Défense de la langue française   

Éditorial N° 199

par : Jean DUTOURD de 1 'Académie française

Le Président honore Jean Amadou
Voici l'allocution prononcée par notre président, à l'Institut, le 28 mars, lors de la remise du prix Richelieu, décerné par DLF avec le soutien de la Délégation générale à la langue française et le mécénat des éditions Larousse-Bordas.

Conférer le prix Richelieu à Jean Amadou me donne un curieux sentiment de rôles renversés. J'ai l'impression d'être un écolier qui couronne son professeur. Depuis bientôt quarante ans, en effet, je guette l'approbation de M'sieu Amadou. Chaque fois que je publie un livre, je le lui envoie avec l'espoir qu'il me donnera une bonne note, ce qu'il fait assez souvent, le cher homme. Je n'irai pas jusqu'à affirmer que je suis son chouchou, mais, ma foi, il m'aime bien, et il n'y a rien de tel que de se sentir aimé de quelqu'un pour lui être attaché.

J'éprouve donc un plaisir particulier à couronner Jean Amadou. Il parle un français parfait à la radio qui, Dieu sait, n'y est pas habituée. De ce fait, il a retrouvé, sans le chercher, le secret de l'insolence. Pour être insolent, ai-je remarqué, il est nécessaire, et même indispensable, de connaître la grammaire et de n' employer que des mots ayant plus de cent ans d'âge. On s'aperçoit alors que la langue française est une épée et que, maniée par un bon escrimeur, elle vous étend son homme par terre sans rémission. Impossible de pratiquer l'insolence, c'est-à-dire l'art de tuer élégamment, avec le jargon pédant ou le sabir américanoïde.

Ainsi, cher Jean Amadou, voici le prix Richelieu, c'est-à-dire le titre, pour l'année, de Prince de l'irrespect qui vous sera précieux, car il est décerné par les plus purs aficionados de l'escrime française, c'est à dire les membres de l'association DLF.

Jean DUTOURD
de l'Académie française
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