT DU TROISIÈME MILLÉNAIRE ?
Actes du colloque de Bari, 4-5 mai 2005, sous la direction de
Giovanni DOTOLI
Schena editore, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2005, 300 p., 25 €
L’auteur de Pourquoi veulent-ils tuer le français ?, livre d’une tristesse déconcertante, devrait se précipiter à la librairie du 8, rue Danton, Paris-6e, afin d’acheter les « Actes du colloque de Bari » dans lesquels des spécialistes du monde entier soulignent la modernité du français. Et ils y arrivent. Même si, en France, des résistances ont freiné l’épanouissement du français, en revanche, à l’étranger, il retrouve un regain d’intérêt. Défendre le français, c’est défendre le multiculturalisme et le plurilinguisme, nous rappellent plusieurs intervenants. Ce colloque de Bari est, en définitive, une jolie réponse à tous les défaitistes et autres déclinologues. La bataille n’est pas perdue puisqu’elle n’a jamais été vraiment livrée. Laissons les meilleurs stratèges s’exprimer, c’est ce qu’ils font avec bonheur dans ce livre.
A. M.

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE POUR LES NULS, de Jean-Joseph JULAUD
First Editions, 2005, 642 p., 22,90 €
Après L’Histoire de France pour les nuls et Le français correct pour les nuls, Jean-Joseph Julaud retrace dix siècles de littérature française depuis le Haut Moyen Âge jusqu’aux prix littéraires de 2004. Pour reprendre une organisation purement chronologique, la créativité des titres et sous-titres donne un certain brio à cette somme et revigore nos classements traditionnels. Parcours biographiques pittoresques, mises au point frappées (sur l’Histoire, la langue, la poétique, les genres littéraires), citations, extraits d’œuvres confèrent à la lecture un rythme allègre en facilitant l’attention du néophyte qui découvre, comme celle de l’amateur plus aguerri qui veut revivre le roman de notre littérature. Ce livre allie ainsi sérieux et humour, visée pédagogique et mise en scène des savoirs. S’il est toujours possible de trouver à reprendre à telle ou telle analyse ou désavouer tel ou tel parti pris de la collection, il faut néanmoins rappeler combien l’œcuménisme de ce type d’ouvrage œuvre pour notre littérature, partant pour la promotion de notre langue, non moins que les publications scientifiques les plus spécialisées.
Philippe GUISARD

LES PERSONNAGES DEVENUS MOTS, de Jean Damien LESAY
Belin, « Le français retrouvé », 2004, 350 p., 13,70 €
Voici un nouvel ouvrage de cette si intéressante collection dédiée à la langue française et où Jean Tournier, en 1998, avait publié son classement thématique des Mots anglais du français. Comparaison faite, Les Personnages devenus mots complètent assez bien Du bruit dans Landerneau. Là où Patrice Louis expliquait des expressions françaises utilisant un nom propre, Jean Damien Lesay recense, alphabétiquement, sans souci d’exhaustivité, quelques noms communs (noms et adjectifs pour l’essentiel) issus de la Fable (égérie, éolienne, volcan), des patronymes (frangipane, freudien, frisbee) et autres désignations de personnages : surnom, titre... Tour du monde et remontée du temps garantis.
R. V.

De Robert GORDIENNE, aux Éditions Hors Commerce, « Hors texte » :
DICTIONNAIRE ARGOTIQUE DES TRUCS, DES BIDULES ET DES MACHINS (2004, 652 p., 23,90 €)
DICTIONNAIRE DE L'ÉLOGE, DE LA FLATTERIE ET DU COMPLIMENT (2004, 548 p., 25 €)
DICTIONNAIRE DES MOTS QU'ON DIT GROS, DE L'INSULTE ET DU DÉNIGREMENT (2002, 506 p., 25 €)
Trois sommes dont la plus sérieuse est sans doute l’argotique (8 000 mots, et de très bons « exemples »), dont la plus originale concerne la flatterie et dont la plus fameuse est pourtant celle des « mots qu’on dit gros », parce qu’elle fut la première. On se demandera comment fonctionne un dictionnaire de la flatterie (proche parfois d’un dictionnaire des idées reçues). C’est simple : à l’article « cara mia ou caro mio », expression italienne, est proposé un emploi : « fait la flatterie du snob polyglotte et imbécile », suivi d’un exemple authentique. On le voit, l’auteur appartient aux lexicographes engagés ; il définit la « langue de bois » comme le « discours politique depuis la droite jusqu’à la gauche, de la maternelle à l’ÉNA » et le MÉDEF comme une « association de malfaiteurs ». Mieux vaut donc lire avec prudence ces dictionnaires mêlant connaissance de la langue et parti pris que les consulter comme sources objectives.
R. V.

