Défense de la langue française   

DLF, n° 254

LES MOTS PRÉFÉRÉS DES INTERNAUTES, de Guillaume Terrien, illustrations de Pouch
Zeugmo Éditions et GDF Suez, 2014, 132 p., 15 €
L’internaute, cet inconnu sans âge et sans visage, se trouve au coeur d’un sondage très instructif : quels sont les mots qu’il recherche le plus souvent sur la toile, pour en éclairer le sens mais aussi l’orthographe.
L’ordre d’exposition de ce grand vocabulaire, témoin de notre curiosité et de notre ignorance, n’est donc pas alphabétique. Il est plutôt représentatif de notre goût pour certains mots rarement usités ou quelque peu ambigus. Seront-ils destinés à établir des lettres de motivation ou des messages amoureux ?
En premier lieu vient pragmatique, au fil des pages on trouve obsolète, idoine et lunatique ; à l’instar de et nonobstant, mais aussi amour, vertu et bonheur. En bonne position, la grâce, l’altruisme et l’éthique. Chaque terme, parfois illustré d’une vignette, est situé dans son étymologie et sa famille élargie. Le paragraphe pédagogique « la difficulté » doit nous éviter toute erreur de conjugaison ou d’orthographe. La passion termine le livre ; elle est définie comme « inclination très vive et irrépressible vers quelque chose » ; l’exemple cité est celle de l’auteur pour la langue française. On s’en doutait ! Index des mots décortiqués et index des notions. Monika Romani

Et encore deux bijoux linguistiques dus à notre cher Jean Pruvost, inspiré cette fois par « une pluie d’étoiles à l’envers » (selon la Reine Mère du Royaume-Uni), et par la « sorte de cheval de bois posé sur deux roues » (selon Monsieur Littré). Tous les deux, bien sûr, édités chez Honoré Champion, dans la collection « Champion les mots », en 2014 (144 p.), agrémentés de jolies gravures d’époque, pourvus d’un index, d’une abondante bibliographie, et pour 9,90 € seulement.
LE CHAMPAGNE
Auriez-vous imaginé que L’Encyclopédie ne mentionne le champagne que dans son article sur le vin en général ? Que le légendaire bénédictin Dom Pérignon assura la prospérité de son abbaye d’Hautvillers, tout près d’Épernay, par la gestion des vins dits « tranquilles » et non pas des effervescents ? Que ce sont les verriers anglais qui inventèrent en 1642 l’épaisse bouteille « noire » capable de supporter une pression de six à dix atmosphères pendant au minimum quinze mois ?... Que Colette, la Bourguignonne, écrivit : « Le champagne, murmures d’écume, perles d’air bondissantes... » ? Qu’un verre de champagne était souverain contre les douleurs d’estomac de George Sand ? Enfin, qui a écrit : « Les liaisons commencent dans le champagne et finissent dans la camomille » ? Réponse dans le livre !
À VÉLO OU À BICYCLETTE, NOM D’UN TOUR !
Cinq chapitres plus intéressants les uns que les autres : « Bicycle ou bicyclette, vélocipède, vélo, draisienne... » (mots – vélocifère, célérifère, vélocimane – et histoire). « De quelques types de vélo ou de bicyclette, argot compris », dont le sommaire affiche, entre autres : « Aristide Bruant : argot qui rime avec vélo ? » ; « Du clou, du biclou et de la bécane » ; « D’une grande famille de mots... » (bec de selle, braquet, cale-pied, fourche et jambage, garde-boue, pignon, plateau...). « Un bouquet de citations pour les deux-roues et le Tour de France. » ; « Écrivains et bicyclettes » (Émile Zola, à bicyclette et en famille ; Alfred Jarry et son exosquelette ; René Fallet et mon père végétarien...).
Qui a dit : « Sans l’invention de la roue, les coureurs du Tour de France seraient condamnés à porter leur bicyclette sur leur dos. » ?1 « Il est idiot de monter une côte à bicyclette quand il suffit de se retourner pour la descendre. » ?2 « Un garçon qui a de l’avenir : capable de gagner le Tour de France. » ?3 Et allons-y, tous en selle, derrière Jean Pruvost ! Nicole Vallée
1. Pierre Dac. 2. Pierre Dac. 3. Raymond Queneau.

