Défense de la langue française   

Éditorial N° 212

par : Jean DUTOURD de 1 'Académie française

LE PRIX RICHELIEU Á PHILIPPE D'HUGUES

PHILIPPE D'HUGUES Jusqu’à présent, notre prix Richelieu a couronné des gens qui avaient une bonne langue. Aujourd’hui, nous avons décidé de l’attribuer à un homme qui a de bons yeux et de bonnes oreilles. Notre lauréat est d’autant plus admirable que ses combats se déroulent dans l’obscurité. Il est une sorte de chevalier d’Assas de la nuit cinématographique. Il ne cesse de crier : « À moi, la France, voici les ennemis ! » Selon sa vieille habitude, la France n’entend rien et laisse mourir son héros. Par chance, le héros est solide. Il ressuscite tous les jours, et il lui arrive même quelquefois de décrocher des honneurs officiels.
Toute personne aimant un peu le cinéma aura reconnu Philippe d’Hugues dans mon petit croquis. Non seulement il est un héros, mais encore un héros qui ne se trompe pas d’ennemi. Ne pas se tromper d’ennemi est très difficile, surtout lorsque l’ennemi est un vieil ami auquel nous attachent beaucoup de liens historiques ou sentimentaux. Pour Philippe d’Hugues, le seul cinéma dans le monde qui menace le cinéma français est le cinéma américain, non par sa supériorité mais par sa puissance matérielle écrasante. Il y a du gaullisme dans la détermination de Philippe d’Hugues, qui considère que du moment qu’un allié devient trop fort il devient du même mouvement un adversaire ou un maître.
Il ne passe pas de films français en VO dans les salles des États-Unis ni beaucoup de films français d’ailleurs. Comme quoi défendre le cinéma français, c’est défendre et propager la langue française. En quoi Philippe d’Hugues nous est particulièrement cher.
Jean DUTOURD de 1 'Académie française
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