Défense de la langue française   
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DLF, n° 287


UNE LONGUE ROUTE POUR M’UNIR AU CHANT FRANÇAIS de François Cheng, de l’Académie française
Albin Michel, 2022, 252 pages, 17,90 €, liseuse 12,99 €
François Cheng nous livre ici, à l’âge de 93 ans, le récit impressionnant d’une existence tout entière vécue sous l’emprise de la poésie. Au commencement, il y a ce jeune garçon submergé par la présence d’une nature capable, par la puissance du verbe, de nous métamorphoser en créateurs. « Si je deviens poète, tout pourra être sauvé. » Cette pensée de l’enfant exalté demeure intacte dans la mémoire de l’homme âgé qui retrace son parcours intellectuel. Au lycée se précise sa vocation ; un prix sur le thème de l’Eau, mystère originel symbolisant la soif de création, chanté dans un texte présenté à la fin de ce même recueil, unique lien du passage entre deux continents, la Chine de son enfance et Paris, devenue en 1948 la ville d’un exil douloureux. Mais l’étudiant qui survit entre les petits boulots et les cours, où il mesure l’infinie distance entre l’idéogramme chinois et l’alphabet latin est vite frappé d’une évidence : la langue française est sa véritable passion, il en parle avec l’expertise d’un linguiste amoureux de la magie des mots, de la syntaxe et du style. Cette intimité avec le principe créateur de toute parole le mènera en 2002 à l’Académie française, un an après l’obtention du Grand Prix de la Francophonie. Il aura produit une oeuvre déjà importante étudiée par les universitaires, sans que puisse jamais être éludé le mystère de sa conversion : comment cet écrivain ayant vécu de telles souffrances, pour lui-même comme pour l’humanité, a t-il pu devenir le chantre de la joie, de l’amour et de la beauté ? Monika Romani

EN VOYAGE... PROSE ET FIGURES DE STYLE, de Gilles Fau, illustration de Gilles Palazy
Disponible auprès de l’auteur – gillesfau2@orange.fr – 2022, 130 pages, 15 € (port offert).
Notre ami Gilles Fau poursuit son voyage en compagnie de la langue française. Après nous avoir fait découvrir une sélection de mots rares dans Sur le quai, paru il y a deux ans, il s’intéresse aux figures de style. De l’allitération au zeugme, En voyage en exhume une cinquantaine, que nous utilisons parfois à notre insu. L’écrivain lotois associe leur étymologie et leur définition à des citations et des textes courts, spirituels et cocasses. Leurs noms savants et rébarbatifs recouvrent des nuances subtiles. Ainsi l’adynaton (« Il pleuvait depuis des siècles ») est une version exagérée de l’hyperbole (« Maigre comme un clou »). Certaines ont plusieurs sens (la prolepse), d’autres définissent une incorrection (le solécisme). Une chose est sûre : l’univers de ces « procédés syntaxiques » est d’une étonnante richesse. Pierre Gusdorf

ÉCRIRE SANS FAUTE(S). DICTIONNAIRE MODERNE ET PRATIQUE DES DIFFICULTÉS DU FRANÇAIS de Jean-Pierre Colignon
CFPJ, 2022, 224 pages, 28,50 €
Qui ne souhaite pas écrire sans faute? Qui ne voit pas que la certitude en matière d’orthographe est un gain de temps considérable? Elle évite de perdre du temps dans les vérifications. Une fois de plus, Jean-Pierre Colignon, qui aura passé une grande partie de son existence à corriger dans la presse les fautes d’usage, les négligences, les distractions des journalistes pressés par le temps, qui commencent un mot et le terminent par un autre qui s’est indiscrètement imposé, nous fait ici profiter de son expérience professionnelle, de ces constatations enregistrées pendant des années. Il a recueilli dans Nouvelles publications ce dictionnaire les mots le plus souvent « accrochés » ou « défigurés ». Il corrige certes la langue écrite, mais sa générosité naturelle l’entraîne à corriger également les mauvaises liaisons et préciser les différences nécessaires : hiverner n’est pas hiberner, Il donne également des équivalents français à des mots anglais qui s’imposent trop souvent comme des automatismes. Un hobby, par exemple, peut être avantageusement remplacé par dada, violon d’Ingres ou passe-temps favori. Ce livre bienfaisant est complété par des annexes qui délivrent de bien des embarras : Le pluriel des noms communs et des mots composés. Il offre aussi Les clés de la ponctuation, L’écriture des nombres, etc. Oui, vraiment, cet ouvrage est très pratique. Jacques Dhaussy

