Défense de la langue française   

DLF, n° 228

DISFA, DICTIONNAIRE SYNCHRONIQUE DES FAMILLES DÉRIVATIONNELLES DE MOTS FRANÇAIS,
sous la direction de Claude GRUAZ, rédaction de Claude Gruaz et Renée Honvault
Éditions Lambert-Lucas, Limoges, 2008, 2 tomes, 1 277 p., 75 €
Présenté sous forme arborescente, le DISFA est un dictionnaire novateur. Les 1000 entrées ont été choisies d'après leur fréquence d’emploi (cf. Frequency Dictionary of French Words, d’A. Juilland et alii). Les liens dérivatifs sont synchroniques : ils sont attestés dans les définitions données par les dictionnaires de référence, le Lexis étant privilégié du fait de sa structure qui introduit déjà les dérivés synchroniques dans ses articles. Ce travail minutieux et patient a été élaboré sur les bases d'une théorie et d'une terminologie solides, que l’on retrouve au fil des nombreux ouvrages de Claude Gruaz (principalement La Dérivation suffixale en français contemporain (1988) et Du signe au sens (1990)). Les notions de sousfamille, microfamille et macrofamille en constituent le fondement.
Pour définir précisément l'appartenance à la famille, deux filtres ont été appliqués : les mots doivent être liés étymologiquement (la référence principale est ici le Dictionnaire étymologique de Jacqueline Picoche) et le sens de l’entrée de la famille doit être exprimé par la définition contenue dans le dictionnaire de référence.
Le DISFA apporte des réponses à la question délicate des relations dérivatives. L’auteur a su remarquablement exploiter l’équilibre entre les contradictions et les régularités du français. L’ouvrage aura le mérite de pouvoir être utilisé dans bien des contextes : apprentissage du vocabulaire, étude des réseaux lexicaux, analyse morphologique, compréhension du système orthographique, apport en contexte de traitement automatique des langues, ou encore apprentissage multilingue.
Christine Jacquet-Pfau

LES MAUX DE LA LANGUE, de Michel Mourlet
France Univers, 2008, 300 p., 19 €
Aux deux tomes des Maux de la langue, publiés respectivement en 1996 et 1999, Michel Mourlet, administrateur de DLF, ajoute ici une troisième partie entièrement nouvelle. Elle rassemble des articles rédigés depuis 1999 pour « divers périodiques, sous le même titre ou sur le même sujet, à savoir : les maladies qui affectent notre langue et la manière de les soigner ». D’« Agonir » à « Zapper », de l’« Accord de l’adjectif numéral » à « Votre attention, s’il vous plaît », et d’« Abracadabrantesque » à « Web », sans oublier la « Désaccélération » ou mieux encore la « Tartinabilité », l’auteur analyse, avec précision et ironie, plus de 400 mots, expressions ou tournures dans l’air du temps. Cela mène à « des crises de fous rires, parfois assombries de colère » et montre que souvent « nos illettrés prétentieux sont aussi nuls en anglais qu’en français ! »
Guillemette Mouren-Verret

LA PLUS BELLE HISTOIRE DU LANGAGE, de Pascal Picq, Laurent Sagart, Ghislaine Dehaene et Cécile Lestienne
Seuil, 2008, 192 p., 16 €
Un paléo-anthropologue, un linguiste, une pédiatre, une journaliste, il n’en fallait pas moins pour suivre la piste du langage, cet outil exceptionnel, si indispensable à l’homme, depuis les tout premiers fossiles : « Au commencement était le Verbe », « Paroles de singes» et « Ce que disait l’ancêtre», c’est le premier épisode, intitulé Aux sources du langage. Puis vient La saga des langues : « Mystérieuse langue mère », «L’explosion néolithique » et « Demain, les langues ». Enfin La renaissance de la parole : « Le savoir du nouveau-né », « Des mots pour le dire » et « Réinventer le langage » (avec un éloge du plurilinguisme). Rarement fut aussi bien contée la plus singulière de nos histoires.
Nicole Vallée