PETIT ABÉCÉDAIRE DE LA GRANDE GUERRE. CES MOTS QUI RACONTENT L’HISTOIRE de Jean-Pierre Colignon
Le Courrier du Livre, 2014, 253 p., 14,90 €
Notre vieil et cher ami est décidément un homme fort honnête et courtois : dans sa petite bibliographie sont recommandés trois bons ouvrages sur la langue des poilus datant de 2008 (Cochet et Porte), 2012 (Sainéan) et 2013 (Montagnon). Le sien est tout à fait remarquable, exhaustif, et lui mériterait un « vrai » pot-au-feu, suivi d’un bon « premier jus ». Nous avons droit à maintes anecdotes, surprenantes explications, savoureuses citations. D’accroche-coeur à zin-zin, de cure-dents à rouscailleurs, de gros-cul à pingouin, de crocodile à tourne-broche... Comment désignait-on la baïonnette ?1 Le bassin des malades ?2 Un petit baraquement ?3 Les officiers généraux d’état-major ?4 Le casque du combattant ?5 On appréciera les plaisantes illustrations de Jérôme Sié. Nicole Vallée
1. Rosalie. 2. Mandoline. 3. Guitoune. 4. Étoiles filantes. 5. Pot de fleurs.


LA COMPARAISON ET SON EXPRESSION EN FRANÇAIS, de Catherine Fuchs
Ophrys, 2014, 208 p., 18 €
Voulez-vous découvrir avec précision et agrément toutes sortes de façons d’exprimer des comparaisons, de l’inégalité à l’égalité, de la prévalence à la préférence, de la similarité à l’analogie, de l’identité à l’altérité ? Et cela grâce à de très nombreux exemples, tirés de la langue courante, littéraire, journalistique, publicitaire, internaute. Pour les enseignants, les apprenants de français (langue maternelle ou seconde), les étudiants, universitaires, vous et moi... Glossaire, index, bibliographie. Nicole Vallée


TRADUCTEUR AUTEUR DE L’OMBRE, de Carlos Batista
Arléa, 2014, 122 p., 7 €
Quand un très grand traducteur franco-portugais (ou lusitano-français) médite sur une profession tout à la fois chérie et détestée, fascinante et redoutable, dont nul ne soupçonne les affres qu’elle vous fait subir, ni les joies qu’elle peut aussi vous octroyer... Quatre chapitres dont nous avons extrait quatre pertinentes citations : « L’art d’aimer » : « Noblesse – ou niaiserie – commune au traducteur et à l’amant : trouver de l’originalité à tout ce que dit ou écrit l’autre, même à la pire fadaise. » « L’art de trahir » : « Version de l’anglais en russe, par un ordinateur, de la phrase biblique “l’esprit est résolu mais la chair est faible” : “nous avons de l’alcool mais la viande est avariée”. » « L’art de séduire » : « L’original est une source : si tu creuses, elle se purifie ; si tu amasses des pierres par-dessus, elle prend d’autres chemins. » « L’art de fuir » : « Un traducteur sera toujours vu comme un terroriste qui prend en otage la langue étrangère. » Traducteurs ou non, ce petit livre vous enchantera. Nicole Vallée

J’ÉCOUTE PARLER NOS GENS !, de Claude Lagacé

Claude Lagacé est organiste, maître de chapelle, pédagogue. Il est l’auteur d’un traité pédagogique sur la polyphonie classique, Sixteenth-Century Counterpoint.
Il écoute parler les gens, ses gens, ceux du Québec, et ce qu’il entend ne plaît guère à l’amoureux de la langue française, non plus qu’au musicien. La langue parlée se lâche, se relâche, se laisse coloniser et en perd, non son latin mais son universalité, peut-être même son immortalité. Claude Lagacé dresse un constat sévère de l’état de la parlure, déplore l’indifférence dont elle est victime, nous fait partager ses agacements devant les « erreurs, cocasseries et suçages de pouce » ou anglicismes mal venus – les incorrections et impropriétés relevées sont hélas monnaie courante en France aussi. Pourquoi ne pas enseigner la langue parlée, comme on enseigne la langue écrite ? Véronique Likforman

