Défense de la langue française   

DLF, n° 224

À LA RECHERCHE DU BON FRANÇAIS de Bernard Leconte Préface de Maurice Druon, de l'Académie française
LANORE, 2007, 192 p., 15€
Sans la vanité, sans la sottise et ses avatars comme le besoin de compliquer pour faire savant, sans les prosaïques préciosités de notre temps, nous serions privés de ce nouveau livre de Bernard Leconte : À la recherche du bon français, second recueil de billets inédits ou parus dans Top Vallées Magazine en 2003 ou Le Figaro de 2002 à 2005, et suite de Qui a peur du bon français ? Dans une brève et brillante préface, Maurice Druon, de l'Académie française, déplore que ce journal prive ses lecteurs du plaisir de le lire. Les articles de Bernard Leconte, comme autrefois les chroniques dues à des plumes choisies et les « En courant » de Georges Ravon oui d'André Frossard, retenaient de très nombreux lecteurs, aujourd'hui sevrés de ces petits bonheurs quotidiens.
Si Bernard Leconte n'avait pas appris par une chaîne de radio que Clara Schumann se réservait un « espace compositionnel », si la maxime de Chamfort : « Il faut que le cœur se brise ou se bronze », n'avait pas été traduite par « On atteint le fond de la déprime ou on obtient la résilience », si certaine spiquerine du petit écran ne prononçait pas le u français « eu » (« croissant de leune », « teube d'aspirine », etc., nous n'aurions pas ces réactions de Bernard Leconte, émoustillantes pour l'esprit, et ces sourires amusés promenés sans amertume sur les expressions prétentieuses et les travers souvent contagieux de nos contemporains. Voici donc cent soixante-quatre articles tous plus drôles les uns que les autres – castigat ridendo mores ! : ils constituent, avec trois index (thématique, grammatical et des noms de personnes), un chef-d'œuvre de bon sens et d'humour. À lire.
Jacques Dhaussy

LA PONCTUATION OU L'ART D'ACCOMMODER LES TEXTES les textes d’Olivier Houdart et Sylvie Prioul
Seuil, 2006, 204 pages, 12 €
Le sujet est d'importance. Il y a une ponctuation française, comme il y a une langue française : fruit de la tradition et du génie du lieu, part irrempla-çable du patrimoine littéraire mondial. Le sujet ne bénéficie d'ailleurs pas de nombreuses monographies. Un grand éditeur a eu l'honnêteté de l'admettre et le courage d'y remédier par l'ouvrage qui nous occupe. Un chapitre de ce livre couvre chaque signe, la liste des signes traités étant quelque peu limita-tive, n'incluant ainsi ni astérisque ni barre oblique. Mais l'exhaus-tivité n'est pas le propos de cet ouvrage, qui sait pour notre divertissement faire une part à l'histoire des signes de ponc-tuation et aux signes inventés qui ne « prirent » pas, à la théo-rie linguistique et aux exemples choisis. Là où le Drillon mettait à l'honneur la virgule, c'est ici aux points que revient la part du roi. Une bibliographie succincte mais à jour complète le tout.
Romain Vaissermann

LE VERBE CONTRE LA BARBARIE APPRENDRE À NOS ENFANTS À VIVRE ENSEMBLE d’Alain Bentolila
Odile Jacob, 2006, 202 p., 21,90 €
Cet ouvrage, qui a reçu le prix France-Télévision au début de l’année 2007, analyse de façon remarquablement lucide les ra-vages causés, dans une partie non négligeable de la jeunesse, par une insuffisante maîtrise du langage qu’Alain Bentolila appelle « insécurité linguistique ».
Pour y remédier, l’auteur retrace les différentes étapes de l’apprentissage du langage qui devraient conduire l’enfant à comprendre ce qui l’entoure et à exprimer ce qu’il ressent, à la maison d'abord, avec le soutien de la famille, puis à l’école, grâce à une pédagogie appropriée à son âge et à sa personnalité. Le propos n’est ni pédant ni aride : des anecdotes illustrent avec fraîcheur et humour une expérience personnelle, souvent familiale.
Il faut lire le récit d’une tentative d’explication de texte dans une classe technique de ZEP pour entrevoir l’abîme dans lequel est tombée l’Éducation nationale, faute d’avoir pu maîtriser la démocratisation massive de l’enseignement, et l’arrivée d’enfants dont le langage est « incompatible » avec celui des auteurs qui consti-tuent notre culture. Alain Bentolila a le mérite de décrire sans faux-fuyants les deux réactions possibles du professeur face à un tel désastre : maintien de la culture traditionnelle inaccessible à une partie du public, qui devient incontrôlable, ou rejet de l’héritage culturel et enfermement des élèves dans des ghettos d’inculture qui débouchent sur la violence. En effet, la condition d’homme civilisé s’acquiert grâce à la médiation du langage, qui se substitue à la violence du barbare, de celui qui n’appartient pas à la cité des hommes cultivés. Un langage correct – répondant à des règles communes qui rendent possible la communication –, et riche, susceptible d’exprimer avec exactitude l’opinion de chacun, doit permettre de comprendre la parole de l’autre, et de convaincre « ceux que nous n’aimons pas », et qui, pour la même raison, ne nous aiment pas.
Souhaitons que cette réflexion humaniste et ce projet ambi-tieux rencontrent l’écoute qu’ils méritent.
Anne-Marie Lathière

