Défense de la langue française   

DLF, n° 225

MIEUX RÉDIGER VOS ÉCRITS PROFESSIONELS de Mireille Brahic
Éditions d’Organisation, 2007, 338 p. 20 €
J’ai observé avec affliction le courrier publicitaire qui échoue dans ma boîte aux lettres, et celui destiné à mon information de client commercial ou d’utilisateur des services publics : maladroit ; style prétentieux, mauvaise présentation, familiarités inconvenantes, impropriétés, anglicismes, redondances, tics de langage à la mode. Nous trouvons dans ce livre un inventaire des méthodes d’écriture : les erreurs de néophyte à proscrire, la structuration d’une lettre professionnelle, qu’elle vienne d’une administration ou d’une entreprise commerciale, les formules recommandées ou déconseillées, la concision indispensable, les gaffes à éviter, l’évolution du texte, la valeur juridique d’un document, la psychologie du destinataire... On apprend ainsi à rédiger dans les meilleures formes tout aussi bien les lettres que les courriels, comptes rendus, notes, analyses ; à rendre l’information aussi efficace que possible, à « viser juste ». Tout ce qu’il faut pour être lu et bien compris. Comment traiter un sujet ; les ordres de priorité. Des conseils de grammaire et de nombreux exercices. À mettre entre toutes les mains de rédacteurs du secteur public ou privé, pour notre agrément d’usagers ou de clients. Mais le particulier y trouvera aussi des conseils avisés.
Jacques PÉPIN

ARGOT, VERLAN ET TCHATCHES de Pierre Merle
Milan, « Les Essentiels », 2006, 63 p., 5,50 €
Le langage qu'on peut appeler non conventionnel a envahi la rue, l'oral et l'écrit. Ce qui explique la nouvelle édition du livre de Pierre Merle, qui s'adresse à tous ceux que laisse perplexe ce phénomène de société. Dans ce menu volume on trouvera, outre une tentative de définition des différents modes d'expression concernés, un historique de leur apparition, qui s'étend de la langue des gueux des Cours des miracles et coquillards au parler des banlieues actuel. Il évoque d'abord les divers « milieux », plus ou moins louches, dans lesquels se développe une langue marginale, liée aux conditions sociales, économiques, politiques et même techniques de l'époque. Depuis Villon et Rabelais, cette forme d'expression populaire a inspiré les écrivains, notamment Victor Hugo, Carco, Céline, San Antonio... Et le recours à la langue verte est fréquent aussi dans le cinéma, la poésie, la chanson, le rap.
On se réjouira de trouver dans ce fascicule des codes qui faciliteront le décryptage des largonji, louchébem, javanais, cadogan, et surtout du verlan, notoire pour son succès et sa fonction identitaire. Notons que ce petit traité ne se veut pas seulement théorique, l'auteur nous invite aux travaux pratiques en nous indiquant des lieux parisiens, authentiques, à fréquenter. Pour enrichir notre culture, figurent, en dernière partie, un petit lexique d'argot (2 p.),un glossaire (1 p.), une bibliographie filmographie (2 p.) et un index. On ne pouvait mieux faire en 60 petites pages, d'une typographie élégante, et agrémentées de dessins humoristiques. Bravo !
Claudie Beaujeu

