Défense de la langue française   

DLF, n° 223

UN BOUQUIN N’EST PAS UN LIVRE LES NUANCES DES SYNONYMES
de Rémi Bertrand
Points, « Le goût des mots »,2006, 190 p., 6 €
Encore un petit livre qui aborde les questions relatives au langage par le biais de l’humour, et qui, jouant sur le titre de la collection, les rend accessibles, proches du lecteur, grâce à une comparaison empruntée à la vie quotidienne, plus précisément à la confiserie.
L’auteur s’intéresse à la synonymie, qu’il compare, comme en témoigne la couverture, à des bonbons semblables par la forme mais différents par la couleur de leur emballage, qui indique une diversité de goûts. Il présente, classés par ordre alphabétique, trente-cinq termes qu’il met en parallèle avec quelques équivalents possibles, mais toujours inexacts : il existe des mots frères, mais la sémantique ignore les vrais jumeaux. Le propre du synonyme, par rapport au mot qu’il a pour fonction de remplacer, est de n’être ni tout à fait le même ni tout à fait un autre.
Des analyses d’une grande subtilité, qui font intervenir l’étymologie – latine le plus souvent – et l’usage, mettent en lumière ressemblances et différences. La sensibilité de l’auteur, attentive à la moindre nuance, s’exprime avec brio et autorité.
Rémi Bertrand aime à résumer ses arguments, à maîtriser la multiplicité des remarques, en les enfermant dans des formules percutantes. Il écrit par exemple, dans un chapitre qui confronte désinvolture et négligence : « La désinvolture est un style de vie, la négligence une vie sans style » (p. 56). Naturellement, entre dans ces analyses une part de subjectivité qui les rend parfois discutables et le goût de la formule peut conduire, de façon paradoxale dans ce cas précis, au manque de nuance. Lorsque l’auteur écrit, dans le chapitre déjà cité, que « Le désinvolte est un sensible ; le négligé un insensible », on peut lui rétorquer que la désinvolture apparaît parfois comme une marque d’insensibilité, un manque d’intérêt pour les valeurs défendues par autrui. Chaque mot éveille en nous des réactions qui, en partie, nous sont propres, et nous amène à ajouter une nuance spécifique à son sens. Mais notre appréciation personnelle des mots est tout particulièrement influencée par les usages locaux. Si le choix des synonymes proposé par Rémi Bertrand est justifié dans l’ensemble, on notera cependant que, sur le territoire français, piscine et bassin de natation ne sont pas synonymes.
On ne dit pas « je vais au bassin de natation. » Les bassins de natation sont des éléments de la piscine, et le terme n’est pas employé comme métonymie.
Si l’on excepte ces quelques remarques, l’ouvrage se présente comme un exercice bien et rondement mené, plein d’enseignements et toujours plaisant. La dernière et principale réserve que je formulerai – in cauda venenum – concerne la présentation. La plupart des chapitres sont précédés d’un dessin, qui occupe une page entière. Ces illustrations noirâtres, au trait épais, et dont on ne saisit pas toujours la pertinence, nuisent à la légèreté érudite du propos, qui est tout à fait convaincante.
Anne-Marie LATHIÈRE

CHOISIR LE MOT JUSTE de Bernard Lecherbonnier
France Loisirs, 2006, 176 p., 9,95 €
« Il combat sans pitié le “mal parler” qui nous cerne et nous suggère d’utiliser le mot juste », nous annonce la quatrième de couverture.
C’est effectivement ce que s’efforce de faire Bernard Lecherbonnier dans son recensement impitoyable et salubre des dérapages, cuirs, barbarismes, solécismes commis dans les médias. En linguiste, il analyse avec pertinence les « écarts », enregistrés quotidiennement, en les replaçant dans le cadre de l’évolution de la langue, et admet que « parmi les erreurs à répétition, certaines [sont] vouées à se faire admettre ». Il précise le rôle nécessaire des puristes « quand ils défendent la stabilité de la langue à travers le temps », tout en dénonçant les excès relevant « plus de l’entêtement que de la rigueur... ». On peut cependant regretter que l’auteur, en fin d’ouvrage, tombe lui-même dans ces excès en proposant des tests s’appuyant sur un état de la langue trop daté et une grammaire manquant de cohérence.
Michel JORDAN