DITES-LE EN COULEURS ! DICO DES EXPRESSIONS FLEURIES de Pierre Merle
Mots & Cie, 2006, 340 p., 13,50 €
Ce n'est pas parce que vous avez « le noir dedans » qu'il faut « avoir les arcanettes », vous pouvez à la rigueur « avaler quelques couleuvres » mais jamais « votre cuillère ou votre chaloupe »... Le Dico des expressions fleuries veut nous en faire voir, et surtout dire, de toutes les couleurs.
La liste des expressions est certes colorée. Dans son avant-propos, l'auteur les annonce « fleuries, savoureuses, jouissives, pimentées, amusantes ou surprenantes ». Il nous prévient que beaucoup d'entre elles sont liées au sexe, à l'alcool et à la drogue. En effet il s'agit le plus souvent de langue verte.
Pour chaque expression nous sont proposées une traduction ou une explication, une datation ou une hypothèse sur son origine. Ainsi apprenons-nous que le fameux « coup de boule », illustré par Zidane l'été dernier, daterait de... 1892 !
Si la lecture de ce dictionnaire est instructive, elle est parfois un peu déconcertante. La liste va du connu (à l'emporte-pièce) au plus rare (à loilp) et du plus ancien (graisser la patte, être sur son propre) au plus récent (être rock'n roll). Car cet ouvrage à la couverture rose et verte est un travail d'érudition, qui fait appel à des travaux de spécialistes qui remontent jusqu'au XVIIIe siècle (Philibert-Joseph Leroux, 1750). Et il comprend une bibliographie de 24 titres.
Dans une seconde partie d'une vingtaine de pages, l'auteur ambitionne de nous convertir à la pratique de la langue fleurie, qu'il affectionne, en nous propo-sant des expressions variées, sur des thèmes divers et classés par ordre alphabétique, qui vont d'Amour à Sport. De quoi fleurir nos conversations ! Succès garanti !
Claudie Beaujeu

L'ÉTONNANT VOYAGE DES MOTS FRANÇAIS DANS LES LANGUES ÉTRANGÈRES de Franck Resplandy
Bartillat, 2006, 208 p., 20 €
Déjà auteur d'un dictionnaire d'expressions idiomatiques (Liberté d'expressions, Hors Collection, 1995), Franck Resplandy s'est entouré de très bons correspondants pour aborder un sujet méconnu : les expressions et mots français utilisés dans les langues étrangères. On connaît bien l'histoire de ces mots français venus des langues étrangères, mais le rayonnement passé et encore présent de notre langue nous réserve des surprises. Du hongrois (smafu, de « je m'en fous ») à l'amharique (babour, de « vapeur ») en passant par le russe ou le persan (fokoli de « faux col »), c'est tout un lot d'inventions que ce livre nous amène à découvrir : raffinesse en allemand, skubilitic en roumain, d'après les « Scoubidous » de Sacha Distel, simoléon mêlant en argot anglo-américain « Simon » (nom familier de la pièce de six pence) et « Napoléon » (le franc-or) – car les termes argotiques ne sont pas oubliés, même s'ils ne donnent pas la meilleure image qui soit de la France.
Chaque article est développé ; de nombreux encadrés, portant sur les doublets roumains ou encore sur le franponais (si !), aèrent le texte et sont bien compris dans l'index final.
Bibliographie à jour, index de sites internet spécialisés : le livre est tout simplement complet, même s'il ne pouvait être exhaustif : allemand, anglais, bulgare, hongrois, italien et turc ont conspiré à faire descendre notre « Madame » de son piédestal, et sans doute d'autres langues encore, le russe à tout le moins.
R. V.