LA CRÉATION DES JEUX DE MOTS ET DES BONS MOTS, de Richard Arcand
Presses de l’université Laval (Québec), « À propos », 2021, 214 pages, 17,95 €
Bons mots et jeux de mots naissent toujours d’un déclic de l’esprit : ils viennent naturellement, spontanément et, bien souvent, ils sont oubliés aussi rapidement de leur auteur que de leurs auditeurs. Certains demeurent, car ils ont été prononcés par des personnages historiques ou dans des circonstances exceptionnelles favorables à leur création. Aussi l’ouvrage de Richard Arcand est-il fort intéressant, car il décrit les mécanismes de ces effets linguistiques, il collectionne et classe une quantité industrielle de ces mots d’auteur ; il distingue le jeu de mots du bon mot, le premier suppose le « travail » tandis que le second, également comique, utilise les mots sans qu’il soit nécessaire de jouer sur eux. « Étant donné les absences de mémoire de certains hommes politiques, on se demande comment ils peuvent rédiger tant de mémoires » et « On s’aperçoit que l’on vieillit quand les bougies coûtent plus cher que le gâteau ». Les drôleries classées sont innombrables dans ce petit livre : pléonasmes; évidences (ne jamais donner à boire à un noyé) ; fantaisies ; retour de mots avec des sens différents (« Certains jouent aux échecs, d’autres les collectionnent », P. Dac) ; redondances ; cause inattendue (« Moi, je fais deux régimes en même temps, parce qu’avec un seul je n’avais pas assez à manger », Coluche) ; image incohérente (la grève de l’essence fait tache d’huile), etc. De quoi rire et s’amuser en s’instruisant ! Jacques Dhaussy

J’AIME LA FRANCE, sous la direction d’Alfred Gilder et de Patrice Molle
Éditions Glyphe, 2022, 170 pages, 24 €
Citée à l’entrée du volume, Simone Weil, la philosophe, a écrit : « Il faut donner à la jeunesse quelque chose à aimer, et, ce quelque chose, c’est la France. » C’est à cette noble tâche que l’Association des écrivains combattants (AEC) et la Fondation des plus grands invalides de guerre (FPGIG), présidents respectifs Jean Orizet et André Auberger, ont eu la bonne idée de s’atteler. On connaît l’harmonieuse variété des paysages français, la beauté du Mont-Saint-Michel, « Chéops de l’Occident » comme l’appelait Victor Hugo, son tapis de cathédrales, sa littérature, ses initiatives dans le domaine du sport, son armée, même si l’on peut regretter la disparition du service militaire, mais qui demeure un corps vivant en phase avec son temps, les opérations de pacification et les oeuvres de civilisation qui devraient sans doute être mieux défendues, ses compositeurs, ses chanteurs et ses sculpteurs ainsi que ses peintres, bref ce merveilleux ensemble culturel français auquel bien des étrangers ont activement participé, le tout animé par sa langue. La langue française, en effet, reçoit ici un très bel hommage dans une lettre adressée aux adolescents. « Langue dynamique, le français ne vieillit pas. Il se révèle toujours parfaitement apte à dire les choses et à exprimer la modernité. Pour cela il dispose de deux qualités : souplesse d’invention et puissance d’expression. La preuve : nous créons tous les jours des mots nouveaux. » Langue partagée jusqu’aux extrémités de la Terre, âme de la Francophonie, elle nous permet de louer nos héros et tous ceux qui nous donnent des raisons d’espérer. Jacques Dhaussy