LE PRIVILÈGE DU FRANÇAIS, d’Axel Maugey
Humanitas, 2007, 184 p., 6,50 €
Dans son dernier ouvrage, notre ami Axel Maugey nous offre un panorama tourbillonnant de la diversité et de la vitalité du monde francophone. Partant du français « langue de l’esprit » au siècle des lumières, et du rayonnement exceptionnel qu’il eut sur toute l’Europe, il nous montre aujourd’hui une Italie « pétrie de francophilie », un Québec « en plein renouveau » et nous parle avec passion du désir de français dans le monde, y compris en Chine, dont un philosophe du XXe siècle, Lin Yutang, écrivait : « De tous les peuples, ceux qui ont le plus en commun, ce sont les Français et les Chinois. Sens du raffinement, goût pour les mots, la peinture, la cuisine, une vénération pour l’éducation, goût pour l’humain, l’humour pour rien, pour se faire plaisir, pour communiquer. »
Guillemette Mouren-Verret
DICTIONNAIRE DU JAPON. LE JAPON DES DICTIONNAIRES, sous la direction de Jean Pruvost, université de Cergy-Pontoise, en collaboration avec Métadif
Éditions des Silves, 2007, 271 p., 16 €
Le dynamisme et la passion des dictionnaires qui animent Jean Pruvost, professeur à l’université de Cergy-Pontoise, ont permis à des étudiants de master en lexicographie de réaliser, de la conception à l’édition, en à peine une année universitaire, ce dictionnaire d’un nouveau genre dont le titre ne manquera pas de surprendre. Ce tour du Japon à travers les mots que la langue et la culture françaises en retiennent est également un tour des dictionnaires : soixante-sept dictionnaires et encyclopédies du XVIe au XXIe siècle et deux encyclopédies sur internet ont constitué le point de départ de chacune des notices, nous livrant, à travers les différentes époques, un parcours socioculturel qui nous réserve parfois des surprises. Les entrées sont regroupées en dix-huit thèmes (alimentation, architecture, cinéma... spiritualité, sport, technologie), illustré chacun par une calligraphie japonaise réalisée par Anne-Marie Van Craven. Le résultat est original et convaincant. Qu’il s’intéresse au Japon, à sa langue, aux dictionnaires ou à la culture en général, le lecteur prendra un grand plaisir, intellectuel et esthétique, à se promener dans ce dictionnaire.
Christine Jacquet-Pfau


L’OLIFANT, de Philippe Barthelet
Éditions du Rocher, 2008, 224 p., 18 €
« La revanche de Charles Quint », « L’habitant du tilleul », « Élucubrations volatiles », « Youmi, Youmi, Youmi », « Cavillations pertinaces », « Taurobolies », « Le sommeil des clichés », « Les puces scélérates »... Quelques-uns des titres plus intrigants les uns que les autres des cinquantetrois chapitres. Avec un enchanteur grammairien, partons donc chasser l’olifant que l’on ne trouve désormais plus que dans les dictionnaires, tout comme, peut-être, un jour, notre langue française...
Nicole Vallée

MAUVAISE LANGUE, de Cécile Ladjali
Seuil, « Non conforme », 2007, 192 p., 16 €
« Cela ne vous gêne pas d’imposer votre culture bourgeoise aux lycéens ? » Cette question, posée par des amis normaliens, a eu le don de susciter chez l’auteur une grande indignation. Professeur dans un lycée de Seine-Saint- Denis et à la Sorbonne nouvelle, il lui est impossible de se résigner à ce que ses élèves n’emploient qu’une « mauvaise langue », agrémentée d’une orthographe désastreuse. Pour elle, « imposer un discours et surtout des démarches dignes, exigeantes, à des élèves qui pensaient pouvoir construire leur personnalité sur le vide, l’absence des repères fournis par une culture commune, séculaire, est un devoir ».
Loin d’être réactionnaire, cependant, elle accepte un nouveau bilinguisme, consistant à s’écarter du français, mais une fois qu’on l’aura maîtrisé. L’épilogue, sur « l’art de la conversation », comportant diverses missives de jeunes, est tout à fait savoureux. Cet ouvrage a obtenu le prix pour la défense de la langue française, décerné par le jury Femina.
Nicole Vallée

PETITE GRAMMAIRE FRANÇAISE, d’Ève-Marie Halba
Ellipses, 2002, 173 p., 7,50 €
L’auteur enseigne la linguistique française à l’université Nancy II, mais son ouvrage, petit par les dimensions et le nombre de pages, s’adresse à tous. Il décrit les traits essentiels de la grammaire du français contemporain, de la phonétique à l’énonciation, avec de nombreux exemples et de nombreux tableaux. Quelques aperçus historiques enrichissent le tout ; ainsi sont données diverses interjections d’ancien français : Ahi !, Haié !, Ai mi ! (plainte), mais aussi Dehait ! (protestation), Hareu ! et Haro ! (appel). Chaque leçon – il y en a six – est suivie d’exercices, qui sont corrigés à la fin du volume, où figurent également une bibliographie (à laquelle ne manque que l’excellente Grammaire critique de Marc Wilmet) et un index des notions importantes, ce qui ne gâte rien.
Romain Vaissermann
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