Défense de la langue française   

DLF, n° 226

THE DEFENCE OF FRENCH A LANGUAGE IN CRISIS ? de Robin Adamson
Multilingual Matters, 2007, 200p., .29,56 £ sur le site de l'éditeur.
Que ce livre de langue anglaise ne décourage pas le lecteur ! Robin Adamson, professeur d'université en Australie, officier des Palmes académiques, avoue une « longue liaison amoureuse » avec le français. Elle nous livre une réflexion intelligente sur l'origine de notre langue, et sur ses rapports avec le pouvoir, marqués par de grandes dates : ordonnance de Villers-Cotterêts, création de l'Académie française, Révolution de 1789 qui impose le français comme langue nationale, comprise et parlée par tous les citoyens (Barère et l'abbé Grégoire partent en guerre contre les patois). Citons encore, au XIXe siècle, l'influence des lycées créés en 1807 par Napoléon, de l'école primaire (« une école pour une commune, une École normale par département »), des Alliances françaises et au xxe siècle l'action de la Francophonie. Une langue en crise ?, s'interroge l'auteur.
Après avoir présenté les politiques linguistiques d'autres pays européens (Italie, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni) et noté au passage le caractère singulier de la loi Toubon, Robin Adamson en arrive à la conclusion que le français « n'est pas un être fragile » : il n'a pas cessé d'évoluer depuis François ler, et, aussi longtemps qu'il pourra s'adapter avec souplesse et créativité aux changements dont les usagers ont besoin, il ne mourra pas.
Ajoutons que chaque chapitre offre des tableaux très complets : liste des groupements professionnels, des organisations non gouvernementales, structures administratives de la Francophonie, dates de ses sommets... ainsi que la liste de tous les sigles employés. Enfin, de nombreuses notes rédigées en français facilitent la compréhension de l'ensemble de l'ouvrage.
Corinne MALLARMÉ

MAIN BASSE SUR...LA LANGUE FRANÇAISE de Paul-André Maur
Préface de Paul-Marie Coûteaux
Via Romana, « Gladius » (5, rue du Maréchal-Joffre, 78000 Versailles), 2007, 74 p., 10 €
Voici un petit ouvrage... par les dimensions, mais dont la valeur ne se mesure pas heureusement au nombre des pages. C'est le diagnostic d'une personnalité qui a examiné avec soin et scrupule l'état de la langue française. Notre langue n'est pas en bonne santé. « La vulgarité et même la grossièreté sapent le bon goût français ; la syntaxe la plus relâchée sévit en particulier dans le domaine de la publicité. » La féminisation imbécile des noms de fonction, « l'idéologie qui préside au retour du tutoiement sans-culotte » jusque dans la liturgie, les méthodes d'enseignement qui ne produisent pas seulement des analphabètes, mais aussi des dyslexiques s'ajoutent au déclin de la famille, à la prédominance de la télévision et à une pédagogie saturée d'idéologie pour fragiliser notre langue. Auteur de ce constat, Paul-André Maur ne veut pas être complètement désespérant et rassemble quelques raisons d'espérer, quelques balises pour un chemin de résurrection. Quand le mal est dénoncé, il est plus facile d'y remédier. À ces pages lumineuses et essentielles par leur précision et par leur sévérité, mais aussi revigorantes, Paul-Marie Coûteaux donne une préface dans laquelle il affirme justement : « ... la question n'est pas tant l'abandon de la langue par les Français que l'abandon d'eux-mêmes en tant qu'ils sont français. »
Jacques DHAUSSY

LA DÉBÂCLE DE L'ÉCOLE UNE TRAGÉDIE INCOMPRISE présentée par Laurent Lafforgue et Liliane Lurçat
François Xavier de Guibert, 2007, 248 p., 22 €
Ce livre - remarquable et terrible - regroupe les témoignages et les analyses de spécialistes et d'une trentaine de professeurs qui couvrent la totalité du champ de l'enseignement, depuis l'école primaire jusqu'aux plus hautes études supérieures. Il décrit avec une précision clinique la situation catastrophique où nous sommes arrivés et l'importance fondamentale de l'enseignement du français. La régression est telle qu'un très grand mathématicien comme Laurent Lafforgue, lauréat de la médaille Fields, déclare même que « le défaut de maîtrise de leur propre langue hypothèque de plus en plus l'enseignement des sciences ». La comparaison avec le système éducatif que nous avions il y a encore trente ans et les pratiques de certains de nos voisins mettent en lumière ce travail de destruction aux si lourdes conséquences. Ce constat dramatique se termine sur une note d'espérance : nous savons ce qu'il faut faire et comment faire.
G. M.-V.