Signalons aussi :
  • Bien parler, bien lire, bien écrire. Donnez toutes leurs chances à vos enfants, du Dr Ghislaine Wettstein-Badour (Eyrolles, 2006, 192 p., 14 €).
  • L’Étonnant Voyage des mots français dans les langues étrangères, de Franck Resplandy (Bartillat, 2006, 210 p., 20 €).
  • Au cœur des mots, de Jacques Mercier (Racine, Bruxelles, 2005, 320 p., 19,95 €).
  • Les Facéties du français, de Nicole Ricalens-Pourchot (Armand Colin, 2005, 286 p., 17 €).
  • La Désinformation par l’Éducation nationale, de Christine Champion, préface de Vladimir Volkoff (Éditions du Rocher, 2005, 204 p., 19,90 €).
  • Le Nouveau Charabia. Le français est une langue étrangère !, de Pierre Merle (Milan, 2005, 318 p., 18 €).
  • À bouche que veux-tu. le corps dans les expressions de la langue française, de Jacques Jouet (Larousse, « Le souffle des mots », 2004, 254 p., 9,90 €).
  • Une de perdue, dix de retrouvées, de Jean-Claude Bologne (Larousse, « Le souffle des mots », 2004, 274 p., 9,90 €).
Nos adhérents publient
  • Indochine, l’envoûtement, de Jean de la Guérivière (Le Seuil, 2006, 414 p., 23 €). La relation entre la France et l’Indochine a été une « histoire passionnelle sans équivalent comparable ». Avec son talent de conteur, Jean de la Guérivière réussit à nous faire vivre les épisodes de cette histoire multiple et finalement dramatique, mais toujours d’une très grande intensité. Avec le recul, il nous invite à une redécouverte de cette région devenue malheureusement aujourd’hui terre de « francophonie dormante ».
  • Merci à Louise-Agnès Cottereau pour son recueil de poésies qui nous fait accéder à un univers si proche et si lointain. Les Seuils mystérieux fait suite au recueil de contes Les Sept Djinns du grand Baobab, ouvrage qu’elle avait publié en 1998.
    Les commander à l’auteur (respectivement 15 € et 12 € + 2 € de frais de port) : 38, rue Taine, 75012 Paris, tél. : 01 44 75 90 58.
  • Jacqueline Delpy nous a adressé son dernier recueil de poèmes, Le Palais des possibles (Les Presses littéraires, 66240 Saint-Estève, 61 p., 12 €), et nous l’en remercions vivement.
  • Le numéro 50 du périodique Terpsichore sera bientôt célébré. Terpsichore, Marie-André Ballastre, rue de l’Orbiel, 11600 Conques-sur-Orbiel.
  • Vingt ans d’éditoriaux, florilège, de Myriam Hadoux (CLEC-UAICF, 2006, 168 p, 15 € ; disponible en librairie).
    Félicitons le Cercle des écrivains cheminots et son président, Raymond Besson, d’avoir rassemblé ces pages enlevées, sur lesquelles se sont précipités pendant vingt-cinq ans tous les lecteurs du Dévorant.
    CLEC, 7, rue du Château-Landon, 75010 Paris.
  • Histoires d’autre chose (Les 2 Encres, 2005, 185 p., 16 €), de Nadine Najman est un recueil de dix nouvelles fantastiques et originales.
    Les 2 Encres : http://www.les2encres.com ou tél. : 02 41 56 57 30.
  • Le bulletin trimestriel (n° 32) du Cercle « Poésie-Partage » nous enchante par la qualité de ses textes aussi bien que de ses poésies.
    Disponible auprès de Valentine et Marcellin Nisolle, 27, rue Maigret, B-7330 Saint-Ghislain (Belgique).
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