Défense de la langue française   
Le français pour Frédéric Pommier
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Invité d’honneur de notre déjeuner d’hiver, le journaliste Frédéric Pommier traque avec humour depuis des années les tics et travers langagiers qui fleurissent dans tous les médias et, peu à peu, chez (presque) chacun d’entre nous. C’est la « matière à rire et à sourire » de trois de ses ouvrages et notamment de L’assassin court toujours et autres expressions insoutenables (Seuil et France Inter, 2014, 256 p., 15 €), dont voici trois extraits.

Que l’on dise aujourd’hui : « Une bonne dégustation ! » à la place de : « Bon appétit ! » n’est franchement pas très grave. Que l’on demande aux chanteurs d’avoir une « signature vocale » plutôt qu’une belle voix n’est pas très grave non plus. Et si les footballeurs ont comme seule stratégie de « prendre les matchs les uns après les autres », tant pis pour eux, c’est leur problème !
En revanche, lorsqu’on entend que, « l’un dans l’autre », notre monde mériterait « plus de transparence » et qu’il est nettement moins facile de réussir à « faire son deuil » que de « nager dans le bonheur », ça invite à la réflexion... (« Avant-propos », p. 8.)
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« Ça y est, j’ai l’argent ! » Voilà ce que dit un voleur quand il réussit le casse du siècle. Ensuite, il enlève sa cagoule et il prend ses jambes à son cou pour ne pas se faire attraper. Un voleur n’a jamais envie de se faire attraper. Ni par la police, ni par la justice, ni par ceux qu'il a volés. Sinon, il doit rendre des comptes. Rendre ce qu’il a volé. Et puis il risque la prison, à l’instar de tous ceux qui contreviennent à la loi ; ceux qui agressent – les agresseurs –, ou ceux qui tuent – les assassins. Eux aussi, la plupart du temps, prennent leurs jambes à leur cou juste après leurs méfaits. Et d’eux aussi, comme des voleurs, tant qu’ils ne se font pas arrêter, on dit qu’ils « courent toujours ».
Toutes les semaines, on entend la formule dans les journaux : « l’assassin court toujours », « l’agresseur court toujours », « le voleur court toujours ». [...] Ces gens-là sont de grands athlètes. Plus forts que les plus forts des sprinteurs et des marathoniens ! Il arrive, en effet, qu’ils courent très, très longtemps. Pendant des années, voire des siècles. Il faut donc de bonnes jambes, mais aussi de l’endurance quand on commet un délit ! (« L’assassin court toujours », p. 9.)
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L’autre jour, j’ai reçu un coup de fil d’une fille qui, sans même me laisser le temps de dire : « Allô, bonjour », m’a demandé : « T’es où ? » du coup, j’ai répondu : « T’es qui ? » (« Entre la vie et la mort », p. 112.)

    Frédéric Pommier, né en 1975. Journaliste.

Études de philosophie et École de journalisme et de communication de Marseille.

Carrière : présentateur du journal de France Musique (2000 - 2001).
À France Inter depuis 2002 : reporteur au service politique ;
présentateur de la revue de presse ;
chroniqueur pour les émissions « Esprit critique », « Et pourtant elle tourne », et « Comme on nous parle ».
Présentateur du journal de la culture Pop-corner ;
nouvelles chroniques : « Les amants du boulevard » et « La poésie du jeudi ».
Producteur du feuilleton 18 bis, boulevard Hache-Coeur.
Présentateur de l’éphéméride du 7/9.
Depuis septembre 2014, présentateur de la revue de presse du week-end.

Publications : Mots en toc et formules en tic : petites maladies du parler d’aujourd’hui (2010) ;
Paroles, paroles : formules de nos politiques (2012) ;
Le Prix des boîtes [pièce de théâtre] (2013) ;
L’assassin court toujours et autres expressions insoutenables (2014).
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