Défense de la langue française   
La langue française pour François Rollin
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L’humoriste et acteur François Rollin était l’invité d’honneur de notre déjeuner d’été, le 19 juin 2008. Pour donner aux lecteurs un aperçu de son humour, nous reproduisons, avec son autorisation, un chapitre de son dernier ouvrage :
Les Belles Lettres du professeur Rollin.com (Plon, 2007, 224 p., 19).

Lettre à un ami
pour compatir à deux évènements
aussi regrettable l’un que l’autre1

Cher ami,

J’apprends par la bande que le cours de votre existence s’est assombri de deux incidents bien fâcheux : une importante fuite d’eau qui s’est déclarée au plafond de votre chambre à coucher, et une visite de votre fils unique au cours de laquelle le méchant garçon a causé (produit ? créé ? déterminé ? provoqué ? commis ?) un trou de cigarette sur le tapis persan de votre vestibule.
J’ignore – car on ne m’a que partiellement informé – si la fuite du plafond est intervenue avant ou après que votre fils soit venu2 vous rendre cette visite fatale (au tapis), mais je puis vous dire sans détour que je considère avec un égal chagrin ces deux évènements, et que je les juge aussi regrettable l’un que l’autre1.
En espérant que ces deux anicroches ne seront pas suivies d’une troisième, ni d’une quatrième et moins encore d’une cinquième, je vous prie d’accepter, cher ami, l’expression de mes très vives camaraderie et fraternité.
1. « [Ils sont] aussi regrettable l’un que l’autre. » Comment faut-il accorder regrettable ? Il semble bien que le singulier s’impose, car l’un est regrettable, et l’autre est également regrettable. Et cependant l’absence du s choque incontestablement l’oeil, et tout le cerveau qui y est relié, au moment de lire « ils sont aussi regrettable... », comme on écrirait fautivement « ils sont absent ».
On se tirera d’affaire en détournant l’attention du spectateur sur la formule « très vives camaraderie et fraternité », pour laquelle de toute évidence la camaraderie et la fraternité doivent rester singulières. La manoeuvre est un peu grossière, mais il est avéré qu’elle fonctionne admirablement dans trois cas sur sept.

2. Avant ou après. Cette lettre compatissante est décidément pleine d’embûches. On se perd en conjectures au moment de trancher en faveur d’un verbe au subjonctif, que commande avant que, ou d’un verbe à l’indicatif que commande après que. Avez-vous tranché avant ou après que je me suis prononcé ? Prîtes-vous votre décision avant ou après que je sois sorti du bois ? Tracas infinis, et raison supplémentaire de surveiller, de très près, et les fumeurs, et la plomberie.



François Rollin est né en 1953 à Dunkerque.
Diplômé de l’Essec (École supérieure des sciences économiques et commerciales). Cet « homme à multiples facettes » est ou a été :
– Journaliste: au Monde (10 ans); à la radio: France- Culture, Europe 2, France-Inter, etc.; à la télévision : France 5, France 2, Paris-Première, Canal +…
– Metteur en scène et scénariste: télévision, cinéma, théâtre; cocréateur des « Guignols de l’info ».
– Acteur: Combien tu m’aimes, Fauteuil d’orchestre...
– Conteur: radio (chroniques quotidiennes :
« Les matinales »).
– Musicien: saxophone, trompette, guitare.
– Auteur: texte de l’ouverture des Jeux olympiques d’Albertville; J’ai réfléchi pour vous; Les Grands Mots du professeur Rollin; Les Belles Lettres du professeur Rollin.com.
Cet « homme-orchestre » est un amoureux des mots, comme en témoignent ses émissions de radio: « Mots et usages des mots », « L’oeil du larynx »…
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