Défense de la langue française   

DLF, no220

DICTIONNAIRE DE POÉTIQUE, de Michel POUGEOISE
Belin, 2006, 476 p., 24,90 €
Il y avait déjà le Dictionnaire de poétique de Michèle Aquien, lié dans « La Pochothèque » au Dictionnaire de rhétorique de Georges Molinié, et il était difficile de mieux faire. Mais Michel Pougeoise, comprenant la poétique au sens large de « discours sur l’objet littéraire », nous propose ici les deux dictionnaires en un. Rien qu’à la lettre I, on trouvera ainsi « iambe, idiolecte, idylle, image, implica-tion, imprécation, inspiration, interprétant, intertextualité, inversion, ironie, isocolon, isométrie, isomorphisme, isosyllabisme, isotopie, itération » et foule de renvois. Se succèdent les articles, qui comptent de cinq lignes à plusieurs pages, définissant des notions assez récentes ou présentes de longue date dans les arts poétiques. Mais le style n’a pas la sécheresse de certains lexiques : l’auteur est là, qui vous parle en vous instruisant. Étudiants comme amateurs de poésie n’ont qu’à se réjouir de pouvoir lire la nouvelle œuvre de l’auteur, après notamment son Dictionnaire de rhétorique. Et si paraissait un jour un Dictionnaire de la francophonie ?
Romain Vaissermann

LES FACÉTIES DU FRANÇAIS, de Nicole RICALENS-POURCHOT
Armand Colin, 2005, 282 p., 17 €
On sait que l’auteur a enseigné à l’étranger, où elle a dû faire face aux étonnements répétés de ses étudiants devant ce qu’elle appelle joliment « les facéties du français ». Cet ouvrage a pour objet d’apporter des explications aux apparentes bizarreries de notre langue, qu’elles soient d’ordre phonétique, orthographique, grammatical ou sémantique. Le propos était ambitieux. La réponse est à la hauteur de l’ambition, car tout y est traité : ponctuation, accentuation, graphies, étymologies, néologismes, conjugaisons. Le lecteur peut même vérifier ses connaissances en répondant à un questionnaire ou consulter deux index, un glossaire et une bibliographie. Nul doute que les étrangers puiseront dans ce recueil avec bonheur. Les francophones le consulteront avec profit. Faut-il avouer qu’on souffre un peu à voir qualifier d’illogismes, incohérences, incongruités et même de... sexisme ces fantaisies qui contribuent au charme du français, où tout n’est pas que piège ou chausse-trap(p)e !
Claudie Beaujeu

LA PHRASE, CENT PIÈGES, de Maryz COURBERAND,
illustrations de Pascal Jousselin
Le Polygraphe, « Les Cent » , 2006, 80 p., 7 €
Dans la collection « Les Cent» (Le Français, cent difficultés, Les Maths, cent problèmes, etc.), l’auteur propose un ouvrage attrayant et pratique – format réduit, typographie variée et moderne, illustrations amusantes – qui met en garde contre maints pièges dans lesquels nous risquons tous de tomber. Sous sa présentation ludique, le livre aborde, avec finesse et même érudition, certaines difficultés de la syntaxe qui sont souvent sources d’ambiguïté, de quiproquo, voire d’incompréhension. Félicitons Maryz Courberand de l’originalité de sa démarche, de son sens des nuances et de sa sympathie pour le lecteur, à qui elle prodigue, outre des conseils avisés, des propositions de réécri-ture, une bibliographie ouverte et même un index de vocabulaire. Bravo !
C. B.

LE COURS BAUDELAIRE, de Jalel EL GHARBI,
Maisonneuve et Larose, 2004, 208 p., 18 €
C’est un petit manuel qui accompagnera agréablement votre lecture de Baudelaire ou vous permettra de replonger dans cet univers sensuel dont on a dit avec justesse qu’il inaugurait la modernité poétique. Apparemment issu d’un cours universitaire, le livre maintient l’équilibre entre les précises analyses d’histoire littéraire et l’étude alerte de la versification, complétées d’une chronologie de la vie de Baudelaire et d’une bibliographie succincte. Le lecteur sensible à la langue poétique appréciera particulièrement le soin donné à l’analyse lexicologique des archaïsmes baudelairiens et de leur raison d’être (p. 101-110).
R. V.