PARDON MY FRENCH. LA LANGUE FRANÇAISE UN ENJEU DU XXIE SIÈCLE, d’Hervé Bourges
Éditions Karthala, « Disputatio », 2014, 288 p., 18 €
Qu’il est donc réjouissant de voir un très haut fonctionnaire de l’audiovisuel prendre avec autant de fougue que de pertinence, teintées d’un délicat humour, la défense de notre langue, et nous démontrer l’importance de sa transmission sur le plan national et international. Hervé Bourges s’appuie en outre sur des textes d’auteurs aussi prestigieux qu’Étiemble, Abdou Diouf, Michel Serres, Yamina Benguigui, Hélène Carrère d’Encausse, de Gaulle, Alain Mabanckou, Pouria Amirshahi. Quelques-uns des onze chapitres : « L’âge d’or et le déclin : l’aventure québécoise » (avec un lexique joual-français) ; « Le sabir des âges numériques » ; « En anglais par défaut » ; « 890 millions de francophones ? » ; « Retrouver l’ambition de la langue française »...
Une anecdote personnelle et authentique : combien de fois, lors de congrès internationaux (souvent tenus à Paris), n’ai-je entendu proférer « Pardon my French » par des compatriotes qui imploraient leur interlocuteur d’être magnanime puisque, hélas, ils étaient incapables de parler une autre langue que la leur. Nicole Vallée


LIRE, ÉCRIRE ET COMPTER, CODER, de Frédéric Bardeau et Nicolas Danet
Éditions FYP, 2014, 160 p., 15 €
Un essai fort utile à notre époque de smartphones et de tablettes, car il préconise pour tous l’apprentissage du « langage » de la programmation, qui ne doit pas être réservé aux passionnés ou aux ingénieurs. Programmer, ou plutôt coder, est presque une question de survie dans le monde actuel et les auteurs vous expliquent avec une grande clarté comment y parvenir, quels que soient votre âge et votre motivation. Nicole Vallée


GRAMMAIRE FRANÇAISE, de Cécile Revéret
Grip Éditions, 2014, 156 p., 23 €
Et si l’enseignement de la grammaire devenait une aventure passionnante ? Ce Précis d’analyse grammaticale et logique s’adresse aux enseignants, aux déçus de leurs études passées, aux inquiets face à la tâche qui les attend. Cet ouvrage doit répondre à leurs attentes, car l’auteur, riche de près de quarante années d’enseignement, connaît bien les chausse-trappes qui les guettent. Présentée de façon très claire et élégante, avec des tableaux, des encadrés et de nombreux exercices corrigés et commentés, cette méthode profondément novatrice a tout pour séduire de jeunes professeurs sans expérience. On y trouve aussi, pour le plaisir de lire et relire, de courts textes classiques : quelques lignes d’Alain Fournier qui nous replacent dans la salle de classe du Grand Meaulnes, et Maupassant, Balzac, Flaubert... Monika Romani

LE PETIT ROBERT DE LA LANGUE FRANÇAISE 2015 texte remanié et amplifié sous la direction de Josette Rey-Debove et Alain Rey
Le Robert, 2014, 2 840 p., 59 €
Et la voici, la dernière cuvée de notre précieux et inimitable dictionnaire de la langue, essentiel à tous ceux qui l’aiment et souhaitent la servir de leur mieux. Celui qu’il faut conseiller à tous ceux dont le français n’est pas la langue maternelle : 300 000 mots et sens, 150 000 synonymes et contraires, 75 000 étymologies, 35 000 citations littéraires. Certes, il accepte des termes nouveaux, issus principalement de l’anglo-américain, mais toujours en indiquant leur origine et en proposant le mot français équivalent, ainsi de briefer et débriefer, feeling, glamour, look, et le fameux stress, dont vous croyez tous souffrir bien qu’il n’en soit rien... Alors, longue vie à un Petit Robert en pleine maturité. Nicole Vallée

Signalons aussi :
  • DIRE, NE PAS DIRE. DU BON USAGE DE LA LANGUE FRANÇAISE, par l’Académie française (Philippe Rey, 2014, 192 p., 12 €).
  • LA LITTÉRATURE FRANÇAISE POUR LES NULS, de Jean-Joseph Julaud (Éditions First, 2014, nouvelle édition, 778 p., 22,95 €).
  • LE DICO DES DICTIONNAIRES. HISTOIRES ET ANECDOTES, de Jean Pruvost (JC Lattès, 2014, 544 p., 23 €).
  • 100 PIÈGES À ÉVITER POUR ÉCRIRE ET PARLER UN EXCELLENT FRANÇAIS, de Roland Eluerd (Le Figaro littéraire, 2014, 100 p., 9,90 €).
  • 365 EXPRESSIONS LATINES EXPLIQUÉES, de Paul Désalmand et Yves Stalloni (Chêne, 2014, 288 p., 15, 90 €).