LES CARNETS D’UN FRANCOPHONE de Jean-Marie Borzeix
Bleu autour, 2006, 120 p., 10 €
De la taille d’une page, parfois plus étendues et parfois moins, ces réflexions ont l’humble apparence de notes, même si leur auteur, aujourd’hui conseiller à la présidence de la Bibliothèque nationale de France, a été directeur de France Culture.
Son désir de francophonie est de tous les instants et se lie à d’autres convictions que les raisons strictement linguistiques. Ce petit livre plein de sagesse entend pousser la défense du français sur la scène politique ; il est déjà une réponse à ceux qui « espèrent que la France cesse d’avoir peur de son ombre au point de ne plus savoir assumer son histoire, de confondre les défaites et les victoires, de commémorer Trafalgar plutôt qu’Austerlitz et Iéna, de passer de l’apologie de la colonisation à une repentance de tous les jours, d’hésiter entre une défense vétilleuse et une braderie généralisée de sa langue, de refuser de croire que celle-ci puisse être à nouveau l’expression de la modernité ».
Romain VAISSERMANN

KESTUDI ? COMPRENDRE LES NOUVELLES FAÇONS DE PARLER
d’Olivier Clodong et Charlotte Pozzi
Éditions Eyrolles, 2006, 185 p., 12 €
Il va sans dire que vous mourez d’envie de comprendre le parler des ados, celui des banlieues, mais aussi des bobos, le jargon des SMS, sans oublier toutes sortes de vocabulaires inventifs, spécialisés suivant les métiers, réseaux et tribus... Allez donc à la rencontre de Loïc, collégien de 12 ans, de Stéphanie, 20 ans, étudiante en « marketing politique », de Binta, 52 ans, d’origine sénégalaise. Sachez entraver l’argot, vous dépatouiller en patois. Jouez au « Pigetu » et au « Kidikoi ».
Nicole VALLÉE

DICTIONNAIRE INSOLITE DE LA MODERNITUDE de Philippe Nectoux
Éditions Cosmopole, 2001, réédité en 2005, 232 p., 8,50 €
Vous qui rêvez de prendre l’ascenseur social, qui fréquentez des cybercafés festifs, afin d’y rédiger vos blogs, ou d’y pratiquer le P2P (prononcer Pitoupi : Peer to peer ou « de pair à pair »), évitez la dangerosité des voies accidentogènes, ainsi que de malencontreux piercings. Méfiez-vous des paradigmes récurrents, préférez le tourisme solidaire, sachez être hygiéniquement correct, vous exprimer en globish, adopter une conduite dopante et une positive attitude, et, surtout, évitez à tout prix la globésité, facteur d’obsolescence.
Nicole VALLÉE

PETIT DICTIONNAIRE DES MOTS RETROUVÉS sous la direction de Jean-Loup Chiflet préface de Jean d’Ormesson
Mots et Cie, 2004, 94 p., 9 €
Tantôt surréaliste, tantôt seulement scatologique, voici réédité un petit dictionnaire distrayant et dont les allusions demandent une culture générale inversement proportionnelle au sérieux de l’ouvrage. Près de 300 termes – noms propres et communs – se trouvent définis avec une fantaisie que le rapprochement avec leur sens réel rend cocasse. C’est dire combien ce glossaire, aux auteurs non encore identifiés, répond à la définition du canular. De saint Diplôme, anachorète du IIe siècle, qui se nourrissait de papyrus, à Stanislas Whisky, patriote polonais du XVIIIe siècle mort de coma éthylique, dépaysement garanti !
R. V.

LA POLITIQUE LINGUISTIQUE AU PAYS BASQUE d’Eguzki Urteaga
L’Harmattan, « Espaces discursifs », 2004, 188 p., 16,50 €
Le basque est à l’étroit en France presque comme le français en Europe ; l’Europe sauvera-t-elle le basque, comme la francophonie sauvera peut-être le français ? C’est une des questions que se posera le lecteur de cette savante mise au point détaillant la politique linguistique mise en œuvre en faveur de la langue basque, principalement en France.
Certes, le Pays basque français est bien moins entreprenant pour la survie du basque que ne l’est en Espagne la Communauté autonome basque (cette dernière a obtenu la coofficialité du basque et tâche d’aider cette langue selon les méthodes qui ont réussi en Catalogne). L’auteur en conçoit du dépit et juge que le combat aux marges du français, contre ce que le français garderait de comportement impérialiste, ne nuirait pas au combat global pour la défense du plurilinguisme à travers le français. Il semble toutefois que la pacification équitable des tensions linguistiques mondiales est prioritaire et serait seule à même de garantir de plus petites paix linguistiques à l’intérieur des pays...
R. V.