PARLEZ-VOUS ARGOT ? Dictionnaire argot-français d’après Napoléon Hayard Éditions d’Orbestier, « Le jeu des mots », 2006, 132 p., 9,50 €
Dans cette petite collection qui a vu le jour en Vendée, et qui s’intéresse aux langues vernaculaires, le volume Parlez-vous argot ? est une réédition partielle d’un ouvrage antérieur. Le Dictionnaire d’argot, publié en 1907, après la mort de son auteur, est l’œuvre de celui que l’on appelait « le prince des camelots », que son sens du commerce et ses tenues excentriques avaient rendu célèbre.
Les mots qui ont été retenus ici, et qui appartiennent à la langue que parlait le Paris populaire entre la seconde moitié du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale, sont le reflet des préoccupations d’une société citadine modeste, souvent délinquante, où la prostitution, les embrouilles, la prison, l’échafaud même, sont évoqués avec humour, grâce à des expressions hautes en couleur. L’argot est destiné à isoler, à garder secret un monde en marge des classes dirigeantes, et qui prend sa revanche grâce à la désinvolture.
Comme toutes les langues, l’argot évolue avec les mœurs et les besoins de la société ; mais souvent pour des raisons obscures. C’est ainsi que l’on rencontre des mots dont le sens a changé : le terme casserole désignait jadis un marchand. D’autres semblent avoir définitivement disparu, pour autant que l’on puisse juger de la perma-nence d’un langage non officiel. Mais on constate que de nom-breux termes sont passés dans la langue courante contemporaine. La mode du film noir, le mythe du titi parisien, un certain goût des classes moyennes et supérieures pour le langage branché, les ont maintenus en vie (filer quelqu’un, monter un bateau...).
La présentation très soignée de l’ouvrage est en harmonie avec son contenu : avant chaque lettre, une photographie ancienne fait tenir à un personnage, dans une bulle, un langage argotique souvent décalé. Ce goût pour les travaux pratiques se retrouve après chaque lettre, où l’on propose un exercice de style argot-français.
Un petit livre qui réjouira tout particulièrement ceux que, dans les dialogues de Michel Audiard, on appelle des « caves ».
Anne-Marie Lathière

PARLEZ-VOUS LE PATOIS DE PARIS ? d’après Charles Nisard et d’Hautel
Éditions d’Orbestier, « Le jeu des mots », 2006, 132 p., 9,50 €
Dans la même collection, le titre d’un autre ouvrage, Parlez-vous le patois de Paris ?, se présente comme une sorte d’oxymore. Un patois est en effet le parler d’une région rurale. Il désigne ici la langue supposée du petit peuple de Paris avant la Révolution, la capitale constituant, à elle seule, une province.
Cet ouvrage s’inspire de l’Étude sur le langage populaire et le patois de Paris et de sa banlieue publiée en 1872 par Charles Nisard, membre de l’Institut, et du Dictionnaire du bas langage ou des manières de parler usitées parmi le peuple, édité en 1808, œuvre de D’Hautel.
Ces deux auteurs avaient trouvé des témoignages de ce parler, dont l’existence hors de la scène a parfois été mise en doute, dans le théâtre « poissard », ancêtre de notre théâtre de boulevard, du XVIIe et du XVIIIe siècles principalement. La « langue poissarde » corrompt la langue « officielle » pour créer un effet burlesque. À cet effet, elle déforme les mots, souvent par adjonction de suffixes, qui leur donnent des sonorités vulgaires ou paysannes : « éducance » remplace éducation ; « entrevoyure », entrevue ; « drôlibus », drôle, etc. Ces mots ont disparu dans leur presque totalité.
Charles Nisard avait pris soin de préciser que ces « ”parisianismes” n'étaient pas de nature à être revendiqués par l’argot, quoi qu’ils aient avec lui un air de famille ». Et il définissait l’argot (mot qui désigne, au sens propre, les extrémités des membres, les mains et les pieds), comme un patois à l’intérieur du patois parisien : « Le langage des porte-balles entre eux, qui se compose en partie de termes burlesques... et le patois des vauriens, des filous, qui est inintelligible pour les honnêtes gens. »
Nous retrouvons dans cet ouvrage la présentation élégante déjà signalée. Le texte est agrémenté de reproductions d’estampes, œuvres du graveur Larmessin, qui ornait des livres publiés à la fin du XVIIe siècle.
A.-M. L.