LE MAUVAIS TOUR DE BABEL PÉRÉGRINATIONS LUDIQUES AU ROYAUME DES MOTS de Bernie de Tours préface de Jacqueline de Romilly, de l'Académie française
Scali, 2007, 608 p., 29 €
Le livre de notre ami Bernie de Tours est une véritable gourmandise. Entre dictionnaire et encyclopédie, c'est un ouvrage où le lecteur découvre tout sur les mots, leur origine, leur sens dans différentes langues et les expressions construites autour d'eux. La passion de Bernie pour la langue française, et pour toutes les langues, est communicative. Dans une première partie analytique, il nous fait découvrir les familles linguistiques, les phénomènes étymologiques et autres « curiosités linguistiques ». La seconde partie, présentée comme un dictionnaire des mots essentiels, est un bonheur de lecture et un enrichissement permanent. On y apprend, par exemple, que la désinvolture est au fond un mélange de « savoir-faire » et de « dévergondage », ou que le mot kitsch vient d'un verbe allemand, qui signifie « rafistoler ce qui est ringard pour en faciliter la vente ».
G. M.-V.

MY RENDEZ-VOUS WITH A FEMME FATALE LES MOTS FRANÇAIS DANS LES LANGUES ÉTRANGÈRES de Franck Resplandy
Points, « Le goût des mots », 2007, 286 p., 7 €
Bien sûr le français continue d'adopter beaucoup de mots venant de langues étrangères, et pas toujours à bon escient... Mais les autres également nous font nombre d'emprunts, quelquefois méconnaissables d'ailleurs, et nous devons nous en réjouir. Une affaire aux États-Unis est une relation amoureuse, qui, en Italie, se déroule dans une garçonnière, où mieux vaut ne pas coucher dans un étui allemand, même couvert d'un gros plumeau. En Angleterre, il fait bon demeurer au bout d'un cul-de-sac, et vous pouvez vous régaler d'une savoureuse casserole. Mais allez-vous deviner le sens d'un palefrenier néerlandais, d'un fédora étatsunien, d'une sharmoutah égyptienne, d'un farmazon russe ?
Nicole VALLÉE

QUAND LA RAISON N'A PLUS RAISON LES MOTS DE LA BÊTISE À LA FOLIE
de Jean-Paul Colin
Lambert-Lucas, 2006, 258 p., 24 €
Recueil des mots français « propres à désigner les égarements de l'esprit », ce livre a le mérite de n'utiliser que des citations de première main et de ne pas reprendre les textes exploités par le Dictionnaire de l'argot (déjà deux fois réédité depuis 1990) du même auteur. Bécasse et bêta (qui en reste à la deuxième lettre de l'alphabet grec), godiche et gogol (mot apparenté autant à gogo qu'à mongolien et favorisé par le chanteur de rock alternatif français « Gogol 1er », auteur de l'album Vite avant la saisie en 1982), truffe et veau n'auront plus de secrets pour vous ! Quant au terme quoniam bonus, signalé comme « mystérieux », il provient du psaume 107 « Confitemini Domino, quoniam bonus, / Quoniam in sœculum misericordia ejus. », que Marot traduisit, à l'instigation de François Ier : « Donnez au Seigneur gloyre, / Il est doulx, et clement, / Et sa bonté notoyre / Dure eternellement. » Le terme possède deux sens principaux. Érotique, il désigne par rencontre phonétique le sexe féminin [con] - la Kabbale invoque par le psaume 107 le 68e génie, spécialiste de la fécondité... Quoniam bonus peut aussi désigner quelqu'un de stupide, par exemple chez les frères Goncourt, dans Les Hommes de lettres (1860, chap. LXXVIII « Voyons, qu'est-ce qu'il te faut ?... Qu'est-ce qu'il y a pour ton service : et ne fais pas ton quoniambonus... »). Nerval, dans Angélique, cite une chanson provinciale (5e lettre : « Suite de l'histoire de la grand'tante de l'abbé de Bucquoy ») qui utilise l'expression en un autre sens. « On lui a demandé : / Où est votre congé ? / - Le congé que j'ai pris, / Il est sous mes souliers !/ La réponse est jolie Mais le refrain est terrible : Spiritus sanctus, / Quoniam bonus ! Ce qui indique suffisamment que le soldat n'a pas bien fini... » On le constate la langue argotique n'a pas fini de nous surprendre. Ses chemins s'égarent parfois, même quand elle prétend jeter l'opprobre sur des gens fous et stupides.
Romain Vaisserrnann