LE NOUVEAU CHARABIA. LE FRANÇAIS EST UNE LANGUE ÉTRANGÈRE,
de Pierre MERLE
Milan, 2005, 315 p., 18 €
Pierre Merle est un écrivain, sa verve est intarissable et sa gaieté communicative. Il analyse et fustige avec pertinence et sévérité cette sorte de « langue étrangère » qui envahit le français actuel, et met en évidence la médiocrité de ce nouveau « babil » qui voudrait se faire passer pour du beau langage. Voici, pour l’été, une lecture utile, intelligente et revigorante, à commenter en famille ou entre amis, et qui ne laissera pas indifférents les amoureux de la langue française.
C. B.

MAIS QUE FONT LES LINGUISTES ? LES SCIENCES DU LANGAGE, VINGT ANS APRÈS, Actes du colloque 2003 de l’Association des Sciences du langage. Textes réunis par Christine Jacquet-Pfau et Jean-François Sablayrolles, présentés par Jean Pruvost
L’Harmattan, 2005, 166 p., 14,80 €
L’Association des sciences du langage fut créée en 1983, année qui suivit les Assises nationales de la linguistique. Son rôle, depuis lors, est d’établir des contacts entre les divers champs des sciences du langage, tant en France que dans un cadre international. L’ASL publie un bulletin, Buscila-infos, et dispose d’un site internet (http://assoc-asl.net/). Les interventions de ce colloque, organisé en 2003, ont situé l’état des diverses branches de la linguistique actuelle : l’histoire de la langue, les domaines de la phonologie, de la morphologie et de la syntaxe, la politique de la langue (qui inclut la réforme de l’orthographe et la féminisation des noms de métier), la place de la phonologie, l’analyse de discours, la sociolinguistique. Une table ronde a réuni des enseignants et des personnalités extérieures à l’enseignement pour débattre de l’avenir des sciences du langage et des métiers de demain. Cet ouvrage apporte de précieux éléments de réponse à ceux qui s’interrogent aujourd’hui sur ce qu’est la linguistique et sur ce que doit être son rôle dans la société actuelle.
Claude Gruaz

DICTIONNAIRE DES JURONS, de Pierre ENCKELL, préface de Jacques RÉDA
PUF, 2004, 802 p., 30 €
Le sens du sacré se perd-il ? Non pas, à en croire la faveur dont continuent de jouir, dans l’actualité éditoriale, les jurons français. Ici réunis au nombre de 750, ces jurons empruntent parfois aux langues étrangères (by Jove ! Gott ! mamma mia !), mais pas aussi souvent qu’on a pu le croire aux sacres québécois : ainsi, tabernacle ! et ciboire ! seraient-ils continûment attestés en France depuis leur naissance comme jurons. On appréciera, de cet ouvrage déjà unique en son genre, la très solide bibliographie et l’utile index regroupant les entrées et les autres jurons évoqués çà et là.
R. V.

LE PHALANSTÈRE DES LANGAGES EXCENTRIQUES, de Stéphane MAHIEU
Gingko éditeur, « Biloba », 2005, 160 p., 9 €
Cette collection d’ouvrages, mêlant nostalgie et (ré)création, propose ici une agréable promenade à la découverte d’un étrange phalanstère de langues inventées : espéranto, volapük, mots d’animaux, klingon et autre patoilibr défilent, soumis à une saine critique. Dévoilant sous les découvertes les supercheries, démasquant les ambitions malhonnêtes, l’auteur, membre du collège de Pataphysique, montre que seule la vertu des langues artificielles, poétique (mais c’est beaucoup), mérite que l’on rende hommage aux créateurs de langues : ils sont finalement aussi rares dans la foule des originaux que les originaux le sont dans la foule des gens communs. Beau livre à petit prix, pour amateur de curiosa.
R. V.

À BOUCHE QUE VEUX-TU. LE CORPS DANS LES EXPRESSIONS DE LA LANGUE FRANÇAISE, de Jacques JOUET
Larousse, « Le souffle des mots », 2004, 254ip., 9,90 €

UNE DE PERDUE, DIX DE RETROUVÉES, de Jean-Claude BOLOGNE
Larousse, « Le souffle des mots », 2004, 274 p., 9,90 € Nouvelle mouture de deux classiques, à petit prix et sous un nouveau nom. La réédition des Mots du corps (1990), qui emprunte ses illustrations à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, sort d’une plume inspirée qui fait de la lecture de ce recueil, près d’être exhaustif, un plaisir que gâtent des négligences dans les coupures en fin de ligne. Grâce à la réédition des Sept merveilles (1994), vous réviserez pêle-mêle les noms des trois petits cochons et des frères Dalton, le nombre des grains d’un chapelet et des femmes d’Henri VIII, l’explication du chiffre de la Bête et quelques expressions comme les redoutables se mettre sur son trente-et-un (le trentain étant un drap de luxe) ou s’en moquer comme de l’an quarante (réinterprétation erronée de l’Alcoran, qu’avait détrôné le terme plus francisé Coran).
R. V.

