Défense de la langue française   

DLF, n° 227

ORTHOGRAPHIER, de Michel Fayol et Jean-Pierre Jaffré
Presses universitaires de France, « Apprendre », 2008, 240 p., 18 €
Voici un ouvrage qui passionnera quiconque s’intéresse, à quelque titre que ce soit, à l’orthographe. Rédigé par deux des meilleurs spécialistes du domaine, il comporte deux parties. Dans la première partie, linguistique, Jean-Pierre Jaffré situe l’orthographe dans le cadre large des systèmes d’écritures dont il souligne la mixité, chacun d’entre eux prenant en compte, dans des proportions variables, à la fois la transcription des sons et l’expression du sens. Une place particulière est réservée à l’orthographe du français dont on comprend mieux la spécificité et les raisons de sa complexité. Dans la seconde partie, psycholinguistique, Michel Fayol s’intéresse à l’acte d’orthographier et aux différentes stratégies mises en oeuvre par l’apprenant. Sont ainsi abordées les difficultés inhérentes au système orthographique français et la pertinence des diverses démarches pédagogiques à départ phonologique, morphologique et lexical. Outre le texte suivi, divisé en chapitres dont le contenu est bien délimité, l’ouvrage comprend des « à-côtés » qui relatent des expériences ou rendent compte de lectures, faisant ainsi de l’ensemble un livre dont on se plait à souligner à la fois la richesse du contenu et la clarté de l’expression. On ne peut que se féliciter qu’un ouvrage français aborde ces questions fondamentales qui, jusqu’à présent, ont surtout fait l’objet de publications en langue anglaise, ce qui peut expliquer, sans les justifier, les approximations et imprécisions que l’on relève dans bon nombre d’articles français sur l’orthographe.
Claude Gruaz

COMMENT FAIRE POUR APPRENDRE À LIRE ?, de Laure Dumont
Bayard jeunesse, « Les petits guides J'AIME LIRE », 2007, 57 p., 3,90 €
Êtes-vous en faveur de la méthode syllabique ou de la méthode globale ?
L'histoire de l'apprentissage de la lecture est complexe et les non-spécialistes avaient besoin de ce mince ouvrage pour y voir clair. L'auteur, jeune journaliste mère de trois enfants, s'est spécialisée dans les questions d'éducation ; elle présente clairement les différentes méthodes d'acquisition de la lecture, les raisons ou circonstances qui ont favorisé l'apparition de l'une ou de l'autre dans des pays donnés. Ainsi elle explique pourquoi telle méthode convient à tel type de langue, comment, par exemple, un simple déchiffrage syllabique permet de lire le finnois – langue « transparente » à 100% –, alors que pour l'anglais – langue « opaque » – le problème se révèle beaucoup plus ardu. On apprendra que notre français est une langue « semi-opaque », qui présente un taux de correspondance graphème/phonème de 80 % environ. D'où les diverses approches pour maîtriser la lecture.
Ce « petit guide », de présentation attrayante (typographie variée, alternance de couleurs appropriée, encadrés), évoque les différents facteurs qui jouent un rôle dans la rencontre d'un enfant avec le texte : l'importance du CP, des maîtres, des dispositions de l'élève et de l'attitude de ses parents, entre autres. On y lit que les méthodes les plus récentes bénéficient des recherches de spécialistes du langage, psychopédiatres, neurologues, orthophonistes. L'auteur conseille, dans la plupart des cas, de faire confiance à la compétence des maîtres de l’Éducation nationale.
Ce livre sympathique a pour objet d'aider les jeunes parents, de les informer sur la loi et le système scolaire, comme de les rassurer. Les grands-parents y trouveront aussi matière à réflexion. Un court lexique permet de comprendre ce qui distingue une méthode d'une autre. S'y ajoutent une page de « notes » très intéressantes, et une liste de lectures destinées les unes aux parents, les autres aux enfants. Le sujet était vaste et générateur de polémiques. Laure Dumont le traite avec intelligence et un enthousiame contagieux : on aime la lire, elle a le moral et nous le fait partager. Merci !
Claudie Beaujeu

PIERRETTE QUI ROULE, LES TERMINAISONS DANGEREUSES, de Claude Duneton
Mots et Cie, 2007, 128 p., 9 €
À la suite du titre un tantinet provocant, on lit encore « Pêcheuse ou pécheresse? Dieu seul le sait. » Pourtant, sous sa couverture mauve et rose, cet essai traite d'un sujet qui a suscité de nombreux débats,et que l'on hésite parfois à aborder au risque de s'opposer à ses plus chers amis : la féminisation des noms de fonction. Avec l'esprit et la verve que nous lui connaissons, Claude Duneton explique comment l'histoire de la langue justifie les hésitations, pourquoi, par exemple, les terminaisons en euse (théâtreuse) ont une connotation moins noble que celles en trice (institutrice), et comment, lorsque « la place est prise », il est difficile de créer la nouvelle forme qui irait de soi : ainsi le féminin d'un gourmet n'est pas une gourmette, ni celui d'un marin, une marine...
Alliant humour et érudition, de savoureuses remarques, qui font souvent appel à la sociologie ou la psychologie, mettent en relief certaines caractéristiques de notre langue, avec ses raretés comme ses illogismes. Tout en s'amusant, on apprend à nuancer son opinion, à mieux cerner cette question épineuse de la féminisation du langage, qui n'a pas fini d'évoluer et – croit l'auteur – prendra fin... dès que le regard des hommes sur les femmes se féminisera ! Il est permis d'être optimiste !
Claudie Beaujeu