ABRACADABRANTESQUE DICTIONNAIRE DES MOTS INVENTÉS PAR LES ÉCRIVAINS DES XIXE ET XXE SIÈCLES de Maurice Rheims.
Larousse, « Le souffle des mots », 2004, 360 p., 9,90 €
C'est bel et bien au « Coeur volé » de Rimbaud qu'un président a emprunté le mot délicieux pris pour titre de cet ouvrage. Et vous allez en découvrir une foule d'autres, qui vous permettront d'étonner, intriguer, amuser, voire indigner votre entourage. De berlu à fosseleux, de criticule à orphanité, de graffouillage à pudibondieuserie, ils s'y sont tous mis, Aragon..., Chateaubriand..., Baudelaire..., Giono..., Queneau... pour nous frivoliser, nous printaner et même nous walpurgiser.
N. V.

Signalons aussi :
  • Mauvaise langue, de Cécile Ladjali (Seuil, « Non conforme », 2007, 192 p., 16 €), ouvrage auquel le jury Femina vient de décerner le « Prix pour la défense de la langue française » (sic).
  • La Grammaire en s'amusant, de Patrick Rambaud (Grasset, 2007, 194 p., 11,90 €)
  • Le français mal-t-à-propos, de Pierre Merle (L'Archipel, 2007, 264 p., 17,95 €).
  • Secrets des expressions fYançaises, de Colette Guillemard (Bartillat, 2007, 530 p., 25 €).
  • Le Pourquoi des choses. T II. Origine des mots, etprt-ssions et usages curieux, d'Anne Poulet
    (Le Cherche midi, 2007, 128 p., 4 €).
  • Apprendre à lire. La querelle des méthodes, de Geneviève Krick, Janine Reichstadt et Jean¬Pierre Telrail (Gallimard, « Le débat », 2007, 144 p., 13,50 €).
  • Orthographe : à qui la faute ?, de Danièle Manesse et Danièle Cogis
    (ESF éditeur, 2007, 256 p., 19,90 €).
  • La Querelle de l'école, sous la direction d'Alain Finkielkraut (Stock/Panama, 2007, 240 p., 17,50 €).
  • Parlez-vous québécois ?, de Claire Armange (Éditions d'Orbestier, 2007, 168 p., 9,50 €).
  • Aux éditions Points, dans la collection « Le goût des mots », en 2007
    - L'Art de la ponctuation. Le point, la virgule et autres signes fort utiles, d'Olivier Houdart et Sylvie Prioul (224 p., 6,50 €).
    Les carottes sont jetées. Quand les expressions perdent la boule, d'Olivier Marchon (128 p., 5 €).
    - Les Chaussettes de l'archiduchesse. Et autres défis de la prononciation, de Julos Beaucarne, avec la participation de Pierre Jaskarzec (160 p., 5,50 €).
    - Chihuaha, zébu et Cie. L'étonnante histoire des noms d'animaux, d'Henriette Walter et Pierre Avenas (322 p., 7 €).
    - Dans les bras de Morphée. Histoire des expressions nées de la mythologie, d'Isabelle Korda (192 p., 6 €).
    - Parlez-vous la langue de bois ? Petit traité de manipulation à l'usage des innocents, de Martine Chosson (256 p., 6,50 €).
  • Dictionnaire étymologique, de Raymond Jacquenod (Éditions de la Seine, 2006, 704 p., 3 €).
  • Petite grammaire française, avec exercices corrigés, d'Êve-Marie Halba
    (Ellipses, 2002, 176 p., 7,50 €).
Nos adhérents publient