J’EN PERDS MON LATIN ! ÉTYMOLOGIES ÉTONNANTES DES MOTS DE TOUS LES JOURS, de Françoise Nore
Éditions de l’Opportun, 2022, 272 pages, 14,90 €
Voici un ouvrage de linguistique qui enchantera la foule de ceux qui n’osent pas affronter le vertige d’un passé immémorial. En effet, Françoise Nore démontre ici que même le vocabulaire le plus familier peut prétendre à la recherche étymologique, où elle-même a déniché des pépites. Premier exemple facile : « Ça biberonne dans les symposiums. » Les joyeux participants aux libations congressistes savent-ils que toute boisson, quelle que soit sa nature (lait, eau, alcool, etc.), nous renvoie immanquablement à nos lointains ancêtres indo-européens ? Leur lexique, aussi sommaire fût-il, comportait évidemment des termes en rapport avec les besoins vitaux. C’est ainsi que deux petites racines (pi- ou po-) enfanteront une famille nombreuse et cosmopolite dans laquelle se glissent la potion, mais aussi le poison ! La descendance fait étape chez les Grecs qui nous offrent le symposion, littéralement « avec boisson ». Et nul n’ignore que ce mot était le titre originel du Banquet de Platon... Autre découverte réjouissante : certains anglicismes sont autorisés, et même recommandés. Parce que ce sont, en fait, des mots français : bacon, budget, spleen, coach, design, gadget, hobby, vintage, etc., sont tous en mesure de produire un extrait de naissance hexagonal. Leurs allers-retours porteurs d’un sens identique ou différent marquent l’amitié des peuples sans offenser leurs idiomes respectifs ! C’est un bonheur de lecture de découvrir, tout au long de cet ouvrage, comment des expressions très ordinaires nous relient aux périodes les plus anciennes de l’Histoire. Un grand merci à la linguiste d’honorer l’apéro, et ce qui l’accompagne : chips, pastis, tapenade, vodka et whisky... Monika Romani

UNE DICTÉE PEUT TOUT CHANGER, de Rachid Santaki
Marabooks, « Époque épique », 2022, 160 pages, 15,90 €
La dictée, quelle aventure ! Au commencement, il y a ce fameux texte de « divertissement » écrit tout exprès par Prosper Mérimée pour l’empereur Napoléon III et sa petite cour qui s’ennuyaient. Quelques années plus tard, ce périlleux exercice rejoint son lieu naturel, l’école, et s’avère obligatoire, en 1866, pour le certificat d’études. Dès lors, il se transforme en outil pédagogique, essentiel pour la maîtrise de la langue et la découverte de la littérature, et en même temps source d’angoisse et de larmes pour des générations d’écoliers. Mais alors, par quels moyens Rachid Santaki est-il parvenu à métamorphoser un devoir scolaire, parfois laborieux, en réunions ludiques d’accès libre, pour tous publics ? Ce farouche optimiste est d’abord invité par la ville de Clichy-sous-Bois, dans le cadre de la lutte contre l’illettrisme, à « lire » une dictée. Un extrait du Petit Prince. Suivront les grands projets de la Dictée des cités à La Courneuve, d’une Dictée géante au Stade de France et à la basilique Saint-Denis, puis Lyon, Marseille, Strasbourg, Bordeaux, Nantes, etc. Le lexicographe et historien du français Jean Pruvost et Bernard Pivot, les Dicos d’or, participent aux évènements. Et enfin la Dictée de l’Espace, le 5 septembre 2020, au musée de l’Air et de l’Espace, dans une ambiance magique : 500 personnes installées sur le tarmac, stylo en main, au pied des avions et des fusées Ariane, tandis que l’astronaute Thomas Pesquet dicte, depuis la Station spatiale internationale, en apesanteur, avec sa tablette, un extrait d’Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras... Monika Romani

150 DRÔLES D’EXPRESSIONS POUR PRENDRE LA VIE DU BON CÔTÉ de Nathalie Gendrot et Thomas-Louis Novillo avec Maxime Rovere
Le Robert, « Histoire des mots », 2022, 308 pages, 12,90 €
Toutes ces expressions, nous les employons couramment. Elles nous sont naturelles, familières, elles appartiennent à la langue courante et pour la plupart ne demandent pas d’explication : Aide-toi, le ciel t’ aidera, Le mieux est l’ennemi du bien, Se réduire comme peau de chagrin, Être bien (ou mal) dans sa peau, Se laisser vivre, À vos souhaits ! Autant de formules qui nous viennent aux lèvres de manière quasi automatique. Pourtant, elles se sont glissées dans notre langage courant, souvent depuis la nuit des temps, et se présentent comme la sagesse des nations... Elles ont parfois une origine très ancienne et sont attestées dans des ouvrages particuliers. C’est leur histoire que nos trois auteurs tentent de restituer. Pour certaines d’entre elles, ils nous invitent à passer par « le coin des linguistes » pour un supplément d’information. Entre chaque expression et sa brève traduction figure un crobar, ce qui, dans l’argot journalistique, désigne un petit croquis aussi ramassé qu’éloquent. En deux ou trois traits avec parfois un rond, toute l’expression est résumée. Deux mains jointes traduisent L’union fait la force ; une silhouette bute sur un obstacle, Tout homme peut se tromper ; un angelot stylisé, mains jointes et coiffé d’une auréole, représente Se donner bonne conscience. Micro-illustrations pour symbolisme éloquent. Jacques Dhaussy