À MOTS DÉCOUVERTS d’Alain Rey
Robert Laffont, 2006, 462 p., 21i€
Linguiste de grand renom, Alain Rey a, par ses chroniques matinales sur les ondes, donné une nouvelle profondeur au vocabulaire de l'actualité. Ce sont certaines de ces chroniques qu'il publie dans cet ouvrage. Partant du sens actuel d'un terme-titre, l'auteur remonte à son origine, ou, du moins, à un moment particulier de son histoire, et présente les changements de sens successifs du mot. Il démontre ainsi de façon probante que la langue évolue avec la société. Elle est certes l'héritière du passé, mais vit dans le présent. C'est dans cette optique que l'auteur aborde, avec un réel souci d'objectivité, le sujet de l'enseignement : « Les admirables fondamentaux... lire, écrire et compter [sont] nécessaires, indispensables, certes, dans une société à écriture. Mais il existe une base, un socle préalable, qui est : penser, parler, comprendre... Ce sont des têtes bien faites, que réclamait Montaigne, pas des ordinateurs et des traitements de texte sur pattes ». Et dans les dernières lignes de l'ouvrage, A. Rey conclut fort pertinemment : « L'antiévolutionnisme pourrait être tout simplement un régressionnisme ».
Claude Gruaz

AU COEUR DES MOTS LES RUBRIQUES DE MONSIEUR DICO de Jacques Mercier Préface d’Alain Berenboom
Éditions Racine, Belgique, 2005, 320 p., 19,95 €
Issu d'une rubrique quotidienne tenue dans La Libre Belgique, ce recueil examine les usages du français contemporain tel qu'il se parle dans la communauté francophone de Belgique.
Facilité et joie de passer du coq à l'âne, par des mots de France – aussi variés que germanopratin, loustic et vernissage – ou de Belgique. Ces derniers ne sont pas les moins intéressants : cuistax et débéloire, racrapoter et wallon. Expressions (l'affaire est dans le sac, le torchon brûle) et anglicismes (hype et lounge) ne sont pas oubliés. La bibliographie montre que l'auteur, par ailleurs très attentif au langage le plus contemporain, sait puiser aux bonnes sources, afin de ne pas asseoir son jugement sur de simples présomptions. Quel est finalement son point de vue ? « Ni puriste, ni laxiste », en accord avec la devise de notre association. Au cœur des mots est à offrir à tous ceux qui ne sont pas abonnés à La Libre Belgique !
R. V.

TOUTE L'ORTHOGRAPHE
TOUTE LA GRAMMAIRE
TOUTE LA CONJUGAISON

de Bénédicte Gaillard et Jean-Pierre Colignon
Magnard, « Les dicos d'or », 2005, 220 p., 256 p. et 222 p., 9,90 €
Il s'agit là de trois livres publiés presque en même temps. Le premier est de facture scolaire, par son plan (l'orthographe et les signes, orthographe lexicale, orthographe grammaticale) comme par la taille de ses leçons, qui toutes tiennent en une seule page – c'est bien commode. Le deuxième, de présentation aussi plaisante, décrit l'essentiel de la grammaire par le menu : de la nature à la fonction, de la proposition à la phrase. Le troisième ne se contente pas de donner les modèles de conjugaison, qu'il commente systématiquement, mais explique les difficultés morphologiques souvent rencontrées à conjuguer asseoir, conclure ou vaincre. Les trois composent une somme qui devrait satisfaire bien des élèves, nombre d'étudiants et maints autres curieux !
R. V.

MOTS DE CUISINE d'Emmanuelle Maisonneuve et Jean-Claude Renard
Buchet/Chastel, 2005, 2 tomes de 120 p. et 132 p., 25 € les deux.
Ce recueil de termes culinaires répartis sur deux tomes, l'un consacré aux « Tours de main et matériel », l'autre aux « Préparations et ingrédients », se présente comme un « dictionnaire ludique, littéraire et informatif ». « Aux gourmands, aux cuisiniers amateurs ou professionnels, aux passionnés de la langue », les auteurs – une journaliste gastronomique et un journaliste littéraire – ont concocté un savoureux livre de référence qui, sous une présentation élégante (cartonnage, papier, typographie, illustrations), est beaucoup plus ambitieux qu'un simple lexique : il témoigne brillamment de l'évolution de la cuisine française. On y puisera avec bonheur pour préciser une notion courante (braiser, chemiser), un vocable ancien (buisson, roux), des termes liés à la grande cuisine traditionnelle (abricoter, fleuron) ou même contemporains (plancha, carpaccio). Les définitions s'appuient sur les sources étymologiques « rebondissant sur l'Histoire, la culture, l'anecdote ». Une bibliographie complète l’ensemble.
Mieux que de simples ouvrages de référence, ces deux volumes se lisent avec bonheur car, s'ils instruisent dans la bonne humeur, ils font aussi appel à notre mémoire des saveurs, à notre imaginaire le plus délicieux. Mais deux charmantes préfaces nous ramènent à la réalité gastronomique et trente-sept recettes originales et point trop savantes font saliver d'envie en attendant le plaisir de leur réalisation et de la dégustation de mets de rêve... Ajoutons que, si vous cherchez une idée de cadeau ou simplement à vous faire plaisir, cet ouvrage ne pourra que vous satisfaire.
C. B.

