Défense de la langue française  
Le français pour Daniel Lacotte
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Auteur d’une trentaine d’ouvrages, Daniel Lacotte, notre invité d’honneur le 13 octobre, venait de publier Dictons et Proverbes les plus truculents de la langue française (Larousse, 160 p., 12,99 €). Tout en expliquant la différence entre adage, aphorisme, dicton, proverbe, maxime, etc, cet excellent professeur nous a fait découvrir nombre de ces formulations. Il nous a confié le texte de sa conférence, que l’on peut lire intégralement sur le site de DLF. En voici les premiers paragraphes.

Dictons et proverbes énoncent souvent de curieuses évidences. Des espèces de banalités, voire des pléonasmes. Ou bien alors, ils recèlent parfois de mystérieuses hypothèses qui semblent dissimuler d’insaisissables vérités. Cependant, nos conversations quotidiennes, amicales ou professionnelles manqueraient indéniablement de couleur sans la vaillance, ô combien imagée, de toutes ces formules figées qui ont su s’imposer dans le langage oral de leur époque avant de venir jusqu’à nous. lndemnes.
Car nos dictons et proverbes ont résisté à l’érosion du temps et des modes linguistiques pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, parce qu’ils s’adossent sur l’épreuve de la nature, sur les traditions de l’agriculture, sur l’observation des animaux et sur les aléas, joyeux ou malheureux, de la vie quotidienne. En un court exposé facilement mémorisable, tout proverbe digne de ce nom enseigne une espèce de raisonnement commun qui a toujours été transmis, à son origine, par le seul truchement de la parole. Car, au temps où se forgeaient ces expressions familières (essentiellement entre les XVe et XVIIe siècles), quasiment personne ne savait lire ou écrire. Soulignons que le poids considérable du dogme chrétien naissant dans les liens sociaux a aussi eu une importance considérable dans la diffusion des dictons les plus moralisateurs.
La seconde raison qui explique la longévité de tous ces aphorismes, devenus d’indispensables syntagmes figés, tient à la solide richesse de leur composition linguistique : mots curieux, truculents ou désuets ; assonances et allitérations ; rythmes insolites voire biscornus ; évidences et tautologies proches de franches lapalissades ; délicieuses figures de rhétorique ; sophismes et contradictions. Sans oublier bien sûr la musique à la fois rythmée et rimée de la plupart des dictons. En fait, nous sommes toujours face à de véritables petits fragments de poésie qui cachent leur lot de mystère, d’insinuations, d’idées reçues ou d’équivoques.

Humbles propos anonymes
On aura donc compris que dictons et proverbes se présentent finalement sous l’aspect d’agréables petites saynètes qui veulent exprimer un instant remarquable dans la banalité de la vie de tous les jours. ll y a là autant de scènes populaires que d’observations forgées par la tradition, voire par la conduite superstitieuse. Nées d’humbles propos anonymes, toutes ces tournures qui touchent à l’universalité ont ensuite été portées de génération en génération. lntactes.
Ainsi, la parémiologie (domaine de la linguistique qui étudie les proverbes) ne manque jamais de surprendre. Car dictons et proverbes s’attachent à raconter le monde autrement en utilisant une méthodologie redoutablement efficace. Soit toutes ces formules très denses, souvent ratatinées sur elles-mêmes, suggèrent d’interminables récits. Un peu comme si quelque commune métaphore se transformait en un poème épique. Soit toutes ces tournures ressemblent à de petites fables condensées, à des sortes de paraboles destinées à illustrer la complexité des relations humaines. À moins qu’elles n’aient parfois été conçues pour dénoncer les difficultés de vivre en communauté. Mais attardons-nous un instant sur le point de vue strictement linguistique, qui, comme nous l’allons constater, ne manque pas de subtilités. Sous l’angle sémantique, le proverbe possède la définition « moderne » couramment admise : structure stylistique figée, souvent métaphorique ou figurée qui propose un conseil, assène un verdict, une vérité d’expérience ou exprime une sagesse populaire. Le vrai proverbe se distingue aisément d’une vieillotte et désuète, mais néanmoins cocasse et charmante, expression familière. Néanmoins, ces formes syntaxiques populaires figées peuvent parfois ressembler à une locution proverbiale. En règle générale, cette dernière ne véhicule pas de valeur symbolique profonde. Elle ne relève que de la simple constatation (C’est le diable qui chante la grand-messe ; Sortir les braies nettes d’une affaire ; Il parle comme saint Jean Bouche d’or ; Juger une affaire sur l’étiquette du sac).
Toutefois, et chacun l’aura naturellement deviné, établir une classification immuable entre proverbe, locution proverbiale, adage, aphorisme, devise, dicton, maxime ou sentence peut légitimement être assimilé à une étrange mission impossible. [C’est justement à cette mission impossible que s’est consacré Daniel Lacotte.]
Daniel Lacotte, journaliste et écrivain, né en 1951 à Cherbourg.

Formation : ingénieur et docteur en sciences physiques.

Carrière : directeur pédagogique du Centre de formation des journalistes de Paris et chargé de cours à l’université de Paris VIII (1983-1987) ; collabore à différents journaux : Le Monde, Les Échos, Sciences et Avenir, etc. ; rédacteur en chef de La Tribune, Panorama du Médecin, L’Expansion, etc. ; chroniqueur pour France Inter (1982), Canal+ (2004), France Bleu (2005), la Radio-télévision belge de la Communauté française (2005) ; auteur de romans historiques, biographies, documents, d’essais et de recueils de poèmes.

Parmi ses oeuvres : L’Humour des poètes (1981)
Les Conquérants de la Terre verte (1985)
Erik le Viking (1992)
Danse avec le diable (2002)
Le Pourquoi du comment (trois tomes, 2004, 2006, 2008)
Les Mots canailles (2005)
Petite anthologie des mots rares et charmants (2007)
Les Tribuns célèbres de l’histoire (2010)
Dictionnaire des mots retrouvés (2012)
Brèves de savoir (2014, rééd. 2016)
Dictionnaire insolite du français truculent (2015)
Dico des mots pour briller en société (2016)
Erik, Leif et les autres (2016).
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