LE PAYS DES ANIMOTS, de Jean-Christophe BAILLY
Bayard, « Les petites conférences », 2004, 70 p., 9,90 €
Ce petit livre, issu d’une conférence publique adressée aux enfants de plus de dix ans, traite tout simplement du langage. L’auteur aime les mots et à faire partager son amour : « Les mots, qui sont si l’on peut dire des animaux domestiques, sont quand même restés un peu sauvages et, si on ne les sort jamais, si on ne les emmène jamais en promenade, comme les animaux domestiques, ils deviennent tristes et monotones. Ils s’ennuient et ils ennuient. » (p. 51). Les questions et réponses qui suivent la conférence même seront utiles à tous les parents, qui peuvent honorablement avoir peine à répondre à des interrogations comme « Comment a-t-on appris le langage muet ? » ou « Le langage a-t-il été inventé par une personne ou par un groupe de personnes ? »
R. V

Signalons aussi :
  • La Fabrique du crétin. La mort programmée de l’école, de Jean-Paul Brighelli (Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 2005, 224 p., 16,90 €).
  • Mots de cuisine. Tome 1 - Tours de main et matériels (120 p.). Tome 2 - Préparations et ingrédients (132 p.), d’Emmanuelle Maisonneuve et Jean-Claude Renard (Buchet/Chastel, 2005, 25 €).
  • Aux éditions Le Robert, pour savoir accorder « les verbes avec les sujets » et tous « les participes passés », trois ouvrages – de 48 pages, à 9 € – d’Anne-Marie Gaignard ont été réédités : Hugo et les rois Être et Avoir (2004.), Hugo joue à cache-cache avec les rois (2005) et Hugo au royaume des sujets dangereux (2005).
  • La Pensée romanesque du langage, de Philippe Dufour (Seuil, « Poétique », 2004, 336 p., 26 €).
Nos adhérents publient
  • Jean Jauniaux nous a adressé son Pavillon des douanes, recueil de nouvelles au fil des jours dont l’écriture simple en apparence exhale un parfum de poésie merveilleuse (Éditions Luce Wilquin, 2006, 184 p., 18 €).
  • Avec La Baie des Maudits (Presses de la Cité, « Sud lointain », 2006, 424 p., 20,50 €), Alain Dubos nous décrit, entre Louisiane et Caraïbe, le fabuleux destin du pirate Jean Laffite, et nous offre ainsi son quatrième roman historique sur l’Amérique française.
  • Pour prolonger la découverte de cette Amérique française, il faut lire En canot sur les chemins d’eau du roi : une aventure en Amérique (Albin Michel, 2005, 342 p., 20 €). De Trois-Rivières au Canada, Jean Raspail nous y fait suivre les traces des premiers explorateurs français.
  • Alain Vuillemin, professeur à l’université d’Artois, a publié le 3e et dernier volume de l’Anthologie de poètes bulgares, dont il a établi le texte (cf. DLF, n° 213, p. XV) : Sonnets interdits (Éditions Rafael de Surtis, Editinter, 2005, 148 p., 17 €), de Lubomir Guentchev. La remarquable maîtrise de notre langue, en particulier en matière poétique, chez les écrivains étrangers, trouve ici une illustration saisissante.
  • Normand Beaupré nous dit de son nouveau livre, La Souillonne (Llumina Press, 2006, 180 p., 12,95 $), qu’il ne s’agit pas d’un roman mais d’un « monologue sur scène, tout en dialecte franco-américain. C’est La Sagouine franco-américaine ». Le commander sur Internet :
    http://www.llumina.com ou http://www.amazon.com
  • Pour « rendre hommage à la pureté et à la défense de la langue poétique », Yves Salembier nous a fait parvenir ses deux derniers recueils, publiés par les Dossiers d’Aquitaine : Éclats de vers (2004, 112 p.) et En vers et pour tous (2005, 114 p.).
  • Vous retrouverez Claude Koch et son humour dans « L’oral du bac », article du Dévorant (n° 217), revue bimestrielle du Cercle littéraire des écrivains cheminots.
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