LES PROGRAMMES SCOLAIRES AU PIQUET
Textuel, 2006, 176 p., 19 €
Cet ouvrage est écrit par « un collectif d'enseignants en colère », et tout parent devrait le lire. Il se dévore comme un roman policier, hélas réel, où c'est une langue qu'on assassine : la nôtre. Du primaire au lycée, des mathéma-tiques au français, tous les textes encore officiels (pour peu de temps) sont disséqués avec impartialité ; les manuels appliquant les programmes sont finement lus et cités. Le constat est accablant. Nous reprendrons particulièrement les conclusions du chapitre deux, consacré à l'enseignement du français : tout y est maintenant « discours » (narratif, descriptif, explicatif, argumentatif), la grammaire est devenue un simple « outil de la langue », la conjugaison est totalement dépréciée comme exercice de pure mémoire. Même la façon de noter change en mal : l'évaluation devient positive, mais on valorise les graphies correctes au lieu de sanctionner les erreurs (comme si un mot avec deux lettres de trop était vu globalement comme juste, et comme si un mot avec deuxilettres de moins était juste... quant aux autres lettres présentes).
Tous les adhérents de DLF doivent soutenir les efforts faits par certains enseignants contre les nouvelles méthodes d'enseignement de la grammaire française.
Romain Vaissermann

BIEN PARLER, BIEN LIRE, BIEN ÉCRIRE de Ghislaine Wettstein-Badour
Eyrolles, 2005, 188 p., 14 €
Ce livre pourrait presque se présenter comme un outil d'autoformation, même si les parents jouent un rôle irremplaçable dans l'apprentissage de la langue. Son auteur, médecin généraliste, exerce en libéral depuis plus de 35 ans et a accompagné de nombreux enfants d'âge scolaire en difficulté. Pour les aider, elle a mis au point des méthodes optimisées d'apprentissage de la lecture, de l'écriture et de l'orthographe, qui peuvent servir aussi à des adultes, qu'ils soient ou non dyslexiques. Pour que son intelligence se développe, l'enfant doit maîtriser ces trois activités. Afin de les aider dans leur rôle éducatif, ce petit guide pratique donne des conseils précieux aux parents. Des pathologies comme la surdité, les déficits intellectuels, l'autisme, la dysphasie, le bégaiement sont définies. La répétition des exercices est justifiée comme une exigence neurologique. Les méfaits de la latéralisation contrariée sont exposés. On le voit, l'ensemble des sujets traités est vaste, pour le bonheur du lecteur.
R. V.

HUGO ET LES ROIS HÊTRE ET AVOIR
HUGO JOUE À CACHE-CACHE AVEC LES ROIS
HUGO AU ROYAUME DES SUJETS DANGEREUX

d’Anne-Marie Gaignard
Le Robert, « Les secrets de grammaire de la fée Nina », 2003 (1er volume) et 2004 (les deux autres), 48 p., 9 €
Voici les trois premiers volumes d'une collection consacrée à la grammaire et à destination des enfants de 8-12 ans. Il s'agit de rendre attrayante une matière qui passe pour austère et d'aplanir diverses difficultés : l'accord des participes passés (les deux premiers volumes), celui du sujet avec le verbe (volume III). Un conte de fées distrait le lecteur, tout en amenant le héros à résoudre diverses énigmes qui sont autant de textes grammaticaux à trous. Ultime stade infantilisant de la littérature pédagogique ? Il semble, au contraire, que ces livres dé-coulent des bons résultats obtenus par leur auteur dans sa longue pratique de formation et d'une idée originale mais qui n'encombre pas trop la mémoire de considérations accessoires. Ces trois ouvrages sont d'excellente facture : couleurs vives, dessins pleins d'entrain, couverture cartonnée, papier agréable. Seule la typographie, incohérente, fatigue quelque peu l'œil.
R. V.