PARLEZ-VOUS LA LANGUE DE BOIS ? PETIT TRAITÉ DE MANIPULATION À L’USAGE DES INNOCENTS, de Martine Chosson
Points-Seuil, « Le goût des mots », 2007, 254 p., 6,50 €
Avertissons tout de suite le futur lecteur: cet ouvrage, plutôt amusant et spirituel, plus que de la « langue de bois » (« langage figé de la propagande politique », dixit Le Petit Robert), traite des formules de politesse, diplomatiques, politiquement correctes, litotes et euphémismes, bref de ce qui, somme toute, met de l’huile dans les rouages de nos relations sociales. Il n’en est pas moins pertinent et recommandable.
Nicole Vallée

SECRETS DES EXPRESSIONS FRANÇAISES,
de Colette Guillemard
Bartillat, 2007, 530 p., 25 €
Voici, repris en un volume, deux précédents ouvrages, La Fin des haricots et L’affaire est dans le sac, rassemblant eux-mêmes les chroniques de l’auteur (malheureusement décédée) publiées dans Le Figaro. On y retrouve l’origine et l’explication de toutes sortes d’expressions savoureuses, de très anciennes, comme « le pays de Cocagne », à de toutes nouvelles, comme « être scotché », « c’est clair », ou le triste « dégraisser ». Toutefois, nous regrettons l’absence d’une bibliographie, ou de remerciements, qui figurent en général dans ce genre d’ouvrages.
Nicole Vallée

LE NOIR, d’Annie Mollard-Desfour, préface de Pierre Soulages
CNRS Éditions, « Le Dictionnaire des mots et expressions de couleur. XXe-XXIe siècles », 2005, 284 p., 25 €.
Après la trilogie du bleu, du rouge et du… rose, parue avec une belle régularité en 1998, 2000 et 2002, voici venir le noir, de l'abeille âtre (« abeille d'un beau noir et dont le corselet est encadré de blanc ») à la chaude zibeline, en un défilé de mots et de modes (noir Chanel, mode punk, noir Rykiel…), où ne manquent apparemment que les sombres gothiques d'aujourd'hui. Les entrées de ce beau livre, tantôt gourmandes (cachou, caviar et réglisse), tantôt utiles (bitume, cirage et fusain), ponctuées de dix-sept illustrations en… noir et blanc, nous transportent dans tous les domaines de la vie. Parmi les animaux (corbeau, hirondelle et pie), la Noiraude, vache presque entièrement noire héroïne d'une série télévisée (1977), fait défaut, sans doute parce que c'est un nom propre. Les anglicismes sont, eux, bien présents : dark, black et ses dérivés, à côté du grec ancien, qui a fourni son lot de mots savants (anthracite, mélancolie et autres percnoptères). La langue familière et ses péjorations ne sont pas oubliées, mais que l'on se rassure : le verlan renoi, le noircicot et même banania voisinent avec l'article négritude, bien fourni, lui aussi. Chaque entrée est donnée avec son étymologie, puis définie précisément, et enfin dotée au moins d'un exemple contemporain. Une introduction, une bibliographie et un index permettent d'entrer dans le livre et d'en sortir à sa guise.
On annonce sept volumes en préparation : blanc, jaune, orange, vert, violet, marron et gris.
Ils seront sans nul doute tous hauts en couleur !
Romain Vaissermann

Signalons aussi : Nos adhérents publient
  • PETIT GUIDE DE TYPOGRAPHIE, d’Éric Martini (Éditions Glyphe, 2008, 80 p., 16 €).
  • CE MONDE-LÀ. DICTIONNAIRE PERSONNEL DE L’ÉPOQUE, de François Taillandier (Flammarion, 2008, 178 p., 18 €).
  • CURIOSITÉS ET ÉNIGMES DE L’HISTOIRE DE FRANCE, de Jean-Pierre Colignon (Albin Michel, 2008, 320 p., 15 €).
  • LE TÉLÉSCOPE le nouveau roman de François-Pierre Nizery, (Riveneuve, 120 p., 18 €)
    se situe en Bretagne, sur une île déserte.
    Il s’adresse aussi à ceux qui s’intéressent à la Russie et à l’orthodoxie. Le Guerrier vénète et Le Manteau blanc du Berlaymont, ses deux précédents romans, viennent d’être réédités par Riveneuve.
  • Dans son recueil de nouvelles AVANCEZ VERS LE FOND (Pascal Galodé éditeurs, 132 p. 17 €), Yvan Gradis dresse avec humour un portrait de notre société où la différence reste un handicap pour celui qui en souffre.
  • François Léger nous signale la sortie, le 15 mai, de son quatrième ouvrage :
    IL N'Y A PAS D'ÂGE (In Octavo Éditions, 160 p. 18 €).
  • Marc D. Larivière a rassemblé dans LE CHEMIN QUI MÈNE AUX CIEUX AZURÉS, (Les éditions du Panthéon, 2007, 127 p. 13 €) poèmes classiques et poèmes en prose.
  • Dans L’ÉLAN NOUVEAU DES CITOYENS (nº 16), Georges Memmi écrit : « La langue française a trouvé d’ardents et pugnaces défenseurs dans des associations comme DLF.»
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