Défense de la langue française   
Le Monde
(édition du samedi 11 décembre 1999)

L'audition mouvementée de M. Lamy à l'Assemblée nationale

PASCAL LAMY, commissaire européen chargé de mener les négociations sur le commerce mondial pour le compte des Quinze à Seattle, a rallié contre lui des souverainistes, des élus RPR et des contestataires de gauche, jeudi 9 décembre, à l'Assemblée nationale. Invité par Alain Barrau (PS, Hérault), président de la délégation de l'Assemblée nationale pour l'Union européenne, M. Lamy a prévenu les quelque trente-cinq députés et sénateurs présents qu'il aurait peu de temps à leur consacrer parce qu'il avait « quatorze autres clients à servir » : délicate précision qui est allée droit au cœur des souverainistes.
       À peine le débat était-il engagé que Jacques Myard, député RPR des Yvelines et membre du bureau national du Rassemblement pour la France de Charles Pasqua, a apostrophé le commissaire. « In english ! »", lui a-t-il lancé avant de l'interroger : « Pourquoi avez-vous parlé anglais à Seattle, alors que votre langue maternelle est une langue officielle de l'Union européenne ? »

« JE NE SUIS PAS NÉ DE LA DERNIÈRE PLUIE »
       Le même reproche lui a été adressé par René André, député RPR de la Manche, et Yann Galut, député PS du Cher, membre de la Gauche socialiste et membre fondateur du groupe Attac de l'Assemblée nationale. « Quand on est dans une salle de cent personnes avec trois francophones et qu'on veut se faire comprendre, il faut savoir être pragmatique et parler en anglais », a rétorqué M. Lamy.
Le haut fonctionnaire a ensuite répondu à une question acide de M. Galut, qui voulait savoir s'il « commençait à saisir l'ampleur du décalage entre son discours sur les bienfaits du libre-échangisme » et l'aspiration « des populations à un commerce équitable ». « Je ne suis pas là en tant que socialiste échangeant des vues avec un autre, mais en tant que commissaire européen désigné par le premier ministre et le président de la République, a rappelé M. Lamy. Je ne vais donx pas me lancer dans les échanges de ce type. Je suis jeune, mais quand même pas né de la dernière pluie. »
       Au député du Cher, qui lui avait en outre demandé « sur quelle base de [son] mandat » le commissaire s'était « permis » de proposer un groupe de travail sur les OGM, « au risque de provoquer une crise très grave en Europe », l'intéressé a expliqué avec agacement que cette proposition « était un bien petit prix » : « Si j'avais dû persuader le conseil que j'aurais eu 90 avec ces 10, j'aurais été très content », a-t'il ajouté.
Les échanges ont été tout aussi aigres entre M. Lamy et François Jacob (RPR, Seine-et-Marne), qui a qualifié de « langue de bois » les propos de l'invité. M. Myard s'est dit « sidéré » par l'intervention du commissaire : « Vous venez de nous dire que des tas de choses, notamment la campagne électorale américaine, empêchaient la conclusion d'un accord. Pourquoi donc y être allé ? », a-t-il questionné. « Parce qu'on était un certain nombre à penser que c'était faisable ; à peu de choses, la mayonnaise prend où ne prend pas », a répliqué avec énervement M. Lamy.
Rafaële Rivais
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