  • Deux cents questions à choix multiples, autant de réponses complétées par une explication détaillée ou par une information supplémentaire - les unes et les autres illustrées par Trez -, huit pages de discographie, neuf de bibliographie, des chansons et un index, c'est le nouveau livre de Jean-Pierre Colignon : Ma Bretagne... La connaître et l'aimer en s'amusant (Jean Picollec, 2007, 320 p., 19 €).
  • Après Le Petit Livre des grandes dates de l'Histoire de France (2006) et Les Petits et Grands Personnages de l'Histoire (2007), Jean-Joseph Julaud publie un nouvel ouvrage à glisser dans toutes les poches. Il parvient, cette fois, à nous remettre en mémoire - de Charles d'Orléans à Marguerite Duras - la vie et l'œuvre des auteurs les plus connus de la littérature française : Les Grands Écrivains. Le top 50 des écrivains français (Éditions First, 2007, 160 p., 2,90 €). On remarquera que l'auteur s'est amusé à présenter Victor Hugo en alexandrins.
  • Si, malgré les éloges (voir DLF, n° 217, p. 60), vous ne possédez pas encore Particularités et finesses de la langue française, de Pascal-Raphaël Ambrogi, n'hésitez plus. Ce riche dictionnaire du bon usage vient de paraître en livre de poche
    (10/18, « Bibliothèques », 304 p., 7,80 €).
  • Jean-Yves Maleuvre vient de mettre en ligne sa nouvelle traduction commentée des Odes d'Horace. Rendez-vous sur le site espace-horace.org, à la rubrique « CACOZELIA LATENS ».
  • Dans Percer les murs. Inspirations poétiques (Lume, 2007, 112 p., 15 ), la plupart des poèmes d'Adrien Guy Pérez Yeste sont fulgurants, et remarquables les vingt-quatre photographies de Daniel Gendre, qui les illustrent.
  • Qu'ils sont jolis-et nostalgiques-les poèmes qu'Alfred Herman dédie à sa « femme adorée », dans Moisson pour un hiver (Éditions du Madrier, Suisse, 2007, 58 p.) ! Cet ouvrage a reçu le 2e prix de poésie Wilfrid-Lucas, prix décerné par la Société des poètes et artistes de France.
  • Étienne Vaillant s'amuse, dans son Journal des mots rares et précieux (n° 2), à décrire avec un vocabulaire recherché la journée de la 3e Dictée qu'il a organisée à Saint-Quentin (Aisne) le 20 octobre.
    Club des mots rares et précieux, 16, rue de Bel Air, 02100 Saint-Quentin,
    courriel : evaillant.motsraresetprecieux@orange.fr
  • À la rubrique « Libre propos » de poésie¬partage (n°40), Marcellin Nisolle s'étonne que le Petit Larousse illustré 2008 déclare comme belges les mots arsouille, dérocher et emmanchure. À l'appui du Dictionnaire de l'Académie française, il démontre que ces mots sont français : arsouille depuis le XVIIIe siècle ; dérocher depuis le XIIe dans le sens de « tomber d'une paroi rocheuse » et emmanchure depuis le XVe siècle.
    Poésie partage, 27, rue Maigret, 7330 Saint-Ghislain Belgique, tél. : 065/77 04 35.
  • Dans Le Dévorant (n° 226), revue du Cercle littéraire des écrivains cheminots, Raymond Besson rend hommage à l'écrivain maudit que fut Violette Leduc (1907-1972).
    CLEC, 7-9, rue du Château-Landon, 75010 Paris, courriel : raymond.besson.clec@orange.fr
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