        Signalons aussi :
  • GUIDE DES 100 MOTS À CONNAÎTRE POUR REHAUSSER UN DISCOURS, de Jean Pruvost
    (Le Figaro littéraire, 2023, 146 p., 9,90 €).
  • L’IMPÉRATIF PLURILINGUE. 18 ANS AVEC L’OBSERVATOIRE EUROPÉEN DU PLURILINGUISME, de Christian Tremblay, préface de Jean Pruvost (Bookelis,
    « Plurilinguisme », 2022, 514 p., 18 €).
  • * * *
  • L’AUTRE NOM DU BONHEUR ÉTAIT FRANÇAIS, de Shumona Sinha
    (Gallimard, « Blanche », 2022, 144 p., 19 €).
  • LES 99 FAUTES QUE TOUT LE MONDE FAIT... SAUF VOUS, MAINTENANT !, de Muriel Gilbert, illustrations de Jean- Christophe Establet
    (Vuibert, 2022, 208 p., 14,90 €), livre numérique 11,99 €).
  • FINIES LES FAUTES. LES 101 RÈGLES DE FRANÇAIS QUE VOUS N'OUBLIEREZ PLUS JAMAIS, de MaitressAdeline
    (Marabout, « Les petites fiches », 2022, 192 p., 16,90 €, liseuse 11,99 €).
  • 200 EXERCICES POUR ENRICHIR SON VOCABULAIRE, de Line Sommant
    (Larousse, « Spécial junior » (CE/CM, 7-10 ans), 2022, 256 p. illustrées, 9,95 €).
  • DICTÉES POUR TOUS. POUR S’ENTRAÎNER EN FAMILLE !, d’Abdellah Boudour et de Sonia Salhi
    (De Boeck Supérieur, 2022, 160 p., 11,90 €, avec les audios des dictées).
  • ZAZIE SANS FAUTES. LA B.D. POUR CARTONNER EN ORTHOGRAPHE !, de Jérôme Derache, Anne-Marie Gaignard et GAO
    (Le Robert, 2022, 46 p., 10,90 €).
  • L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS EN PALESTINE, D’APRÈS LES ARCHIVES DIPLOMATIQUES DU CONSULAT GÉNÉRAL DE FRANCE À JÉRUSALEM, de Clémentine Rubio (Lambert-Lucas,
    « Didactique des langues et plurilinguisme », 2022, 264 p., 29 €).
  • LE FRANÇAIS AU QUÉBEC ET EN AMÉRIQUE DU NORD, de France Martineau, Wim Remysen et André Thibault
    (Ophrys, « L’essentiel français », 2022, 384 p., 18 €).
  • OBSERVATIONS SUR LA LANGUE FRANÇOISE, de Gilles Ménage,
    édition de Marc Bonhomme (Classiques Garnier, 2022, 1 477 p., 69 €).
  • UN VAGABOND DANS LA LANGUE, de Matthieu Mével
    (Gallimard, « Blanche », 2021, 144 p., 15 €).
Nos adhérents publient
  • Marcienne Martin vient de publier la traduction en anglais de son ouvrage Robot ou habitat biologique ? Qui ou que sommes-nous ? (L’Harmattan, 2020). Sous le titre The Human as a Robot or a Biological Organism, ce livre est paru chez Cambridge Scholars Publishing.
  • À lire dans Art et Poésie de Touraine (n° 251) « Portrait d’artiste », quatre poèmes et le dernier éditorial de Guy Péricart, qui nous a quittés le 12 décembre 2022, ainsi que l’hommage que lui rend Nicole Lartigue, directrice de cette belle revue.
  • Les articles de Pierre Avenas sont en accès libre et gratuit sur internet. Pour apprendre en s’amusant, on lira son « Clin d’oeil étymologique » dans L’Actualité chimique. Dans le numéro 480 (janvier 2023), on y passe du minium à la miniature, et même à la rubrique !
  • Alain Bollaert a rédigé un Lexique des mots courts de la langue française (moins de neuf lettres), à l’intention des joueurs de Scrabble, mais aussi utile pour tous. Il cherche un éditeur pour cet ouvrage de 74 000 entrées.
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