Signalons aussi :
  • Dans le jardin des mots, de Jacqueline de Romilly, de l’Académie française (Éditions de Fallois, 2007, 318 p., 18 €).
  • Grammaire bleue. La grammaire française en 80 leçons, de Pascale Marson-Zito et Paul Désalmand (Armand Colin, 2007, 505 p., 16,50 €).
  • Mille ans de langue française. Histoire d’une passion, d’Alain Rey, Frédéric Duval et Gilles Siouffi (Perrin, 2007, 1 466 p., 29,80 €).
  • Conversations sur la langue française, de Pierre Encrevé et Michel Braudeau (Gallimard, 2007, 200p., 16,50 €).
Nos adhérents publient
  • Colas colo, Colas colère. Un enfant de France contre les empires, d’Albert Salon (L’Harmattan, « Rue des Écoles », 294 p., 2007, 25,50 €). L’auteur, président d’Avenir de la langue française, est membre de DLF depuis plus de 35 ans. Pour lui, l’Histoire ne doit pas être un perpétuel recommencement, et un avenir libéré et généreux reste à construire. À la fois biographie et essai géopolitique, l’ouvrage exhorte au sursaut de la France contre les hégémonies. C’est un appel vibrant adressé à tous les francophones.
  • Stéphane Marcotte, maître de conférences à Paris-IV-Sorbonne, a traduit en français moderne La Suite du roman de Merlin (Honoré Champion, 2006, 944 p., 19 €), ouvrage au programme des agrégations de lettres en 2007.
  • Notre trésorier, Christophe Faÿ, nous signale deux ouvrages publiés dans sa famille. – Par son fils, Éric Faÿ : Information, parole et délibération. L’entreprise et la question de l’homme (Les Presses de l’Université Laval, 2004, 232 p., 21 €), dans lequel ce professeur-chercheur à l’École de management de Lyon, analyse et démontre l’importance de la parole et de l’écoute pour la vie d’une entreprise. – Par sa nièce, Claire Faÿ : Cahier de gribouillages pour les adultes qui s’ennuient au bureau (Panama, 2006, 50 p., 7,50 € ), album de coloriage plein d’humour, classé pendant plusieurs semaines en tête des meilleures ventes des libraires.
  • Le nouveau Jean-Joseph Julaud est arrivé ! Cette fois, il nous entraîne au fil des siècles en France dans une galerie de quatre-vingts portraits, de Vercingétorix à Jean Zay : Les Petits et Grands Personnages de l’Histoire (Éditions First, 2007, 160 p., 2,90 €).
  • Pour que les étudiants russes retiennent la construction de nos verbes, notre amie moscovite Elena Vladimirova propose autant d’exemples que nécessaire pour chacun des 496 verbes les plus utilisés en français, classés par ordre alphabétique : Avec prépositions ou sans ? (livre bilingue, publié à Moscou en 2006).
  • Christian Colonna, président de la délégation du Loir-et-Cher et auteur de récits de voyages sur le Grand Nord, où il a effectué dix-sept séjours, vient de publier les deux premiers tomes de ses souvenirs d’enfance : Quand Papy allait à l’école. Tome 1 : Les années 50 ; Tome 2 : Les années 60 (A à Z Patrimoine, chaque tome : 252 p., 19 €).
  • Dans Le Petit Livre des grandes fêtes religieuses : judaïsme, christianisme, islam, (Éditions Le Bord de l’Eau, 2006, 160 p., 15 €) Bernard Collignon « propose quelques repères : dates, calendriers, rites et liturgie, coutumes plus ou moins profanes qui s’y rattachent, et bien sûr significations spirituelles ».
  • Après L’Arbre nu (2004) et Éclats de verts (2005), Manoëlle Miquel-Regnauld, lauréate de l’Académie française, a publié un nouvel ouvrage poétique : Appels d’oasis (Éditions Bénévent, 2006, 102 p., 13 €).
  • Avec Culture générale, 101 jeux et Logique, 101 jeux (Archipoche, 2007, 160 p. et 6 € chacun) Jean-Pierre Colignon et Hélène Gest ont décidé une nouvelle fois de nous instruire en nous amusant. À emporter partout.
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