  • * * *
  • LE FRANÇAIS DU MANAGEMENT, de William Léger (Éditions Ophrys, 2014, 276 p., 18 €).
  • DICTIONNAIRE AMOUREUX DE LA LANGUE FRANÇAISE, de Jean-Loup Chiflet (Plon, 2014, 752 p., 24 €).
  • LES EXPRESSIONS LES PLUS EXTRAVAGANTES DE LA LANGUE FRANÇAISE, de Catherine Mory (Larousse, 2014, 224 p., 15 €).
  • L’ASSASSIN COURT TOUJOURS. ET AUTRES EXPRESSIONS INSOUTENABLES, de Frédéric Pommier (Seuil - France Inter, 2014, 250 p., 15 €).
  • LES 1001 EXPRESSIONS PRÉFÉRÉES DES FRANÇAIS, de Georges Planelle (L’Opportun, 2014, 1 172 p., 14,90 €).
  • LANGUE FRANÇAISE. LES MOTS PAR LA RACINE, de Pascale Cheminée (Éditions Rue des Écoles, 2014, 96 p., 5,95 €).
  • LES MOTS DE L’ÉPOQUE, de Didier Pourquery (Le Monde - Éditions Autrement, 2014, 224 p., 15 €).
  • L’ABEILLE ET SON MIEL, de Frédéric Tiphagne (Honoré Champion, « Champion les mots », 2014, 144 p., 9,90 €).
  • CENT MOTS POUR SE COMPRENDRE CONTRE LE RACISME ET L’ANTISÉMITISME, sous la direction d’Antoine Spire et Mano Siri (Éditions Le Bord de l’Eau, 2014, 158 p., 10 €).
  • DE QUEL AMOUR BLESSÉE. RÉFLEXIONS SUR LA LANGUE FRANÇAISE, d’Alain Borer (Gallimard, 2014, 352 p.,22,50 €).
  • LANGUE FRANÇAISE, ARRÊTEZ LE MASSACRE !, de Jean Maillet (L’Opportun, 2014, 298 p., 18 €).
  • LA LANGUE FRANCAISE CHEF-D’OEUVRE EN PÉRIL, de Paul-André Maur (Via Romana, 2014, 152 p., 16 €).
  • ÉPIGRAMMES (1re éd. 1911), d’Ambrose Bierce (Éditions Allia, 2014, 64 p., 3,10 €).
  • PARLEZ FRANGLAIS !, de Paul-Romain Larreya (Lambert-Lucas, 2014, 64 p., 10 €).
  • L’ART DE BRILLER EN SOCIÉTÉ, de Bescherelle, présenté par Pierre Assouline (GF, 2014, 432 p., 8 €).
  • LES MOTS ONT UN SEXE, de Marina Yaguello (Point, « Le Goût des Mots », 2014, 186 p., 6,70 €).
Nos adhérents publient
  • Jean-François Parot, avec son style si particulier, nous plonge dans le Paris de la fin du XVIIIe siècle. Dans La Pyramide de glace, Nicolas Le Floch découvre le corps dénudé d’une femme, « sosie de la Reine »... (JC Lattès, 480 p., 19 €).
  • Christian Massé a participé à l’ouvrage collectif Lire George Sand pour faire découvrir ses romans moins connus : Rose et Blanche ou la comédienne et la religieuse (1831), Consuelo (1841), La Ville noire (1860)... (éditions Le Jardin d’Essai, 2014, 238 p, 20 €).
    Avec d’autres auteurs, il signe, dans Le Dévorant (n° 268), l’article « Défaut de fabrication ».
  • Une fois de plus, Jean- Joseph Julaud nous captive avec Les Malchanceux de l’histoire de France (Le Cherche Midi, « Documents », 2014, 224 p., 14,90 €).
  • Marcienne Martin a publié En écho, à la suite de L’Apologie de la névrose, de Georges Botet Pradeilles (L’Harmattan, 2014, 322 p., 32,50 €).
  • Nouvel adhérent, René Coulomb nous signale son livre Le Conseil mondial de l’eau entre les forums de La Haye et de Marseille (Éditions Johanet, 2011, 212 p., 21 €), ainsi que deux articles sur la langue française qu’il a publiés en 2008 et 2009, dans La Tribune de l’ACADI (Association des cadres dirigeants de l’industrie).
  • Joël Conte publie un recueil de poèmes : Cap de Bonne Espérance (Éditions Thierry Sajat, 104 p., 18 €).
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