Signalons aussi :
  • Aille ail aïe... ma langue est malade ! 80 jeux pour tester vos connaissances en orthographe, de Jean-Pierre Colignon (L’Archipel, 2007, 240 p., 17,95 €).
  • Le Privilège du français, d’Axel Maugey (Humanitas, 2007, 183 p., 23,50 €, en vente à la Librairie du Québec, 30, rue Gay-Lussac, 75005 Paris, tél. : 01 43 54 49 02).
  • La Révolte des accents, d’Erik Orsenna, de l’Académie française (Stock, 2007, 146 p., 13,50 €).
  • Une langue orpheline, de Bernard Cerquiglini (Les Éditions de Minuit, 2007, 236 p., 21,50 €).
  • La comtesse de Pimbêche. Et autres étymologies curieuses, de Pierre Larousse (Points, « Le goût des mots », 2007, 126 p., 5 €).
  • Vous n'aurez pas le dernier mot ! Petite anthologie désinvolte des plus belles reparties, de Jean Piat et Patrick Wajsman (Albin Michel, 2007, 232 p., 10 €).
  • Mot pour mot. Kel ortograf pr 2m1 ?, de Vincent Cespedes (Flammarion, 2007, 288 p., 17 €).
  • Le Bon Usage, de Maurice Grevisse et André Goosse (De Boeck/Duculot, 2007, 14e édition, 1600 p., 79 €).
  • Abdou Diouf et l’Organisation internationale de la Francophonie, textes rassemblés par Lamine Tirera (L’Harmattan, 2006, 404 p., 32 €).
  • La Typographie. Cent règles, de Patrick Boman et Christian Laucou, illustrations de Pascal Jousselin (Le Polygraphe éditeur, 2005, 96 p., 7 €).
Nos adhérents publient
  • Après le grand succès du Lexique nouveau de la langue grecque (2006), Philippe Guisard et Christelle Laizé viennent de publier, chez le même éditeur, le Lexique nouveau de la langue latine (Ellipses, 2007, 548 p., 25 € ).
  • Sur les conseils de l’écrivain Henri Girard, le Cercle littéraire des écrivains cheminots a décidé de rééditer deux des romans d’Étienne Cattin, consacrés au monde ferroviaire au moment de l’abandon de la vapeur : Les Dévorants (2006, 226ip.), préfacé par Jean-Roger Baudot, et La Fin des dévorants (2007, 288 p.), préfacé par notre ami Raymond Besson (L’Arganier, « La belle ouvrage », 18 €). Monde et vocabulaire à découvrir – lexique à l’appui –, livres à... dévorer.
  • Dans les Cahiers Roucher-André Chénier.* Études sur la poésie du XVIIIe siècle (n° 26, 2007), Édouard Guitton rend hommage à Jean Deprun et Pierre Naudin, universitaires récemment disparus. De leur thèse respective (l’une publiée chez Vrin en 1979, l’autre chez Klincksieck en 1995), M. Guitton affirme qu’il s’agit de « vastes enquêtes recouvrant le siècle des Lumières dans sa totalité... ».
    * CRAC, Mme Marie Breguet, 123, avenue Mozart, 75016 Paris.
  • Pour ceux qui veulent étudier les guerres antiques, Frédéric Bey propose Rome du Ier siècle avant J.-C. au ve siècle après J.-C. La légion romaine au service de l’Empire (Histoire et Collections, « Jeux et stratégies, 2006, 84 p., illustrations de Giuseppe Rava , 15,50 €).
  • À lire, entre autres, dans Le Nénuphar (n° 47) « Sniff », article de Jacques Wolgensinger sur les parfums – et les odeurs – décrits par les écrivains. Le Nénuphar, BP 1738, 30, avenue Saint-Jean-Baptiste, 06000 Nice.
  • Chaque trimestre, le Cercle Poésie-Partage permet de redécouvrir un poète belge, tel, dans le numéro 39, Albrecht Rodenbach (1856-1880), « héraut de la jeunesse flamande ».
    Cercle Poésie-Partage, 27, rue Maigret, B-7330 Saint-Ghislain, Belgique.
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