GRAMMAIRE CRITIQUE DU FRANÇAIS de Marc Wilmet
Duculot, 2003 (3e éd.), 758 p., 38,50 €
La grammaire est aujourd’hui un sujet d’actualité et de débats. Marc Wilmet, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, a publié en 2003 cet ouvrage dans le titre duquel le mot critique prend toute sa valeur. En effet, l’auteur ne se contente pas d’exposer son propre point de vue théorique, il fonde celui-ci sur un examen comparatif très minutieux de nombreux travaux de linguistes et grammairiens. La solide argumentation nous conduit largement au-delà de ce que serait une simple reformulation de règles mille fois ressassées, comme cela n’est que trop souvent le cas. C’est un ouvrage d’une extraordinaire richesse, dont chaque chapitre nous fait découvrir, par la finesse des analyses qu’il contient, de nouvelles subtilités de la langue française. Une source de réflexions sans cesse renouvelées.
Claude GRUAZ

Signalons aussi :
  • À la recherche du bon français, de Bernard Leconte, préface de Maurice Druon, de l’Académie française (Lanore littératures, 2007, 192 p., 15 €).
  • Le Verbe contre la barbarie. Apprendre à nos enfants à vivre ensemble, d’Alain Bentolila
    (Odile Jacob, 2007, 208 p., 21,90 €).
  • Petit Guide des littératures francophones, de Jean-Louis Joubert, préface d’Abdou Diouf
    (Nathan, 2006, 256 p., 10,90 €).
  • Cent Nouveaux Rébus littéraires, d’Honoré (Arléa, 2006, 208 p., 26 €).
  • À mots découverts, d’Alain Rey (Robert Laffont, 2006, 464 p., 21 €).
  • Dites-le en couleurs. Dico des expressions fleuries, de Pierre Merle
    (Mots et Cie, 2006, 340 p., 13,50 €).
  • Libérons l’orthographe !, de Maryz Courberand (Chiflet et Cie, 2006, 124 p., 10 €).
  • Parlez-vous le patois de Paris ? et Parlez-vous argot ? (Éditions D’Orbestier, 2006, 132 p., 9,50 €).
  • La Ponctuation ou l’art d’accommoder les textes, d’Olivier Houdart et Sylvie Prioul
    (Le Seuil, 2006, 120 p., 12 €).
  • Barbarismes et compagnie, de Michel Voirol (Victoires Éditions, 2006, 88 p., 12 €).
Nos adhérents publient
  • Passionné par le symbolisme préchrétien dans les pays du Nord (Islande et Groenland), François-Xavier Dillmann vient de publier chez De Boccard Édition Diffusion : Les Magiciens dans l’Islande ancienne (800 p., 50 €) et Proxima Thulé, volume V de la Revue des études nordiques.
  • Agrégé de lettres classiques et président honoraire de DLF Toulouse, Georges Soubeille nous offre avec Humanistes en Pays d’Oc (Éditions universitaires du Sud, 270 p., 25 €), dix-huit portraits d’Étienne Dolet à Albert Londres.
  • Les livres de Frédéric Bey sont rares et prestigieux. Après Austerlitz, la Bataille exemplaire (2005), Iena, la Victoire foudroyante (Éditions Quatuor, 2006, 275 p., illust., 270 €) est sa deuxième campagne napoléonienne. Si, comme lui, vous êtes passionné d’histoire et si vous aimez jouer, Frédéric Bey vous convie sur son site : http://perso.orange.fr/jours.de.gloire/
  • Michel Mourlet a magnifiquement préfacé la réédition de La Dernière Leçon de Léonard de Vinci, de Joséphin Péladan (France Univers, 2007, 76 p., 10 €), qui, pour lui, est « La réponse au Da Vinci Code ».
  • Dans Le Spectacle du Monde (février 2007), Michel Mourlet signe les deux pages consacrées à la francophonie. Il y présente, sans ménager ses justes éloges, Être et parler français, de Paul-Marie Coûteaux (voir DLF, n° 222, p. 59).
  • Le Nouvel Observateur (25-31 janvier 2007) a publié une lettre de Jean Clochard, qui affirme : « Je me réjouis quand la langue française s’enrichit d’un mot étranger traduisant un concept nouveau. J’enrage quand ce mot remplace un mot français existant ou une invention française possible. »
  • Dans le bimensuel Royaliste (n° 891), à propos du logo « TöGEthé® » (voir DLF, no 222, p. 18), Marc Favre d’Échallens stigmatise l’avantage excessif conféré à l’anglais par les institutions européennes.
  • François Archambault nous recommande ce livre de Stéphane Hessel : Ô ma mémoire. La poésie, ma nécessité (Seuil, 2006, 228 p., 22 €).
  • Sur le site de DLF (www.langue-francaise.org), vous pourrez lire Des noms qui viennent de loin.
    Les strates du vocabulaire anatomique, de René Distel †, Hélène Mendès et Michel Karatchentzeff, maîtres de conférence à l’université Pierre-et-Marie-Curie. Ce texte remarquable a été soumis au stylet de Philippe Lasserre.
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